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Écrit sur le cœur de la confiance (Sin Sin Ming)

Texte fondamental de la Non-Dualité (V ème siècle AC)
Par Maître Sosan (Bouddhisme Ch’an)



La grande Voie n’est pas difficile,
il suffit d’éviter de choisir.
Si vous êtes libre de la haine et de l’amour,
elle apparaît en toute clarté.


S’en éloigne-t-on de l’épaisseur d’un cheveu,
un gouffre sépare alors le ciel et la terre.
Si vous voulez la trouver,
Ne tentez pas de suivre ni de résister.


La lutte entre le pour et le contre,
voilà la maladie du cœur !
Ne discernant pas le sens profond des choses,
vous vous épuisez en vain à pacifier votre esprit.


Perfection du vaste espace,
il ne manque rien à la Voie, il n’y a rien de superflu.
En recherchant ou en repoussant les choses,
nous ne sommes pas en résonance avec la Voie.


Ne pourchassez pas le monde soumis à la causalité,
ne vous perdez pas non plus dans un vide de phénomènes !
Si l’esprit demeure dans la paix de l’Unique,
cette dualité disparaît d’elle-même.


En cessant d’agir pour trouver la tranquillité,
celle-ci ne sera qu’un surcroît d’agitation.
Recherchant le mouvement ou le repos,
comment pourrions-nous connaître l’Unique ?


Quand on ne comprend pas la non-dualité de la Voie,
le mouvement et le repos sont faux.
Si vous repoussez le phénomène, il vous engloutit ;
si vous poursuivez le vide, vous lui tournez le dos.


À force de paroles et de spéculations,
nous nous éloignons de la Voie.
Coupant court aux discours et aux réflexions,
il n’est point de lieu où nous ne puissions pénétrer.


Revenir à la racine, c’est retrouver le sens ;
courir après les apparences, c’est s’éloigner de la Source.
Dans l’instant, en retournant notre regard,
nous dépasserons le vide des choses du monde.


Si le monde paraît changer,
c’est à cause de nos vues fausses.
Inutile de rechercher la vérité,
abandonnez seulement les vues fausses.


Ne vous attachez pas aux vues duelles,
veillez à ne pas les suivre.
À la moindre trace de bien ou de mal,
l’esprit s’embrouille dans les complexités.


La dualité n’existe que par rapport à l’Unité ;
ne vous attachez pas à l’Unité.
Pour un esprit qui ne fabrique pas,
les dix mille choses sont inoffensives.


Si une chose ne nous trouble pas, elle est comme inexistante ;
si rien ne se produit, il n’y a pas d’esprit.
Le sujet disparaît à la suite de l’objet ;
l’objet s’évanouit avec le sujet.


L’objet est objet par rapport au sujet ;
le sujet est sujet par rapport à l’objet.
Si vous désirez savoir ce que sont ces deux entités,
sachez qu’à l’origine elles sont vides de substance.


Dans ce vide unique, les deux se confondent
et chacune contient les dix mille choses.
N’essayez pas de distinguer le subtil du grossier ;
comment prendre parti pour ceci contre cela ?


L’essence de la grande Voie est vaste ;
il n’y a rien de facile, rien de difficile.
Les vues restreintes sont hésitantes et méfiantes ;
plus on pense aller vite, plus on va lentement.


Si nous nous attachons à la grande Voie, nous perdons la justesse ;
dans l’intention, nous nous engageons sur un chemin sans issue.
Laissez-la aller et toutes choses suivront leur propre nature ;
l’essence ne se meut pas ni ne demeure en place.


Écoutez la nature des choses et vous serez en accord avec la Voie,
libre et délivré de tout tourment.
Lorsque nos pensées sont fixées, nous tournons le dos à la vérité ;
nous nous embrouillons et sombrons dans le malaise.


Ce malaise fatigue l’âme :
à quoi bon fuir ceci et rechercher cela ?
Si vous désirez suivre le chemin du Véhicule unique,
N’ayez aucun préjugé contre les objets des six sens.


Quand vous ne les repousserez plus,
alors vous atteindrez l’illumination.
Le sage ne poursuit aucune tâche ;
le sot s’entrave lui-même.


Les choses sont dépourvues de distinctions ;
c’est notre attachement qui leur en confère.
Vouloir comprendre et utiliser l’Esprit,
n’est-ce pas là le plus grand de tous les égarements ?


L’illusion engendre tantôt le calme, tantôt le trouble ;
l’illumination détruit tout attachement et toute aversion.
Toutes les oppositions
viennent de la pensée.


Rêves, illusions, fleurs de l’air,
pourquoi s’exténuer à vouloir les saisir ?
Gain, perte, vrai et faux
disparaissent en un instant.


Si l’œil ne dort pas,
les rêves s’évanouissent d’eux-mêmes.
Si l’esprit ne se prend pas aux différences,
les dix mille choses ne sont qu’une unique Réalité.


En nous donnant au mystère des choses en leur réalité unique,
nous oublions le monde de la causalité.
Lorsque toutes les choses sont considérées avec équanimité,
elles retournent à leur nature originelle.


Ne cherchez pas le pourquoi des choses :
vous éviterez ainsi de tomber dans le monde des comparaisons.
Lorsque la tranquillité se meut, il n’y a plus de mouvement ;
Lorsque le mouvement s’arrête, il n’y a plus de tranquillité.


Les frontières de l’Ultime
ne sont pas gardées par des lois.
Si l’esprit est illuminé par l’identité,
toute activité cesse en lui.


Une fois les doutes balayés,
la vraie confiance luit, forte et droite.
Rien à retenir,
rien à se remémorer.


Tout est vide, rayonnant et lumineux par soi-même :
n’épuisez pas les forces de votre esprit.
L’Incomparable n’est pas mesurable par la pensée,
la Connaissance est insondable.


Dans la Réalité telle qu’elle est,
il n’y a ni autrui ni soi-même.
Si vous désirez vous y accorder,
une seule parole possible : non-deux !


Dans la non-dualité, toutes choses sont identiques,
il n’est rien qui ne soit en elle.
Les visionnaires en tous lieux
y ont accès ainsi.


Le principe est sans hâte ni retard ;
un instant est semblable à des milliers d’années.
Ni présent ni absent
et cependant partout devant vos yeux.


L’infiniment petit est comme l’infiniment grand,
dans l’oubli total des objets.
L’infiniment grand est pareil à l’infiniment petit,
lorsque l’œil n’aperçoit plus de limites.


L’existence est la non-existence,
la non-existence est l’existence.
Tant que vous ne l’aurez pas compris,
vous demeurerez agités.


Une chose est à la fois toutes choses,
toutes choses ne sont qu’une chose.
Si vous pouvez seulement saisir cela,
il est inutile de se tourmenter au sujet de la connaissance parfaite.


L’esprit de confiance est non duel ;
ce qui est duel n’est pas l’esprit de confiance.
Ici les voies du langage s’arrêtent,
car il n’est ni passé, ni présent, ni futur.




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Cette traduction française par Jean Bouchart D’Orval du Sin Sin Ming est inspirée de la belle version de L. Wang et J. Masui (revue par le professeur P. Demiéville du Collège de France) telle qu’elle apparaît en pages 205-209 de l’ouvrage Tch’an – Zen : Racines et floraisons, numéro 4 de la nouvelle série de la collection Hermès, éditions Les Deux Océans, Paris, 1985. Certains passages ont été empruntés à la traduction de Daniel Giraud dans Seng Ts’an : Hsin Hsin Ming, traité de spiritualité Ch’an du VIe siècle, éditions Arfuyen, Paris, 1992, ISBN 2-908825-19-8.

Holiness, by Louis Lavelle



I. THE SAINTS AMONG US


The saints are in our midst. But we do not always manage to recognize them. We do not believe that they can live in this land. We believe that they have all left. We invoke them as if they were all in heaven and that we can expect them to invisible and supernatural graces. It would be too ambitious to imitate them: just our name suggests it sometimes the idea of protection they could give us. because they have become Ministers of God and his gifts providers. But it is their death that made them saints, who realized this spiritual transfiguration without which they would only men like us. And they are now so purified that there are more of them than the idea of a virtue that they embodied and which acts in us, through their image, without that we can never hope to match it. For us, it would be a mockery to think a man that we could see and touch, which we observe weaknesses, the ridiculous or the faults, who has been involved in our lives and whose front had point aureole, to have climbed before us the way of Holiness unless we have nothing known. But Holiness is invisible on Earth as in heaven and much harder to discern when it takes the appearance of the body when we carry it in our thinking as an image or as an idea.


Yet the Holy is not a pure spirit. It cannot be confused with the Angel. Even death cannot make him an Angel. Because Holiness belongs first to the Earth. She testifies that the life we lead here, all mixed with the body, with its weaknesses, with its trivialities, is capable of receiving the reflection of a supernatural light, it can acquire a meaning that goes beyond, which tells us not not only to support, but the want and to love him. It always seems that the saint is an exception being separated from the common life, who no longer participates in his misery and who lives in communion with God and no longer with us. But this is not true: it is because he lives in communion with God that he is the only man who live in fellowship with us, while others remain up to a certain point separated.


No outward signs only distinguishes it from passing on which our gaze does not stop. And apparently his life resembles the life of all men. Seen concerned the task given to him and it appears he never turns away. He refuses nothing of what is proposed: and all that is offered is opportunity for him. It is present in each and all, and in a manner so spontaneous and so natural that it enlarges only society that we are with ourselves. It is not, as we think that it renounces the nature that should be, or that the character flaws are found him defeated and abolished. It can be violent and angry. It remains subject to passions. He did not, occur like so many men, to conceal. And to see him often engage is a kind of scandal that us away as saint and we often tend to put us above.


We can say without doubt that these passions, it mortifies them, but they are a condition, an element of his Holiness. Because Holiness itself is a passion, or if the word offends us, it is a converted passion. There is passion a force whose Holiness needs lice tearing to the prejudice and habit. And passion always takes root in the body, it is she who raises and wearing above himself. There is nothing more beautiful than seeing the light that feeds the most unclean materials and whose flame at the top produces so much light.




II. THE SAINT ALWAYS GOES UP TO THE ABSOLUTE ITSELF


In each of the men who surround us, there's a potential saint. It will become the still. There are also power a criminal or a demon. And anguish where we are and most modern think that it is consciousness itself, expressed this uncertainty of whether it is one or if it is another who will triumph someday. This anxiety, the Jansenists were known to it. But more often, thought to be able to settle for a mediocre life where you will only meet mundane chores to accomplish, temporal interests meet. The own of the saint, it is that it's always going up to the absolute itself. There is a man whose life is as close to the spontaneous movements of nature: it is virtually delivered; It is in them that he draws all his momentum. This nature, it may suggest that the fight: but should say rather that it pushes all impulses to the last point, to the point where they provide a perfect satisfaction and which fills. They force him to exceed the limits of nature so precisely that the nature reaches him the goal to which it tends. Thus we see the mathematician, in the idea of limit, push to infinity a series of terms and yet the cross. And similarly the saint never puts into play and only we never suggests that the more familiar feelings: and no man is more accessible. But it's these very feelings that he will make the ordinary more extra usage: because it will be able to give them any power that forcing them, to achieve, to exceed employment whereby we had previously devoted them; at the time where they are eaten, it seems that they renounce, or they change into their opposite. Thus it is recognized in the saint all the impulses of the nature and it does not yet recognize. It is a mistake to think he made that fight, because nature also comes from God. He surnaturalise it. He finds in it its origin, its destination and its meaning. And we understand no sentence that person who is taken inside the nature cease belittling and vilifying all forces which she gave him the provision. Because the divine and the demonic are composed of the same elements. A simple change of freedom enough to change one into the other. It is in life according to the spirit of nature life receives its true fulfillment. It is disfiguring nature do not see that it is a figure. It is to deny any value to immanence than you want to remain there and not see it's the transcendence it comes, it is towards transcendence that it will, and that it is in transcendence itself it gives access, stealth and precarious, but that only death can complete.




III. THE SAINT INDIFFERENT TO HIS HUMAN CONDITION


The essence of Holiness, we discover the relationship between the two worlds, that is, between the material and the spiritual, or even to show us that there is a world, but who has a dark side and a light side, and which is such that we can allow ourselves to be seduced by its appearance, with which we cease to pass and perish , or penetrate to its essence, which comes under this appearance itself and we discovered the truth and beauty. The saint is on the border of two worlds. It is in the middle of the visible, the invisible witness, but we are all at the bottom of us – even while the cache visible or shows, depending on the direction of our gaze. Therefore, the saint to live in our midst, that it is subject to all the misery of existence, it appears same overwhelmed by them so that all sizes of the Earth seem indifferent and it shows in a more vivid way that real property are elsewhere. Also we often think that it is in the constraint that life imposes, in the suffering that it receives or that it imposes itself, torture, or the martyrdom, that Holiness manifest best its essence. And it is in the martyrdom that it best captures the purity of the witness. But there are other forms of testimony that have more secrecy. All saints were not called for martyrdom. But the imagination needs these great examples to measure the distance between holiness and success. Holiness is a great achievement spiritual, indifferent to each other, and who despise.


But no one chooses the condition that will be offered, nor the requirements it may impose. Holiness can be on the throne where almost unanimously recognizes that the difficulties encountered are the largest. She hides under the dress of the beggar, where we are often more inclined to find it. But no one knows if it takes more effort to escape from the demon of pride or the demon of envy. In fact, we indulge to find a violent contrast between holiness and the condition that it is imposed: and it appears to us in a most striking manner either at the top of human grandeur, when it is forgotten or despised, or to the last State of poverty, when it is accepted or loved. But the own of Holiness is to be naturally invisible, like the spiritual world in which it proposes to enter. The holiness of the beggar or King is not easy to discern in the guise of the beggar and the King. Because it is inseparable from a just inner attitude that we pay him and that resonates within us mysterious: so the beggar and King resemble the saint unknown we see every day without that no brand makes us recognize.


The saint may be a scientist, a theologian, a founder of orders: but it is not there it is holy, although Holiness finds expression in all the works that he created, as it was in the way to govern or to reach out. Because the saint can be this common man who seems absorbed by the simplest chores, both solo and open to all, outdoor living seems to be reduced to a few habits and how we surprise sometimes or a simple gesture, the most familiar and the most unexpected, and which yet resolve, as if everything was of course , a situation that is looked at so far as inextricable, either a deep and bright smile which, without changing anything to the State of things, however changed the atmosphere where we see them. The saint made for us to life a perpetual miracle, but which, without in any way upset the natural order, to view us, through this order, by a kind of transparency.




IV. A SAINT AS POSSIBLE IN EACH OF US


We must learn to recognize the saints who are next to us and the saint, even who is in us, who ask to be born and we refuse to let get out of limbo. The humblest movement of love shown close to appear in the light, we as in others. But this movement, we are unable to give him no continuity, it strengthen in us, to reject in the shadows which contradicts and where we put our most essential interest and our unique point of honor. There's no saint who knows of such fall. And no one can know whether he will be able to recover, nor therefore to be saved or lost. But this point is our business. It is enough to us to do everything will depend on us to prevent us saint die. There is on earth possible saints: they receive the existence and themselves through a lot of chess, tribulations and failures. It is courage that made the saints; and courage itself is nothing more than confidence in a grace that comes from above and who is always present, well that we do not always know open ourselves to it.


It seems, more often, the saint, also one who has the most control, ceasing to fight and defeat. But it also looks that he it is who has the least amount of desire: because the will is always inseparable from self-love, it seeks always the conquest and triumph. Gold in Holiness, the will, so to speak, will disappear: it leaves room in it to an action which surpasses it infinitely, but which raises it, it only for her to be obedient; She leaves the room for love. It is enough that by its own movements she refuses to obstruct. Also can we say that approaches of Holiness are still those that have greater ease and natural: which shows that grace, in the two senses given to this word, is the perfection of nature.


Seen well when we look around us, in the middle which is the nearest to us only where human beings become us present in their intimacy, and not only in their appearance, we always interpret according to the laws that govern the world of things. What times do we not hear say, or do we say no we – even, in the presence of certain beings in which selfishness seems absent, whose body is like a light body and driving as a still active spirituality: it is a saint, a Saint! Not that we can never enter the secret of life, or anticipate what it may one day become. There are contacts but who bring us a kind of revelation. They show us the work a living Holiness which we see how it is formed and how it is expressed, and instead of us force to leave the world we live in, she gives him the light that sheds light it and this inner resonance without which it would be a ghost floating in the void.




V. THE POINT OF ENCOUNTER BETWEEN THE SENSITIVE AND THE SPIRITUAL


And yet it seems to us that the saint lives in a different world than the world where we are. It is as if he saw what we do not see, as if it were according to grounds other than those that determine us. It sometimes seems that it is next to us without being with us. And we have the feeling that it is because we see the real as its surface, rather that it penetrates in depth and meaning. He spontaneously settled on a plane of existence where we can achieve that with a lot of attention and effort. Yet can we not do there stay: we have on him that escapements. It is a spiritual plan which would appear to be beyond nature: and we just call it supernatural. But it is for the saint his true nature: it surprises us to move there with a perfect natural. And by a kind of Paradox, things we have under the eyes, instead of dissipating as vain appearances, gain weight, density, which lacked them: they become expressions and testimonials. They are one with this hidden value which the saint brings us revelation, which located in the face that the world shows us, a kind of realized presence.


There is that the saint that can surpass the duality of the sensitive and the spiritual, get them a perfect coincidence. And what strikes us the most, is that there no need to unite to pass through reason. No man reasoneth as little. It ignores the abstraction. It is with the real, with all aspects of reality. Thought, it is to seek between these connections that she invents laboriously: but the saint is set up in the unit. There is not to many forms of existence that it would then be granted, but an activity centre which produces almost unintentionally and unknowingly, and they express and flourish. Everything he does seems to come from a source which is beyond consciousness and at the same time seems the most subtle invention of the most lucid consciousness and most learned. Each of its actions is for us so close and so familiar that it seems within the reach of a child: it seems that things respond even before that he seeks. There are more of them than this sensitive character who discovers them and stands away from the feeling that they are born in our consciousness. Thus the interval between the inside and the outside, between the self and the things, is abolished. The saint is not before the world like in front of a show that is foreign, to him or to a mystery which he must force the secret. His home is the intimacy of this world on which it ceases to participate and others see only the manifestations, fail to understand.


That is the reason for which is the most sensitive of men and himself more spiritual: the most sensitive, that nothing in this world leaves invariant, i.e. the most vulnerable, the easiest to touch or shake, which always has with humans and the things the most immediate contact and the true- and the more spiritual also Since there is nothing making him an all domestic initiative, which carries with it its own reasons, there no need to formulate, so for him the freedom and the need to merge: freedom, since it has no external cause which determines, and the need, as in any case he could not design he could do otherwise.




VI. A LOOK THAT DOES NOT SHAKE


What baffles and causes us so much amazement full of worried at some suspicion and dazzled admiration in others, this is where we live among the problems, the saint lives among the solutions: or rather, all the problems the existence we ask, his conduct brings the solution. There is nothing in anything that can we be given or proposed that appears us as precarious or matter. But the fugitive and the more trivial things are, as soon as the saint should take, a miraculous relief: they are at once what they are and others that they are. Rather than thinking of the eternal and absolute do them seem miserable, it is the eternal and absolute that they are reflected in our eyes. In place of distract us from the world where we are to lead us towards a chimeric and inaccessible world, the saint made us in this world even accessing a presence that we carry with us the requirement, but which it satisfied, instead of the disappointing. The ambition, which is at the heart of metaphysical thought, beyond the visible reality to achieve an invisible reality, which is both support and explanation, has only a speculative interest: it cannot be remedied only where it is made and implemented. And it may be that in the conduct of the Holy making the most humble action, the embodiment of the living spirit.


While it is true that the saint always goes to the end of itself, it is what we never do. But that is what the end of oneself, if not this exact sincerity, in everything we do, expressing exactly what we think and what we feel; that is the part the most intimate and the most profound of our soul? However, in which we are concerned, we live almost always compromise, yield us almost always to the opinion. The world where we operate is a world of false pretences. No one can say that there is a faithful correspondence between what it shows and what it is. We believe that it cannot be otherwise, that appearances are made for us conceal rather than to betray, and it is for us a brand not only polite, but charity, to soften our feelings, to retain our natural movements and take the reality of a coat of fireworks, which protects everyone and which wrong person. It seems to us that the naked reality would have a brightness and sharpness so that person cannot stand the sight. But the own of the saint, it is precisely to lay eyes on it for a look that does not shake and we always get to see. It is this which seems to us always exceed the human forces. For the saint, the world has not from below: it is this below it intends in full light. The appearance differs more than the truth: this is the truth which is itself appearance. Nothing can surprise us more. This thin film, which separated the world when we think of the world we live in, faded; These are the secret thoughts of the saint who took body and living before us. Same faults are not hidden. They are in him the testimony of the human nature. It is the most common man that he belongs to cover; because the evil and the good have it no force; He has the courage of one or the other; by concealing one, it prevents other splashing. Instead, at the saint, it is evil always present which translates to good, that arouses it and constantly revives its momentum. We are surprised to find them so close without seeing that one lives on the other and transforms it.


We cease to be shared between the outside and the inside, between the truth and opinion, between what we want and what we can. The own of the saint, is completing the unit itself. We imagine always that he lives in a perpetual sacrifice: because it's the outside that came to our attention, which we imagine that inside must separate us; It is the opinion that we fear, which we believe it ridicules the truth; This is our weakness that we invoke, which we deem that it makes it inaccessible to our most essential wishes. The saint knows neither fear nor this embarrassment. It is because it still undertakes all integer does never calculate its loss or gain. Also did he never have the impression of sacrificing. How could he make the sacrifice from the outside, which is for him than the inside in a presence that does? How could he make the sacrifice of opinion, which is for him the truth yet incomplete and foggy? How would the sacrifice of his imperfection, while he felt in him a power that keeps the repair? It seems like willingly by refusing to enter in the ways of the holiness that we sacrifice real property without which the apparent goods have neither consistency nor flavor.




VII. CEASING TO BE PRESENT AT THE EGO, IT BECOMES PRESENT IN ALL THAT IS


But perhaps does say that in Holiness, the question is what is the case that we are of the ego, which is the main object of all our concerns and that, as soon as it finds them all, gives birth to selfishness where evil is a kind of incarnation. There is an agreement among all men in the condemnation of selfishness. It is the monster which was never completed to cut all heads. But many men think that Holiness, focusing only on the inner life and personal salvation, is the form of selfishness the more radical at the same time that the more refined; to escape, you must instead our eyes are turning to the world, to the things on which we can act, to beings who continuously seek our contest.


But it is a great injustice to think that the saint agrees to ignore them. Only he succeeded by his mere presence to make things or beings he encounters on his way the interiority that lacked them. He does not live in his own conscience: in fact not an instrument at the service of its own destiny. It requires them to find their own spiritual homeland. View them the source on which it ceases to draw and to which everyone can draw without ever the dry up. It is does not itself as an example, because everyone finds at the bottom of itself the same model with which it must comply; the saint tells us only to discover.


There is no man that is more distant than him all the concerns of the ego: it is we who never stop thinking about it, either to serve or to fight it, which is still a way to think about it. The saint, it is to abolish even the thought. That is why he is the only man in the world that can be constantly present in everything that happens in the world, at all events that fill it. It is present to itself by its presence to other beings and God. That is why it transforms our own presence to us – even. It is the fate of the ego, as soon as it is aware of itself, conflict with another ego which he is inclined to deny the existence, because it claims to an interiority that is not hers. But the saint makes enter an interiority who he discovers an indivisible presence itself and everything.


It's a wonderful thing to see that it is at the moment where I surrender myself, where I became like nothing, at the time where I am as emptied everything I have and everything I am, the whole world comes to fill the free spot. Also, by a kind of miracle, one that returns itself feels everywhere external to itself, one that succeeds out of itself feels across internal to itself. The saint has no particular desire: he wants nothing more than its own demise; view us the world as wished by God; It is Holy because it is a permanent witness to this commitment which requires things to reveal to us their significance and humans to become aware of their vocation. The saint is like a light that God has put in the world and that light it up even more than we see less focus.




VIII. OUR NAME AND THE COUNTLESS SAINTS GENESIS


That is why it is so difficult to recognize the difference between the saints. There is in them a common character that tears off the experience we have of humanity: it is a sacred character that makes them the bodies of God, by which they learn how to discern in every thing the same brands of continuous creation of the world by God. They are all also outside the world, and yet it is the same world that they show us the real face, as if we saw it for the first time.


Yet they are saints who give us our name, which will not only individually, but still brings closer them to us, gives them with us some privacy and made that each of us is housed under the patronage of one of them, as if it was him that he should take for model. This is something worthy of meditation, in the reflections we can do on the names echo produced in us by the name by which we call human beings who have the most familiarity and friendship, which distinguishes us from the generic common name to all members of our kinship, which evokes in us only for us to be able to tell me , but which belongs, it is true, many other beings than me, there yet where everyone is able to tell me in this incomparable and unreachable secret which is hers.


We find in the lives of the Saints of humans which originality is so highly charged that each is radically opposed to all the others and seems to be to him only one species, as said different angels. It is therefore understandable that the same saint can become a sort of intercessor and model for both men. Each saint expresses an ideal type of humanity, a privileged mode whereby the essence of man is able to participate in the divine essence. Now there in humanity an infinite possibility: all powers that it is able to play he must bear witness to their relationship with God and receive a job that sanctify them. So to generate the saints, which everyone seems to embody one of the potentialities which we find in us the presence: it teaches us to act; for its fiscal year, it is a mediator between us and God. Because if any man is in every man, it is yet around one of its fundamental provisions that materializes the unity of every man: this is a quality unit that connects and subordinated to a centre or home of privileged interest all functions of consciousness. They all play at once with even more strength and effectiveness that they become the means at the service of a particular vocation more demanding and more exclusive. It is therefore a serious error to think that unity which consciousness aspire can be achieved only by identity. It is all the more perfect it is more differentiated. Be one, is to be unique and incomparable. It is recognize its specific individuality and agree to assume it.


There always at the saint both a call that seems to come from nature and one act by which it ceases to respond. There is nothing in what it is that appears to be imposed by it, so that it seems to have everything received, and nothing yet that he appears to have chosen by a deliberate option, so that it seems to create what it is. This is the point where in he freedom and necessity, rather than oppose, coincide. It is also the point that each of us aspire to achieve. Look who it is, it is search that one must be. Saints show us the way. Each of them is therefore for us a sort of guide, but who should teach us to follow our own path, rather than his own. It is the only way to be faithful to what they teach us. No existence can be restarted. No existence is an existence of imitation. The role of the saints, is to show us that each of us can make itself; and those we are honouring with predilection are like those friends with whom we feel a kind of affinity, which touch our hearts, that reveal us to ourselves, but we do not always look.


It is because in the essence of the man, there is an infinite number that no man will ever run that saints differ from each other so deeply. That is why in every man, there was a saint possible, that maybe will come never on the day. That is why finally it will always be born new saints, none will reproduce the figure of those we know well that there can be no progress in the order of Holiness, and that every saint is still, according to the gifts he received and the circumstances where it was placed, a kind of absolute unique and inimitable. It is its absolute relationship with God that gives every individual, regardless of limitations or weaknesses, the brand of the absolute, that is making him a saint.




IX. THE SPIRITUALIZATION OF EXISTENCE IN REMEMBRANCE


It cannot ignore however that no man seems to deserve the name of saint for us until his life is gone. This is probably because until his death he is capable of succumbing to temptation; but it is mainly because, if the saint is a spiritual being, the only past is capable of producing this mysterious transformation of the flesh in mind which is for us the meaning of our existence in time. Thus explained that our life undertakes a whole in the future, but could not watch it as accomplished when she fell in the past. We almost always think, it is right, that the own of the past, this is only to destroy what has been, so that moving forward in time, we don't cease to address in a form of always new existence, we would never do that take in an instant fugitive and vanishing, an aspect of life which will abolish as soon. It seems that we are ever established in the being and not to arise sometime before us that nothing getting its act together and engulfed it forever. The passage of what is going to be to what is more is like a birth and a simultaneous and uninterrupted death. What we call death ends this strange transformation and completes one shot this continuous destruction of us – even that is the law of any temporal existence. It is as if being was always trying to escape to nothingness, but was always defeated.


This is however only an appearance. Because of this past we know it happened because the memory us keep. Even that we cannot ever recall it, it remains a possible memory. But what is the meaning of remembrance? He cannot be identified with a pure nothingness. Shall we say that he is here only to certify an existence that we have lost? But it is itself another form of existence. This lost existence, it was a sensitive and material existence, but that it overrides an invisible and spiritual existence which is not hard to show that it has any of the characters, which can make us believe that we have lost everything, but who has new abolished existence did not and show relation to it an incomparable privilege. Because this spiritual existence is now an existence which is in us, and even that is us. There is no doubt that in remembrance there is often a light and depth that did not belong to the object at the point where we perceived, nor to the action at the time where we were doing. This memory tore the event at the time, it gave him a kind of eternity, not because it is always present in our conscience, but in law, it can become again if we want to. So it is always there as an available Act and that we can always resurrect. This is to say that it is a form of existence new, very intimate to us – same, stabilized and purified, and that only can be regarded as inferior or as degraded those who believe that we have apprehension the real only with his eyes and his hands. So it was necessary that an existence tinsmith body shape to be able to change into a spiritual existence, which is the goal to which it tends, and to lead. And, as observed, for example should be from this world die like body to be reborn as a spirit.




X. UNION OF THE LIVING AND THE DEAD WORLDWIDE SHARING OF REMEMBRANCE


But will we accept that Holiness resides only in this subjective immortality which is remembrance? There is a crucial distinction that should be. It is in remembrance that he saved himself that every being is spiritualizes and conquers its eternal existence. Otherwise what might remain of him to death? His own Immortality would no longer be that of beings who lived, but of another being unrelated to the first. And could return as much as it wants the problem of immortality: it cannot be dissociated from the memory of our past; It cannot justify its possibility by how even designing the report of memory with the body, that it assumes, but to be loosen. It can discover us its essence by the idea of a transformation that remembrance subjected to the event, when his reality is abolished.


But of that spiritual life of another, we never know anything, even before it died; Gold in death, this other is nothing more for us than a souvenir. And it may be possible to think that between this memory of him that we and the memory of itself to which he himself is reduced, there is a mysterious affinity. Thus, despite the protests of the senses or emotions, we are perhaps more closely United to the dead that we are living. No doubt we can forget them, and our carnal attention can turn away to other concerns. But unbeknownst to us, they remain there, always ready to be mentioned again, and act on us infinitely more selfless and more pure than they had on us when they were still alive.


This is what allows to understand our union with the saints. It is a very spiritual union, which makes them present in our lives, mixes them in our deliberations and our designs, which heard us their voices as if it came from the depths of ourselves, which awakens in us suggestions that it depends on us to listen, opportunities that it depends on us to realize.


We live with them in an invisible world that is the real world, which all minds are members, making continuous and their mutual relations, and that the visible world is not only the evidence, but also the instrument. It is therefore natural that it disappears as soon as he served.


You see how it is possible to tell at once that the saints are among us, although we do not know to recognize them, and yet they become for us the saints when their life is gone and that they are changed for us in spirits. It seems that should therefore transform deeply the idea that it is the role of memory generally: it is believed that it is a kind of substitute of reality when it comes to missed, that it never brings us a kind of inconsistent what shadow was, and that it is never call only as an auxiliary relief intended to fill the gaps of the current existence. But the memory has a much nicer function: it is that unites us temporal to the eternal, who drags on, so to speak, the temporal, it is she who purify and which is illuminated, it is in it, as soon as we close our eyes, that we perceive the meaning of any event to which under attended and any action that we won accomplished It is she who incorporates the past to our soul to our present spiritual. It is in it finally our self is collects and discovers his own interiority in itself; It is she that, unless we need to, the saints discover us their Holiness and are honored as they deserve.




XI. OF REMEMBRANCE TO THE IDEA ALIVE, WHICH IS THE SOUL


This will point yet without difficulties. Because the saints are beings individual: Gold they have transgressed, it seems, the conditions of individual existence. We want to know their life and they are beyond life. They do become Holy in the memory of their temporal history, while the time is no longer anything for them. Also should recognize that it occurs in memory that we have a kind of transfiguration of all accidents that they have crossed: these accidents now emit their real meaning, they have become figures and symbols. Themselves are reduced to their true essence. This point was losing nothing of what they were: it is not to become an abstraction devoid of life. This is in contrast to bare this life principle which was in them and that both slag came cover to obscure the light and cripple the momentum. We are at the point where the memory itself is transformed into a living idea: everything what there was in him of perishable and that perished is there than to help retain the power active and significant. In us this power can become present when we act: happens whether it inspires us and which sustain us. It is mediator between us and God. And this living idea, it is the soul itself which survives death, which is stripped of all elements of the fate to which she was mixed and who have served only to experience and be done. How could anything survive in it all the misery that time has melted and as dispelled? This idea that we keep us active and presents, is a soul with which we constantly receive communion. Here only we have the experience of what may be the relationship between between them the souls when they no longer have to use as instrument this body, which is between them as a screen. It must be singularly attached to the Earth to think that even in the spiritual life, we must find all memories of the Earth, instead of success to draw this pure essence which, already in the happiest moments of our earthly existence, seems to transport us to another world where we have more business to sublime and eternal realities.


It is in this other world that the saints allow us to penetrate. They lead us to him as by hand. The memory that we have of their lives shows us still mixed with Earth, full of weaknesses and subjected to thousand tribulations. Their example is for us a sort of security: we consider our life with less of concern or contempt, they support it not only, as it is believed, by their example, but by this same force they give us in trials, forcing us to spiritualize everything that happens to us.


Therefore is easy to see why we call not the same saint according to the different circumstances of the existence and also why there are saints to which we turn more willingly our looks, as if there was between us and them more than kinship, as if they were better able to understand us and help us, as if we felt any immediately in more closely with them familiarity. It is that, if all men carry within them the same powers, they do exercise not all also. And as it happens there is friends with each of them provides and completes what is lacking to another, so that their Union was born a man who is more perfect than each of them, thus we can say that every saint calls himself a posterity which develops and implements all the options that it contained in the germ it. But it is a seed that grows indefinitely.


Saints show the man everything he is able to do and to be: they are back up to God the origin of all the possibilities available to it. They allow us to recognize what are those whose employment is given to us: they teach us how to implement them. What comes of them flows to us. Thanks to them, each of us view the vocation which its own and becomes able to fill. Not that we can do nothing more to imitate, which often discourage our companies, but they show us what is the field in which we apply our efforts and where our work continue their own, often without him looking like. It is through them that the material world is the join with the spiritual world and time with eternity. It is by the memory that we kept in that we can make them a part of our soul: but this memory even made them human beings spiritual with which we are United in this universe of the mind where each individual fulfils a vocation that does not belong to that alone and all other individuals are inseparable and solidarity.




XII. THE SAINT, THE HERO AND THE SAGE


It often opposed the Holy hero and the sage. The saint may be one and the other, although this does not always happen: or at least what a hero who often hides beneath the surface of the submission, a sage who often hides under the appearances of madness. It seems that the hero and sage have case to the nature and the will or the reason have the power to defeat her or resolve. Heroism and wisdom enough purely human resources and one as the other it must be said that they are well away from Holiness. They do not come from the same source; they do not tend towards the same end. The hero does not yield to the nature: he puts his will above; whenever a conflict occurs, there must be willingness which prevails, even tho himself succumb. Instead, the sage seeks an agreement with nature, it makes it docile to his purpose: he directed between nature and want a sort of balance that ensures its inner tranquility and allows him to keep in mind its free game. The hero resists the order of events, even if it is broken. Sage accepts this order to be accommodating, but he gives it a spiritual significance. One and the other have to look only for the value: but the first is always ready to force the course of events, to make popcorn, and the second to join, in order to compel him to testify. One sees only conflicts and sometimes raises: the other soothes them and seeking a harmony which sometimes reaches that avoiding. Should the heroes from opposing combat when wisdom even ceases to be sufficient and that it was it again that him advised it. Should that sage refused never heroism when his wisdom can only be maintained only at that price. But the hero and the sage are men whose we know they count only on themselves to act: also likely still fall. This is something that makes us puzzled to see that we can be the hero of a bad cause and that the wise sometimes sacrificed the best party to the idea of a risk that it should run. Heroism is still bright and this is why there is a false heroism; and yet there may be unseen and unnoticed by one who assumes it. Wisdom is often only apparent peace which we can say that it is a false wisdom if it is not the mark of the peace of heart.


Finally, it seems that heroism is an Act and wisdom a State. Also the heroism we always seems to occur in an instant, as if it was worn by the event. Almost always he knows then a voltage drop. Few heroes are able to remain at the level of the Act they have done one day. Not asked not. A continuous heroism, in a life that requires us constantly to be reborn and to support it, is beyond heroism. We will say to the contrary of the wisdom that she belongs to the duration and not at the moment. The important thing is that it does not let shake. You can do certain things with wisdom: but wisdom comes little by little in our nature. It is acquired, and it is in the last years of life she bears all its fruits.


About Holiness, they say that it is indiscernablement an Act and a State; It is a State that not only is expressed by acts, but is itself an ever-present Act which is able to Flex, but which continues to resurrect. Also does say that while heroism belongs to the moment and the wisdom at the time, Holiness belongs to eternity; but it is let down eternity in time. And that is why it occurs always in the moment, where it is always available, ready to give and to act, although it fills its undivided unity of all existence and that it cannot be reduced to the moment or the sum of all moments. In an instant, she opened a gap on the eternity, but is an eternity that fail ever, found through the duration and which makes continuity.


Also should we not be surprised that the saint often perform actions that are considered heroic. But they can not be attributed to the heroism if heroism involves only a fight and a victory. Indeed, it seems that instead of being in conflict with nature, whether by a necessity of nature the saint to produce actions that we feel are the finest and the most difficult. It is that there is in him a new nature which, instead of opposing each other, merges with it because she spiritualizes. And his conduct, although it seems folly, yet defies the wisdom of the wisest. Not that it is the effect of prudence calculations rather it is because it is beyond prudence and takes its inspiration from a higher source, that it includes all the tips and always exceeds.




XIII. THE SAINT MADE THE WORLD A PERPETUAL MIRACLE


Characteristic of Holiness, it is to make us live in the atmosphere of a perpetual miracle. And we say that we are dealing with the miracle when we feel that the action of God is present in everything we see and in everything we do.


In this respect we can say that there is a kind of contradiction between the action of the scholar and the saint. Any effort of the scientist is to strip the world and the lives of their miraculous character and it is well known that it does not, because the world, in the face that gives us the most profound science, remains as mysterious, and perhaps more, than in the face it presents to our senses. But science yet withdrawn its character of a miracle because it assumes it is sufficient to itself, it lies in a set of objects or phenomena in space or in time and linked between them by more or less complex laws that we discover little by little. Thus the spirit of the scientist remains immanent in the world.


But it is already a great miracle that there is a mind that can think about the world and learn to know him. It is for this that the spirit is himself transcendent in the world. It is not in the world he can find the end of his destiny. The world is for him both a language and a test. It is necessary to become for the spirit not a mere object of spectacle, but the means by which the spirit itself is carried out. This is because it is an obstacle that he is also an instrument. This is because it is rebel in mind he can become for him a witness. The saint constantly requires the world to testify in favour of the spirit. It is said that he always shows us the world the living presence of God. The lesser of his words, the least of his gestures is intended to make it explode. And in this world where there is nothing that is miracle, the stunted grass until the round of stars, the movement whereby I WAGs finger until the extensive shaking of the nations, there is nothing yet that becomes bright and simple for those who view a sign that it agrees to recognize in every thing a call to which he agreed to answer.


This world becomes for us a blind mass and monstrous if we think that it is nothing more than what it shows us, where we ourselves as in a vise, which always ends up crushing us. It is while we can say of the existence that it is absurd. But it is the spirit who judge and which therefore escapes him. It is therefore, if existence is in him and not out of it, to the world, instead of close his eyes or contradict its requirements, to become the field of their exercise. The world then acquires a kind of transparency. It has meaning for us than to allow us to measure every moment in the show he gives us, the successes or failures of our spiritual activity. It is not surprising it is full of light for some and darkness for other. What is less the effect of penetration of intelligence as the purity and innocence of the will.


It is this miracle in Act that the saint never ceases to reveal a miracle where all things remain as they are, but we suddenly discover their essence and their meaning that without him, would have missed us. The spirit then visited his true homeland. It is therefore not true to say that the saint has escaped the world should say instead that it is the only one to have access in the depth of the world, rather than remain on its surface. Far from dissipated, the world shows him the very foundation on which it is established. He became the face of God, while for those who consider it with the eyes of the body, it is the face of nothing. But he receives such transfiguration as one who, instead of think it sufficient to confront him with the only forces available to it, realizes an interior conversion whereby he becomes attentive to the presence of God in him whose carries the look of love it throws itself over all things.




Louis LAVELLE, four saints, Albin Michel, 1951.

De la sainteté, par Louis Lavelle



I. LES SAINTS AU MILIEU DE NOUS


Les saints sont au milieu de nous. Mais nous ne parvenons pas toujours à les reconnaître. Nous ne croyons pas qu’ils puissent habiter cette terre. Nous pensons qu’ils l’ont tous quittée. Nous les invoquons comme s’ils étaient tous au ciel et que nous ne puissions attendre d’eux que des grâces invisibles et surnaturelles. Il serait trop ambitieux de vouloir les imiter : à peine notre nom de baptême nous suggère-t-il parfois l’idée d’une protection qu’ils pourraient nous donner ; car ils sont devenus les ministres de Dieu et les dispensateurs de ses dons. Mais c’est leur mort qui a fait d’eux des saints, qui a réalisé cette transfiguration spirituelle sans laquelle ils ne seraient que des hommes comme nous. Et ils sont maintenant tellement purifiés qu’il ne subsiste plus d’eux que l’idée d’une vertu qu’ils ont incarnée et qui agit en nous, à travers leur image, sans que nous puissions jamais espérer l’égaler. Ce serait pour nous une dérision de penser qu’un homme que nous avons pu voir et toucher, dont nous avons observer les faiblesses, les ridicules ou les fautes, qui a été mêlé à notre vie et dont le front n’avait point d’auréole, ait gravi devant nous le chemin de la sainteté sans que nous en ayons rien su. Mais la sainteté est invisible sur la terre comme au ciel et beaucoup plus difficile à discerner quand elle revêt les apparences du corps que quand nous la portons dans notre pensée comme une image ou comme une idée.


Pourtant le saint n’est point un esprit pur. On ne saurait le confondre avec l’ange. La mort même ne saurait faire de lui un ange. Car la sainteté appartient d’abord à la terre. Elle témoigne que la vie que nous menons ici, toute mêlée au corps, avec ses faiblesses, avec ses trivialités, est capable de recevoir le reflet d’une lumière surnaturelle, qu’elle peut acquérir une signification qui la dépasse, qui nous apprend non pas seulement à la supporter, mais à la vouloir et à l’aimer. Il nous semble toujours que le saint est un être d’exception, qui s’est séparé de la vie commune, qui ne participe plus à sa misère et qui vit en communion avec Dieu, et non plus avec nous. Mais cela n’est pas vrai : c’est parce qu’il vit en communion avec Dieu qu’il est le seul homme qui vive en communion avec nous, alors que tous les autres en restent jusqu’à un certain point séparés.


Aucun signe extérieur ne le distingue du passant sur lequel notre regard ne s’arrête pas. Et en apparence sa vie ressemble à la vie de tous les hommes. On le voit préoccupé de la tâche qui lui est donnée et dont il semble qu’il ne se détourne jamais. Il ne refuse rien de ce qui lui est proposé : et tout ce qui lui est offert est pour lui occasion. Il est présent à chacun et à tous et d’une manière si spontanée et si naturelle qu’il agrandit seulement la société que nous formons avec nous-même. On ne voit pas, comme on pense qu’il le faudrait, qu’il renonce à la nature, ou que les défauts du caractère se trouvent en lui vaincus et abolis. Il peut être violent et colérique. Il reste sujet aux passions. Il ne songe pas, comme tant d’hommes, à les dissimuler. Et de le voir souvent s’y livrer est une sorte de scandale qui nous éloigne de le considérer comme saint et nous incline souvent à nous mettre au-dessus.


On peut dire sans doute que ces passions, il les mortifie, mais elles sont une condition, un élément même de sa sainteté. Car la sainteté elle-même est une passion ou, si ce mot nous choque, elle est une passion convertie. Il y a dans la passion une force dont la sainteté a besoin poux s’arracher au préjugé et à l’habitude. Et la passion prend toujours racine dans le corps, c’est elle qui le soulève et qui le porte au-dessus de lui-même. Il n’y a rien de plus beau que de voir ce feu qui s’alimente des matériaux les plus impurs et dont la flamme au sommet produit tant de lumière.




II. LE SAINT VA TOUJOURS JUSQU’À L’ABSOLU DE LUI-MÊME


Dans chacun des hommes qui nous entourent, il y a un saint en puissance. Il ne le deviendra pas toujours. Car il y a aussi en puissance un criminel ou un démon. Et l’angoisse où nous sommes et dont la plupart des modernes pensent qu’elle est la conscience elle-même, exprime cette incertitude de savoir si c’est l’un ou si c’est l’autre qui triomphera un jour. Cette angoisse, les jansénistes l’ont connue. Mais le plus souvent, on pense pouvoir se contenter d’une vie médiocre où l’on ne rencontrera que des besognes banales à accomplir, que des intérêts temporels à satisfaire. Le propre du saint, c’est qu’il va toujours jusqu’à l’absolu de lui-même. Il n’y a pas d’homme dont la vie soit aussi proche des mouvements spontanés de la nature : il y est pour ainsi dire livré ; c’est en eux qu’il puise tout son élan. Or, cette nature, on peut penser qu’il la combat : mais il faudrait dire plutôt qu’il en pousse toutes les impulsions jusqu’au dernier point, jusqu’au point où elles lui apportent une satisfaction parfaite et qui le comble. Elles l’obligent à dépasser les limites de la nature afin précisément que la nature atteigne en lui le but vers lequel elle tend. Ainsi voit-on le mathématicien, dans l’idée de limite, pousser jusqu’à l’infini une série de termes et pourtant la franchir. Et de même le saint ne met jamais en jeu et ne nous suggère jamais que les sentiments les plus familiers : et nul homme n’est plus accessible. Mais c’est de ces sentiments même qu’il va faire l’usage le plus extra ordinaire : car il ne parviendra à leur donner toute leur puissance qu’en les forçant, pour se réaliser, à dépasser l’emploi auquel nous les avions jusque-là consacrés ; au moment où ils se consomment, il semble qu’ils se renoncent, ou qu’ils se changent en leur contraire. Ainsi on reconnaît dans le saint tous les élans de la nature et on ne les reconnaît pas pourtant. C’est une erreur de penser qu’il ne fait que les combattre, car la nature aussi vient de Dieu. Il la surnaturalise. Il retrouve en elle son origine, sa destination et son sens. Et l’on comprend sans peine que celui qui reste pris à l’intérieur de la nature ne cesse de rabaisser et d’avilir toutes les forces dont elle lui a donné la disposition. Car le divin et le démoniaque sont composés des mêmes éléments. Une simple inflexion de la liberté suffit à changer l’un dans l’autre. C’est dans la vie selon l’esprit que la vie de la nature reçoit son véritable accomplissement. C’est défigurer la nature de ne pas voir qu’elle est une figure. C’est refuser toute sa valeur à l’immanence que de vouloir y demeurer et de ne point voir que c’est de la transcendance qu’elle vient, que c’est vers la transcendance qu’elle va, et que c’est dans la transcendance elle-même qu’elle donne un accès, furtif et précaire, mais que la mort seule peut achever.




III. LE SAINT INDIFFÉRENT À SA CONDITION HUMAINE


Le propre de la sainteté, c’est de nous découvrir la relation entre les deux mondes, c’est-à-dire entre le matériel et le spirituel, ou encore de nous montrer qu’il n’y a qu’un monde, mais qui a une face obscure et une face lumineuse, et qui est tel que nous pouvons nous laisser séduire par son apparence, avec laquelle nous ne cessons de passer et de périr, ou pénétrer jusqu’à son essence, qui relève cette apparence elle-même et nous en découvre la vérité et la beauté. Le saint est à la frontière des deux mondes. Il est, au milieu du visible, le témoin de l’invisible, mais que nous portons tous au fond de nous-même et que le visible cache ou révèle, selon la direction même de notre regard. Il faut donc que le saint vive au milieu de nous, qu’il soit assujetti à toutes les misères de l’existence, qu’il paraisse même accablé par elles afin que toutes les grandeurs de la terre nous paraissent indifférentes et qu’il montre d’une manière plus éclatante que les véritables biens sont ailleurs. Aussi pense-t-on souvent que c’est dans la contrainte que la vie lui impose, dans les souffrances qu’il reçoit ou qu’il s’inflige à lui-même, dans les tortures ou dans le martyre, que la sainteté manifeste le mieux son essence. Et c’est dans le martyre que l’on saisit le mieux la pureté du témoin. Mais il y a d’autres formes de témoignage qui ont un caractère plus secret. Tous les saints n’ont pas été appelés au martyre. Mais l’imagination a besoin de ces grands exemples pour mesurer la distance entre la sainteté et la réussite. La sainteté est une grande réussite spirituelle, indifférente à l’autre, et qui la méprise.


Mais nul ne choisit la condition qui lui sera offerte, ni les exigences qu’elle pourra lui imposer. La sainteté peut être sur le trône où l’on reconnaît presque unanimement que les difficultés qu’elle rencontre sont les plus grandes. Elle se cache sous l’habit du mendiant, où on est souvent plus incliné à la trouver. Mais nul ne sait s’il faut plus d’effort pour échapper au démon de l’orgueil ou au démon de l’envie. En réalité, nous nous complaisons à trouver un contraste violent entre la sainteté et la condition qui lui est imposée : et elle nous apparaît d’une manière plus saisissante soit au sommet de la grandeur humaine, lorsque celle-ci est oubliée ou méprisée, soit dans le dernier état de la misère humaine, lorsque celle-ci est acceptée ou aimée. Mais le propre de la sainteté, c’est d’être naturellement invisible, comme le monde spirituel dans lequel elle nous propose d’entrer. La sainteté du mendiant ou du roi n’est pas aisée à discerner sous les traits du mendiant et du roi. Car elle est inséparable d’une attitude tout intérieure que nous lui prêtons et qui trouve en nous un mystérieux écho : alors le mendiant et le roi ressemblent au saint inconnu que nous côtoyons tous les jours sans qu’aucune marque nous le fasse reconnaître.


Le saint peut être un savant, un théologien, un fondateur d’ordres : mais ce n’est pas par là qu’il est saint, bien que la sainteté trouve une expression dans toutes les oeuvres qu’il réalise, comme elle en trouvait une dans la manière de gouverner ou de tendre la main. Car le saint peut être cet homme du commun qui semble absorbé par les besognes les plus simples, à la fois solitaire et ouvert à tous, dont la vie extérieure paraît se réduire à quelques habitudes et dont nous surprenons parfois ou bien un simple geste, le plus familier et le plus inattendu, et qui pourtant résout, comme si tout allait de soi, une situation que l’on regardait jusque-là comme inextricable, ou bien un sourire profond et lumineux, qui, sans rien changer à l’état des choses, change pourtant l’atmosphère où nous les voyons. Le saint fait pour nous de la vie un miracle perpétuel, mais qui, sans bouleverser en rien l’ordre naturel, se découvre à nous, à travers cet ordre même, par une sorte de transparence.




IV. UN SAINT POSSIBLE EN CHACUN DE NOUS


Il faut apprendre à reconnaître les saints qui sont à côté de nous et le saint même qui est en nous, qui demande à naître et que nous refusons de laisser sortir des limbes. Le plus humble mouvement d’amour le montre tout près de paraître à la lumière, en nous comme en autrui. Mais ce mouvement, nous sommes incapable de lui donner aucune continuité, de l’affermir en nous, de rejeter dans l’ombre ce qui le contredit et où nous mettons notre intérêt le plus essentiel et notre unique point d’honneur. Il n’y a pas de saint qui ne connaisse de telles chutes. Et nul ne peut savoir s’il sera capable de se relever, ni par conséquent d’être sauvé ou perdu. Mais ce n’est point là notre affaire. Il suffit que nous fassions tout ce qui dépendra de nous pour empêcher en nous le saint de mourir. Il n’y a sur la terre que des saints possibles : ils ne reçoivent l’existence que d’eux-mêmes à travers beaucoup d’échecs, de tribulations et de manquements. C’est le courage qui fait les saints ; et le courage lui-même n’est rien de plus que la confiance dans une grâce qui vient de plus haut et qui est toujours présente, bien que nous ne sachions pas toujours nous ouvrir à elle.


Il semble, le plus souvent, que le saint, ce soit aussi celui qui a le plus de volonté, qui ne cesse de combattre et de vaincre. Mais on dirait aussi que c’est celui qui a le moins de volonté : car la volonté est toujours inséparable de l’amour de soi, elle cherche toujours la conquête et le triomphe. Or dans la sainteté, la volonté, pour ainsi dire, s’efface : elle laisse la place en elle à une action qui la surpasse infiniment, mais qui la soulève, à laquelle il s’agit seulement pour elle d’être docile ; elle laisse la place à l’amour. C’est assez que par ses mouvements propres elle refuse de lui faire obstacle. Aussi peut-on dire que les démarches de la sainteté sont toujours celles qui ont le plus d’aisance et de naturel : ce qui montre encore que la grâce, dans les deux sens que l’on donne à ce mot, est la perfection même de la nature.


On le voit bien quand on regarde autour de soi, dans le milieu qui nous est le plus proche, le seul où les êtres nous deviennent présents dans leur intimité même, et non pas seulement dans leur apparence, que nous interprétons toujours selon les lois qui régissent le monde des choses. Que de fois n’entendons-nous pas dire, ou ne disons-nous pas nous-même, en présence de certains êtres chez lesquels l’égoïsme semble absent, dont le corps est comme un corps de lumière et la conduite comme une spiritualité toujours agissante : c’est un saint, c’est une sainte ! Non pas que nous puissions jamais pénétrer le secret d’une vie, ni anticiper sur ce qu’elle pourra devenir un jour. Il y a des contacts pourtant qui nous apportent une sorte de révélation. Ils nous montrent à l’oeuvre une sainteté vivante dont nous voyons comment elle se forme et comment elle s’exprime, et qu’au lieu de nous obliger à quitter le monde où nous vivons, elle lui donne la lumière qui l’éclaire et cette résonance intérieure sans laquelle il serait un fantôme flottant dans le vide.




V. LE POINT DE RENCONTRE DU SENSIBLE ET DU SPIRITUEL


Et pourtant il nous semble que le saint vit dans un autre monde que le monde où nous sommes. C’est comme s’il voyait ce que nous ne voyons pas, c’est comme s’il agissait selon des motifs autres que ceux qui nous déterminent. Il nous semble parfois qu’il est à côté de nous sans être avec nous. Et nous avons le sentiment que c’est parce que nous n’apercevons du réel que sa surface, au lieu qu’il en pénètre la profondeur et le sens. Il s’établit spontanément sur un plan de l’existence où nous ne pouvons atteindre qu’avec beaucoup d’attention et d’effort. Encore ne pouvons-nous pas y faire séjour : nous n’avons sur lui que des échappées. C’est un plan spirituel qui nous paraît être au-delà de la nature : et nous l’appelons justement surnaturel. Mais c’est pour le saint sa véritable nature : il nous étonne de s’y mouvoir avec un parfait naturel. Et par une sorte de paradoxe, les choses que nous avons sous les yeux, au lieu de se dissiper comme de vaines apparences, acquièrent le poids, la densité qui leur manquaient : elles deviennent des expressions et des témoignages. Elles font corps avec cette valeur cachée dont le saint nous apporte la révélation et qui trouve, dans le visage que le monde nous montre, une sorte de présence réalisée.


Il n’y a que le saint qui puisse surpasser la dualité du sensible et du spirituel, obtenir entre eux une parfaite coïncidence. Et ce qui nous frappe le plus, c’est qu’il n’a pas besoin pour les unir de passer par l’intermédiaire de la raison. Nul homme ne raisonne aussi peu. Il ignore l’abstraction. Il est de plain-pied avec le réel, avec tous les aspects du réel. Le propre de la pensée, c’est de chercher entre ceux-ci des connexions qu’elle invente laborieusement : mais le saint est établi dans l’unité. Il n’y a pas pour lui des formes multiples de l’existence qu’il s’agirait ensuite d’accorder, mais un centre d’activité qui les produit presque sans le vouloir et sans le savoir, et qu’elles expriment et épanouissent. Tout ce qu’il fait paraît provenir d’une source qui est au-delà de la conscience et semble en même temps l’invention la plus subtile de la conscience la plus lucide et la plus savante. Chacune de ses démarches est pour nous si proche et si familière qu’elle semble à la portée d’un enfant : on dirait que les choses lui répondent avant même qu’il les sollicite. Il ne subsiste plus d’elles que ce caractère sensible qui nous les découvre et se distingue à peine du sentiment qu’elles font naître dans notre conscience. Ainsi l’intervalle entre le dedans et le dehors, entre le moi et les choses, se trouve aboli. Le saint ne se trouve pas devant le monde comme devant un spectacle qui lui est étranger, ou comme devant un mystère dont il lui faut forcer le secret. Sa demeure, c’est l’intimité de ce monde à laquelle il ne cesse de participer et dont les autres voient seulement les manifestations, sans parvenir à les comprendre.


Telle est la raison pour laquelle il est lui-même le plus sensible des hommes et le plus spirituel : le plus sensible, que rien dans ce monde ne laisse indifférent, c’est-à-dire le plus vulnérable, le plus facile à toucher ou à ébranler, qui a toujours avec les êtres et avec les choses le contact le plus immédiat et le plus vrai, – et le plus spirituel aussi, puisqu’il n’y a rien qui ne procède en lui d’une initiative tout intérieure, qui porte en elle ses propres raisons, sans qu’il ait besoin de les formuler, de telle sorte que pour lui la liberté et la nécessité se confondent : la liberté, puisqu’il n’y a aucune cause extérieure qui le détermine, et la nécessité, puisque dans aucun cas il ne pourrait concevoir qu’il pût agir autrement.




VI. UN REGARD QUI NE TREMBLE PAS


Ce qui nous déconcerte et provoque en nous tant d’étonnement plein de suspicion inquiète chez les uns et d’admiration éblouie chez les autres, c’est que là où nous vivons parmi les problèmes, le saint vit parmi les solutions : ou plutôt, de tous les problèmes que l’existence nous pose, sa conduite nous apporte la solution. Il n’y a rien dans tout ce qui peut nous être donné ou proposé qui ne nous apparaisse comme précaire ou comme relatif. Mais les choses les plus fugitives et les plus insignifiantes revêtent, dès que le saint s’en empare, un relief miraculeux : elles sont à la fois ce qu’elles sont et autres qu’elles ne sont. Au lieu que la pensée de l’éternel et de l’absolu les fasse paraître misérables, c’est l’éternel et l’absolu qu’elles font transparaître à nos yeux. Au lieu de nous détourner du monde où nous sommes pour nous entraîner vers un monde chimérique et inaccessible, le saint nous fait accéder dans ce monde même à une présence dont nous portons en nous l’exigence, mais qu’il satisfait, au lieu de la décevoir. L’ambition, qui est au coeur de la pensée métaphysique, de dépasser la réalité visible pour atteindre une réalité invisible, qui en est à la fois le support et l’explication, n’a qu’un intérêt spéculatif : elle ne peut être comblée que là où elle est réalisée et mise en oeuvre. Et elle ne peut l’être que dans la conduite du saint qui, de l’action la plus humble, fait l’incarnation de l’esprit vivant.


S’il est vrai que le saint va toujours jusqu’à l’extrémité de lui-même, c’est là ce que nous ne faisons jamais. Mais qu’est-ce que l’extrémité de soi-même, sinon cette exacte sincérité qui, dans tout ce que nous faisons, exprime exactement ce que nous pensons et ce que nous sentons ; c’est-à-dire la partie la plus intime et la plus profonde de notre âme ? Or, en ce qui nous concerne, nous vivons presque toujours de compromis, nous cédons presque toujours à l’opinion. Le monde où nous agissons est un monde de faux semblants. Nul ne peut dire qu’il y ait une correspondance fidèle entre ce qu’il montre et ce qu’il est. Nous croyons qu’il ne peut pas en être autrement, que les apparences sont faites pour nous dissimuler plutôt que pour nous trahir, et que c’est pour nous une marque non seulement de politesse, mais de charité, d’adoucir nos sentiments, de retenir nos mouvements naturels et de revêtir la réalité d’un manteau d’artifices, qui protège tout le monde et qui ne trompe personne. Il nous semble que la réalité toute nue aurait une sorte d’éclat et d’acuité dont personne ne saurait supporter la vue. Mais le propre du saint, c’est précisément de fixer les yeux sur elle d’un regard qui ne tremble pas et de nous obliger toujours à la voir. Or c’est cela qui nous paraît toujours dépasser les forces de l’homme. Pour le saint, le monde n’a pas de dessous : c’est ce dessous qu’il projette en pleine lumière. L’apparence ne se distingue plus de la vérité : c’est la vérité qui se fait elle-même apparence. Rien ne peut nous étonner davantage. Cette mince pellicule, qui séparait le monde où nous pensons du monde où nous vivons, s’est évanouie ; ce sont les pensées secrètes du saint qui ont pris corps et qui vivent devant nous. Ses défauts mêmes ne demeurent pas cachés. Ils sont en lui le témoignage de l’humaine nature. C’est à l’homme le plus commun qu’il appartient de les couvrir ; car le mal et le bien n’ont en lui aucune force ; il n’a le courage ni de l’un ni de l’autre ; en dissimulant l’un, il empêche l’autre de jaillir. Au lieu que, chez le saint, c’est le mal toujours présent qui se convertit en bien, qui le suscite et ranime sans cesse son élan. Nous sommes surpris de les trouver si proches sans voir que l’un vit de l’autre et le transfigure.


Nous ne cessons d’être partagés entre le dehors et le dedans, entre la vérité et l’opinion, entre ce que nous voudrions et ce que nous pouvons. Le propre du saint, c’est d’avoir réalisé l’unité de lui-même. Nous imaginons toujours qu’il vit dans un perpétuel sacrifice : car c’est le dehors qui retient notre attention, dont nous imaginons que le dedans doit nous séparer ; c’est l’opinion que nous redoutons, dont nous pensons qu’elle ridiculise la vérité ; c’est notre faiblesse que nous invoquons, dont nous jugeons qu’elle rend inaccessibles nos voeux les plus essentiels. Le saint ne connaît ni cette crainte, ni cet embarras. C’est parce qu’il s’engage toujours tout entier qu’il ne calcule jamais sa perte ou son gain. Aussi n’a-t-il jamais l’impression de rien sacrifier. Comment pourrait-il faire le sacrifice du dehors, qui n’est pour lui que le dedans dans une présence qui le réalise ? Comment pourrait-il faire le sacrifice de l’opinion, qui n’est pour lui que la vérité encore incomplète et brumeuse ? Comment ferait-il le sacrifice de son imperfection, alors qu’il sent en lui une puissance qui ne cesse de la réparer ? Il dirait volontiers que c’est en refusant d’entrer dans les voies de la sainteté que l’on sacrifie les biens véritables sans lesquels les biens apparents n’ont ni consistance, ni saveur.




VII. CESSANT D’ÊTRE PRÉSENT À L’EGO, IL DEVIENT PRÉSENT À TOUT CE QUI EST


Mais peut-être faut-il dire que, dans la sainteté, toute la question est de savoir quel est le cas que nous faisons de l’ego, qui est l’objet principal de toutes nos préoccupations et qui, dès qu’il les retient toutes, donne naissance à l’égoïsme où le mal trouve une sorte d’incarnation. Il y a un accord entre tous les hommes dans la condamnation de l’égoïsme. Il est le monstre dont on n’a jamais achevé de couper toutes les têtes. Mais beaucoup d’hommes pensent que la sainteté, ne s’intéressant qu’à la vie intérieure et au salut personnel, est la forme d’égoïsme la plus radicale en même temps que la plus raffinée ; pour y échapper, il faut au contraire que nos yeux se tournent vers le monde, vers les choses sur lesquelles nous pouvons agir, vers les êtres qui sollicitent sans cesse notre concours.


Mais c’est une grande injustice de penser que le saint accepte de les ignorer. Seulement il réussit par sa seule présence à rendre aux choses ou aux êtres qu’il rencontre sur son chemin l’intériorité qui leur manquait. Il ne les fait pas habiter dans sa propre conscience : il n’en fait pas des instruments au service de sa propre destinée. Il les oblige à retrouver leur propre patrie spirituelle. Il leur découvre la source à laquelle il ne cesse de puiser et à laquelle tout le monde peut puiser sans jamais la tarir. Il ne se donne pas lui-même comme un exemple, car chacun trouve au fond de soi le modèle même auquel il doit se conformer ; le saint nous apprend seulement à le découvrir.


Il n’y a pas d’homme qui soit plus éloigné que lui de toutes les préoccupations de l’ego : c’est nous qui ne cessons d’y penser, soit pour le servir, soit pour le combattre, ce qui est encore un moyen d’y penser. Le propre du saint, c’est d’abolir même cette pensée. C’est pour cela qu’il est le seul homme au monde qui puisse être constamment présent à tout ce qui se passe dans le monde, à tous les évènements qui le remplissent ; il n’est présent à lui-même que par sa présence aux autres êtres et à Dieu. C’est pour cela aussi qu’il transfigure notre propre présence à nous-même. C’est le destin de l’ego, dès qu’il est attentif à soi, d’entrer en contradiction avec un autre ego dont il est porté à nier l’existence, parce qu’elle prétend à une intériorité qui n’est pas la sienne. Mais le saint la fait entrer dans une intériorité qui lui découvre une présence indivisible à soi et à tout ce qui est.


C’est une chose admirable de voir que c’est au moment où je m’abandonne moi-même, où je suis devenu comme rien, au moment où je suis comme vidé de tout ce que j’ai et de tout ce que je suis, que le monde entier vient remplir la place libre. Aussi, par une sorte de miracle, celui qui rentre en soi se sent partout extérieur à soi, celui qui réussit à sortir de soi se sent partout intérieur à soi. Le saint n’a point de volonté particulière : il ne veut rien de plus que sa propre disparition ; il nous découvre le monde tel qu’il a été voulu par Dieu ; il est saint parce qu’il est le témoin permanent de cette volonté qui oblige les choses à nous révéler leur signification et les êtres à devenir conscients de leur vocation. Le saint est comme une lumière que Dieu a mise dans le monde et qui l’éclaire d’autant plus que nous en voyons moins le foyer.




VIII. NOTRE PRÉNOM ET LA GENÈSE INNOMBRABLE DES SAINTS


C’est pour cela qu’il est si difficile de reconnaître la différence qui existe entre les saints. Il y a en eux un caractère commun qui les arrache à l’expérience que nous avons de l’humanité : c’est un caractère sacré qui fait d’eux les organes de Dieu, par lequel ils nous apprennent à discerner en chaque chose les marques mêmes de la création continue du monde par Dieu. Ils sont tous également hors du monde, et pourtant c’est le monde même dont ils nous montrent le véritable visage, comme si nous le voyions pour la première fois.


Or ce sont les saints qui nous donnent notre prénom, ce qui, non seulement les individualise, mais encore les rapproche de nous, leur donne avec nous une certaine intimité et fait que chacun de nous s’abrite sous le patronage de l’un d’eux, comme si c’était lui qu’il devait prendre pour modèle. C’est une chose digne de méditation, dans les réflexions que nous pouvons faire sur les noms, que l’écho que produit en nous le nom par lequel nous appellent les êtres qui ont pour nous le plus de familiarité et d’amitié, qui nous distingue du nom générique commun à tous les membres de notre parenté, qui évoque en chacun de nous le seul être capable de dire moi, mais qui appartient, il est vrai, à beaucoup d’autres êtres que moi, là pourtant où chacun est capable de dire moi dans ce secret incomparable et inaccessible qui est le sien.


Nous trouvons dans la Vie des Saints des êtres dont l’originalité est si fortement accusée que chacun s’oppose radicalement à tous les autres et paraît constituer à lui seul une espèce, comme on l’a dit des différents anges. On comprend donc que le même saint puisse devenir pour tant d’hommes une sorte d’intercesseur ou de modèle. Chaque saint exprime un type idéal d’humanité, un mode privilégié selon lequel l’essence de l’homme est capable de participer à l’essence divine. Or il y a dans l’humanité une possibilité infinie : il faut que toutes les puissances qu’elle est capable de mettre en jeu puissent témoigner de leur relation avec Dieu et recevoir un emploi qui les sanctifie. Ainsi s’engendrent les saints, dont chacun nous paraît incarner une des virtualités dont nous trouvons en nous la présence : il nous apprend à la faire agir ; il est, à l’égard de son exercice, un médiateur entre Dieu et nous. Car si tout l’homme est dans chaque homme, c’est pourtant autour d’une de ses dispositions fondamentales que se réalise l’unité de chaque homme : c’est une unité qualitative qui relie et subordonne à un centre ou foyer d’intérêt privilégié toutes les fonctions de la conscience. Elles jouent toutes à la fois avec d’autant plus de force et d’efficacité qu’elles deviennent des moyens au service d’une vocation particulière plus exigeante et plus exclusive. C’est donc une erreur grave de penser que l’unité à laquelle la conscience aspire ne puisse se réaliser que par l’identité. Elle est d’autant plus parfaite qu’elle est plus différenciée. Être un, c’est être unique et incomparable. C’est reconnaître son individualité spécifique et accepter de l’assumer.


On trouve toujours chez le saint à la fois un appel qui semble venir de sa nature et un acte par lequel il ne cesse d’y répondre. Il n’y a rien dans ce qu’il fait qui ne paraisse lui être imposé par ce qu’il est, de telle sorte qu’il semble avoir tout reçu, et rien pourtant qu’il ne paraisse avoir choisi par une option délibérée, de telle sorte qu’il semble créer ce qu’il est. C’est là le point où en lui la liberté et la nécessité, au lieu de s’opposer, coïncident. C’est aussi le point que chacun de nous aspire à atteindre. Chercher qui l’on est, c’est chercher qui l’on doit être. Les saints nous montrent la voie. Chacun d’eux est donc pour nous une sorte de guide, mais qui doit nous apprendre à suivre notre propre voie, plutôt que la sienne. C’est là le seul moyen d’être fidèle à ce qu’ils nous enseignent. Aucune existence ne peut être recommencée. Aucune existence n’est une existence d’imitation. Le rôle des saints, c’est de nous montrer ce que chacun de nous peut faire de lui-même ; et ceux que nous honorons avec prédilection sont comme ces amis avec lesquels nous ressentons une sorte d’affinité, qui émeuvent notre coeur, qui nous révèlent à nous-même, mais auxquels nous ne ressemblons pas toujours.


C’est parce qu’il y a, dans l’essence de l’homme, une infinité qu’aucun homme n’épuisera jamais, que les saints diffèrent entre eux si profondément. C’est pour cela aussi qu’il y a, dans tout homme, un saint possible, qui peut-être ne viendra jamais au jour. C’est pour cela enfin qu’il naîtra toujours de nouveaux saints, dont aucun ne reproduira la figure de ceux que nous connaissons, bien qu’il ne puisse y avoir aucun progrès dans l’ordre de la sainteté et que chaque saint représente toujours, selon les dons qu’il a reçus et les circonstances où il était placé, une sorte d’absolu unique et inimitable. C’est sa relation absolue avec Dieu qui donne à chaque individu, quelles que soient ses limites ou ses faiblesses, la marque de l’absolu, c’est-à-dire qui fait de lui un saint.




IX. LA SPIRITUALISATION DE L’EXISTENCE DANS LE SOUVENIR


On ne saurait méconnaître pourtant que nul homme ne paraît mériter pour nous le nom de saint avant que sa vie soit révolue. C’est sans doute parce que jusqu’à sa mort il est capable de succomber à la tentation ; mais c’est principalement parce que, si le saint est un être spirituel, le passé seul est capable de produire cette mystérieuse transformation de la chair en esprit qui constitue pour nous la signification de notre existence dans le temps. Ainsi s’explique que notre vie s’engage tout entière dans l’avenir, mais qu’on ne puisse la regarder comme accomplie que lorsqu’elle est tombée dans le passé. On pense presque toujours, il est vrai, que le propre du passé, c’est seulement de détruire ce qui a été, de telle sorte qu’en avançant dans le temps, nous ne cesserions d’aborder dans une forme d’existence toujours nouvelle, que nous ne ferions jamais que revêtir, dans un instant fugitif et évanouissant, un aspect de la vie qui s’abolirait aussitôt. Il semble que nous ne soyons jamais établi dans l’être et qu’il ne surgisse un moment devant nous que pour que le néant le ressaisisse et l’engloutisse à jamais. Le passage de ce qui va être à ce qui n’est plus est comme une naissance et une mort simultanées et ininterrompues. Ce que nous appelons la mort termine cette étrange transformation et achève d’un seul coup cet anéantissement continu de nous-même qui est la loi de toute existence temporelle. C’est comme si l’être essayait toujours d’échapper au néant, mais était toujours vaincu.


Ce n’est là pourtant qu’une apparence. Car de ce passé nous ne savons qu’il est passé que parce que nous en gardons le souvenir. À supposer même que nous ne puissions jamais le rappeler, il demeure pour nous un souvenir possible. Or quelle est la signification du souvenir ? Il ne peut pas être identifié avec un néant pur. Dirons-nous qu’il est là seulement pour attester une existence que nous avons perdue ? Mais il est lui-même une autre forme d’existence. Cette existence perdue, c’était une existence matérielle et sensible, mais à laquelle il substitue une existence invisible et spirituelle, dont on n’a pas de peine à montrer qu’elle ne possède aucun des caractères de l’autre, ce qui peut nous faire croire que nous avons tout perdu, mais qui en possède de nouveaux que l’existence abolie ne possédait pas et qui montrent par rapport à elle un privilège incomparable. Car cette existence spirituelle est maintenant une existence qui est en nous, et même qui est nous. Nul ne doute que dans le souvenir il y ait souvent une lumière et une profondeur qui n’appartenaient pas à l’objet au moment où nous le percevions, ni à l’action au moment où nous la faisions. Ce souvenir a arraché l’évènement au temps, il lui a donné une sorte d’éternité, non pas qu’il soit toujours présent à notre conscience, mais, en droit, il peut le redevenir si nous le voulons. Il est donc toujours là comme un acte disponible et que nous pouvons sans cesse ressusciter. C’est dire qu’il est une forme d’existence nouvelle, tout intime à nous-même, stabilisée et purifiée, et que seuls peuvent considérer comme inférieure ou comme dégradée ceux qui croient qu’on n’appréhende le réel qu’avec ses yeux et avec ses mains. Ainsi il a fallu qu’une existence traversât la forme corporelle pour pouvoir se changer en une existence spirituelle, qui est le but vers lequel elle tend et auquel elle doit aboutir. Et, comme on l’a observé, ainsi il faut dès ici-bas mourir comme corps pour renaître comme esprit.




X. UNION DES VIVANTS ET DES MORTS DANS LE MONDE COMMUN DU SOUVENIR


Mais acceptera-t-on que la sainteté réside seulement dans cette immortalité subjective qui est celle du souvenir ? Il y a ici une distinction capitale qu’il importe de faire. C’est dans le souvenir qu’il a gardé de lui-même que chaque être se spiritualise et conquiert son existence éternelle. Autrement que pourrait-il subsister de lui à la mort ? Son immortalité propre ne serait plus celle de l’être qui a vécu, mais d’un autre être sans relation avec le premier. Et l’on pourra retourner autant qu’on le voudra le problème de l’immortalité : elle ne peut pas être dissociée de la mémoire de notre passé ; elle ne peut justifier sa possibilité que par la manière même dont on conçoit le rapport de la mémoire avec le corps, qu’elle suppose, mais pour s’en détacher ; elle ne peut nous découvrir son essence que par l’idée d’une transformation que le souvenir fait subir à l’évènement, lorsque sa réalité est abolie.


Mais de cette vie spirituelle d’un autre, nous ne savons jamais rien, même avant qu’il soit mort ; or à la mort, cet autre n’est rien de plus pour nous qu’un souvenir. Et peut-être est-il possible de penser qu’entre ce souvenir de lui qui est le nôtre et le souvenir de soi auquel il est lui-même réduit, il y a une affinité mystérieuse. Ainsi, malgré les protestations des sens ou de l’émotion, nous sommes peut-être plus étroitement unis aux morts que nous ne le sommes aux vivants. Sans doute nous pouvons les oublier, et notre attention charnelle peut se détourner vers d’autres soucis. Mais à notre insu, ils demeurent là, toujours prêts à être évoqués de nouveau, et à exercer sur nous une action infiniment plus désintéressée et plus pure que celle qu’ils avaient sur nous quand ils étaient encore vivants.


C’est là ce qui permet de comprendre notre union avec les saints. C’est une union toute spirituelle, qui les rend présents à notre vie, les mêle à nos délibérations et à nos desseins, qui nous fait entendre leur voix comme si elle venait du fond de nous-même, qui éveille en nous des suggestions qu’il dépend de nous d’écouter, des possibilités qu’il dépend de nous de réaliser.


Nous vivons avec eux dans un monde invisible qui est le monde véritable, dont tous les esprits sont les membres, qui est fait de leurs mutuelles et continuelles relations, et dont le monde visible n’est pas seulement le témoignage, mais aussi l’instrument. Il est donc naturel que celui-ci disparaisse dès qu’il a servi.


On voit par là comment il est possible de dire à la fois que les saints sont au milieu de nous, bien que nous ne sachions pas les reconnaître, et que pourtant ils ne deviennent pour nous des saints que lorsque leur vie est révolue et qu’ils sont changés pour nous en esprits. Il semble qu’il faudrait par conséquent transformer profondément l’idée que l’on se fait en général du rôle de la mémoire : on croit qu’elle est une sorte de suppléance de la réalité lorsque celle-ci vient à nous manquer, qu’elle ne nous apporte jamais qu’une sorte d’ombre inconsistante de ce qui a été, et qu’on n’y fait jamais appel que comme à un secours auxiliaire destiné à remplir les lacunes de l’existence actuelle. Mais la mémoire a une fonction beaucoup plus belle : c’est elle qui unit en nous le temporel à l’éternel, qui éternise, si l’on peut dire, le temporel, c’est elle qui le purifie et qui l’illumine, c’est en elle, dès que nous fermons les yeux, que nous percevons la signification de tout évènement auquel sous avons assisté et de toute action que nous wons accomplie, c’est elle qui incorpore le passé à notre âme pour en faire notre présent spirituel. C’est en elle enfin que notre moi se recueille et découvre sa propre intériorité à lui-même ; c’est en elle que, sans que nous ayons besoin de le vouloir, les saints nous découvrent leur sainteté et sont honorés comme ils le méritent.




XI. DU SOUVENIR À L’IDÉE VIVANTE, QUI EST L’ÂME


Cela ne va point pourtant sans difficultés. Car les saints sont des êtres individuels : or ils ont transgressé, semble-t-il, les conditions de l’existence individuelle. Nous voulons connaître leur vie et ils sont au-delà de la vie. Ils ne deviennent saints que dans le souvenir de leur histoire temporelle, alors que le temps n’est plus rien pour eux. Aussi faut-il reconnaître qu’il se produit dans la mémoire que nous en avons une sorte de transfiguration de tous les accidents qu’ils ont traversés : ces accidents dégagent maintenant leur signification réelle, ils sont devenus des figures et des symboles. Eux-mêmes se trouvent réduits à leur véritable essence. Ce n’est point là perdre rien de ce qu’ils ont été : ce n’est pas se muer en une abstraction dépourvue de vie. C’est au contraire mettre à nu ce principe de vie qui était en eux et que tant de scories venaient recouvrir, de manière à en obscurcir la lumière et à en paralyser l’élan. Nous sommes au point où le souvenir lui-même se métamorphose en une idée vivante : tout ce qu’il y avait en lui de périssable et qui a péri n’est là que pour permettre d’en retenir la puissance agissante et significative. En nous cette puissance peut devenir présente quand nous agissons : il arrive que ce soit elle qui nous inspire et qui nous soutienne. Elle est médiatrice entre Dieu et nous. Et cette idée vivante, c’est l’âme elle-même qui survit à la mort, qui s’est dépouillée de tous les éléments du devenir auxquels elle était mêlée et qui lui ont servi seulement à s’éprouver et à se faire. Comment pourrait-il rien subsister en elle de toutes les misères que le temps a fondues et comme dissipées ? Cette idée que nous gardons en nous active et présente, c’est une âme avec laquelle nous ne cessons de communier. Ici seulement nous avons l’expérience de ce que peut être la relation qui unit entre elles les âmes lorsqu’elles n’ont plus à utiliser comme instrument ce corps, qui est entre elles comme un écran. Il faut être singulièrement attaché à la terre pour penser que nous devons, jusque dans la vie spirituelle, retrouver tous les souvenirs de la terre, au lieu de réussir à en tirer cette pure essence qui, déjà dans les moments les plus heureux de notre existence terrestre, semble nous transporter dans un autre monde où nous n’avons plus affaire qu’à des réalités sublimes et éternelles.


C’est dans cet autre monde que les saints nous permettent de pénétrer. Ils nous conduisent vers lui comme par la main. Le souvenir que nous avons de leur vie nous les montre encore mêlés à la terre, pleins de faiblesses et soumis à mille tribulations. Leur exemple est pour nous une sorte de sécurité : nous considérons notre vie avec moins d’inquiétude ou de mépris, ils la soutiennent non seulement, comme on le croit, par leur exemple, mais par cette force même qu’ils nous donnent dans les épreuves, en nous obligeant à spiritualiser tout ce qui nous arrive.


Aussi est-il facile de voir pourquoi nous n’invoquons pas le même saint selon les différentes circonstances de l’existence et pourquoi aussi il y a des saints vers lesquels nous tournons plus volontiers nos regards, comme s’il y avait entre eux et nous plus de parenté, comme s’ils étaient plus aptes à nous comprendre et à nous aider, comme si nous nous sentions d’emblée en familiarité plus étroite avec eux. C’est que, si tous les hommes portent en eux les mêmes puissances, ils ne les exercent pas toutes également. Et comme il arrive qu’il y ait des amis dont chacun d’eux fournit et achève ce qui manque à l’autre, de telle sorte que de leur union naît un homme qui est plus parfait que chacun d’eux, ainsi on peut dire que chaque saint appelle lui-même une postérité qui développe et met en oeuvre toutes les possibilités dont il contenait en lui le germe. Mais c’est un germe qui fructifie indéfiniment.


Les saints montrent à l’homme tout ce qu’il est capable de faire et d’être : ils font remonter jusqu’à Dieu l’origine de toutes les possibilités dont il dispose. Ils nous permettent de reconnaître quelles sont celles dont l’emploi nous est remis : ils nous apprennent à les mettre en oeuvre. Ce qui vient d’eux s’écoule jusqu’à nous. Chacun de nous découvre, grâce à eux, la vocation qui lui est propre et devient capable de la remplir. Non pas que nous ne puissions faire rien de plus que de les imiter, ce qui souvent découragerait nos entreprises, mais ils nous montrent quel est le champ auquel nous devons appliquer nos efforts et où notre oeuvre poursuivra la leur, souvent sans lui ressembler. C’est par eux que le monde matériel trouve sa jointure avec le monde spirituel et le temps avec l’éternité. C’est par le souvenir que nous en avons gardé que nous pouvons leur faire une place dans notre âme : mais ce souvenir même a fait d’eux des êtres spirituels avec lesquels nous sommes unis dans cet univers de l’Esprit où chaque individu remplit une vocation qui n’appartient qu’à lui seul et dont tous les autres individus sont inséparables et solidaires.




XII. LE SAINT, LE HÉROS ET LE SAGE


On oppose souvent au saint le héros et le sage. Le saint peut être l’un et l’autre, bien que cela n’arrive pas toujours : ou du moins est-ce un héros qui se dissimule souvent sous les apparences de la soumission, un sage qui se dissimule souvent sous les apparences de la folie. Il semble que le héros et le sage n’aient affaire qu’à la nature et que la volonté ou la raison aient le pouvoir de la vaincre ou de la régler. À l’héroïsme et à la sagesse suffisent des ressources purement humaines et de l’un comme de l’autre il faut dire qu’ils sont bien éloignés de la sainteté. Ils ne proviennent pas de la même source ; ils ne tendent pas vers la même fin. Le héros ne cède pas à la nature : il met sa volonté au-dessus ; dès qu’un conflit se produit, il faut que ce soit sa volonté qui l’emporte, dût-il lui-même succomber. Au contraire, le sage cherche un accord avec la nature, il la rend docile à ses fins : il réalise entre la nature et le vouloir une sorte d’équilibre qui assure sa tranquillité intérieure et lui permet de garder à l’esprit son libre jeu. Le héros résiste à l’ordre des évènements, même s’il est brisé. Le sage accepte cet ordre en s’y accommodant, mais il lui donne une signification spirituelle. L’un et l’autre n’ont de regard que pour la valeur : mais le premier est toujours prêt à forcer le cours des évènements, afin de la faire éclater, et le second à y adhérer, afin de l’obliger à en témoigner. L’un ne voit que des conflits et quelquefois les suscite : l’autre les apaise et cherche une harmonie qu’il n’atteint quelquefois qu’en les évitant. Il faudrait que le héros n’engageât le combat que lorsque la sagesse même cesse de lui suffire et que ce fût elle encore qui le lui conseillât. Il faudrait que le sage ne refusât jamais l’héroïsme lorsque sa sagesse ne peut être maintenue qu’à ce prix. Mais le héros et le sage sont des hommes dont nous savons bien qu’ils ne comptent que sur eux-mêmes pour agir : aussi risquent-ils toujours de tomber. C’est une chose qui nous rend perplexe que de voir que l’on peut être le héros d’une mauvaise cause et que le sage sacrifie parfois le parti le meilleur à l’idée d’un risque qu’il devrait courir. L’héroïsme est toujours éclatant et c’est pour cela qu’il y a un faux héroïsme ; et pourtant il arrive qu’il soit invisible et inaperçu de celui-là même qui l’assume. La sagesse n’est souvent qu’une paix apparente dont on peut dire qu’elle est une fausse sagesse si elle n’est pas la marque de la paix du coeur.


Il semble enfin que l’héroïsme soit un acte et la sagesse un état. Aussi l’héroïsme nous semble toujours se produire dans l’instant, comme s’il était porté par l’évènement. Presque toujours il connaît ensuite une chute de tension. Peu de héros sont capables de rester au niveau de l’acte qu’ils ont accompli un jour. On ne le leur demande pas. Un héroïsme continu, dans une vie qui nous oblige sans cesse à le faire renaître et à le soutenir, est au-delà de l’héroïsme. Nous dirons au contraire de la sagesse qu’elle appartient à la durée et non pas à l’instant. L’important est qu’elle ne se laisse pas ébranler. On peut accomplir certains actes avec sagesse : mais la sagesse s’inscrit peu à peu dans notre nature. Elle est acquise, et c’est dans les dernières années de la vie qu’elle porte tous ses fruits.


Quant à la sainteté, on dira qu’elle est indiscernablement un acte et un état ; elle est un état qui non seulement s’exprime par des actes, mais est lui-même un acte toujours présent qui est capable de fléchir, mais qui ne cesse de ressusciter. Aussi faut-il dire que, tandis que l’héroïsme appartient à l’instant et la sagesse à la durée, la sainteté appartient à l’éternité ; mais elle est l’éternité descendue dans le temps. Et c’est pour cela qu’elle s’exerce toujours dans l’instant, où elle est toujours disponible, prête à se donner et à agir, bien qu’elle remplisse de son unité indivisée toute l’existence et qu’elle ne puisse être réduite ni à l’instant, ni à la somme de tous les instants. Dans l’instant, elle nous ouvre une trouée sur l’éternité, mais c’est une éternité qui ne défaille jamais, qu’on retrouve à travers toute la durée et qui en fait la continuité.


Aussi ne faut-il pas s’étonner que le saint accomplisse souvent des actions que l’on juge héroïques. Mais on ne peut pas les attribuer à l’héroïsme si l’héroïsme implique seulement un combat et une victoire. Il semble, en effet, qu’au lieu d’être en conflit avec la nature, ce soit par une nécessité de nature que le saint produise les actions qui nous paraissent les plus belles et les plus difficiles. C’est qu’il y a en lui une nature nouvelle qui, au lieu de s’opposer à l’autre, se confond avec elle parce qu’elle la spiritualise. Et sa conduite, bien qu’elle paraisse une folie, défie pourtant la sagesse des plus sages. Non pas qu’elle soit l’effet des calculs de la prudence, mais c’est parce qu’elle est au-delà de la prudence et prend son inspiration dans une source plus haute, qu’elle en intègre tous les conseils et les dépasse toujours.




XIII. LE SAINT FAIT DU MONDE UN PERPÉTUEL MIRACLE


Le propre de la sainteté, c’est de nous faire vivre dans l’atmosphère d’un perpétuel miracle. Et nous disons que nous avons affaire au miracle lorsque nous sentons que l’action de Dieu se trouve présente dans tout ce que nous voyons et dans tout ce que nous faisons.


À cet égard on peut dire qu’il y a une sorte de contradiction entre l’action du savant et celle du saint. Tout l’effort du savant consiste à dépouiller le monde et la vie de leur caractère miraculeux et l’on sait bien qu’il n’y parvient pas, car le monde, dans le visage que nous en donne la science la plus profonde, demeure aussi mystérieux, et peut-être davantage, que dans le visage qu’il présente à nos sens. Mais la science lui retire pourtant son caractère de miracle parce qu’elle suppose qu’il se suffit à lui-même, qu’il réside dans un ensemble d’objets ou de phénomènes situés dans l’espace ou dans le temps et liés entre eux par des lois plus ou moins complexes que l’on découvre peu à peu. Ainsi l’esprit du savant reste immanent au monde.


Mais c’est déjà un grand miracle qu’il y ait un esprit qui puisse penser le monde et apprendre à le connaître. C’est pour cela que l’esprit est lui-même transcendant au monde. Ce n’est pas non plus dans le monde qu’il peut trouver la fin de sa destinée. Le monde est pour lui à la fois un langage et une épreuve. Il faut qu’il devienne pour l’esprit non pas un simple objet de spectacle, mais le moyen par lequel l’esprit lui-même se réalise. C’est parce qu’il est un obstacle qu’il est aussi un instrument. C’est parce qu’il est rebelle à l’esprit qu’il peut devenir pour lui un témoin. Le saint oblige sans cesse le monde à témoigner en faveur de l’esprit. C’est dire qu’il nous montre toujours dans le monde la présence vivante de Dieu. La moindre de ses paroles, le moindre de ses gestes est destiné à la faire éclater. Et dans ce monde où il n’y a rien qui ne soit miracle, de l’herbe la plus chétive jusqu’à la ronde des étoiles, du mouvement par lequel je remue le petit doigt jusqu’au vaste ébranlement des nations, il n’y a rien pourtant qui ne redevienne simple et lumineux pour celui qui découvre dans chaque chose un signe qu’il consent à reconnaître, un appel auquel il accepte de répondre.


Ce monde devient pour nous une masse aveugle et monstrueuse si nous pensons qu’il n’est rien de plus que ce qu’il nous montre, où nous sommes nous-mêmes pris comme dans un étau, qui finit toujours par nous écraser. C’est alors qu’on peut dire de l’existence même qu’elle est absurde. Mais c’est l’esprit qui en juge et qui par conséquent lui échappe. Il lui appartient donc, si l’existence est en lui et non pas hors de lui, de faire que le monde, au lieu d’obturer son regard ou de contredire ses exigences, devienne le champ de leur exercice. Le monde acquiert alors une sorte de transparence. Il n’a de sens pour nous que pour nous permettre de mesurer à chaque instant, dans le spectacle qu’il nous donne, les succès ou les échecs de notre activité spirituelle. Il ne faut pas s’étonner qu’il soit plein de lumière pour les uns et de ténèbres pour les autres. Ce qui est moins l’effet d’une pénétration de l’intelligence que de la pureté et de l’innocence du vouloir.


C’est ce miracle en acte que le saint ne cesse de nous révéler, un miracle où toutes les choses restent ce qu’elles sont, mais nous découvrent tout à coup leur essence et leur signification qui, sans lui, nous auraient échappé. L’esprit est rendu alors à sa véritable patrie. Il n’est donc pas vrai de dire que le saint s’est évadé du monde, il faudrait dire au contraire qu’il est le seul à avoir accès dans la profondeur du monde, au lieu de demeurer à sa surface. Loin de s’être dissipé, le monde lui montre le fondement même sur lequel il est établi. Il est devenu le visage de Dieu, alors que, pour celui qui le considère avec les yeux du corps, il n’est le visage de rien. Mais il ne reçoit une telle transfiguration que pour celui qui, au lieu de penser qu’il suffit de s’affronter à lui avec les seules forces dont il dispose, réalise une conversion intérieure par laquelle il devient attentif à cette présence de Dieu en lui dont procède le regard d’amour qu’il jette lui-même sur toute chose.




Louis LAVELLE, Quatre saints, Albin Michel, 1951.

Eight stanzas on the incomparable by Abhinavagupta



1. Here, no need for spiritual progress, contemplation or skill speech, no surveys, no need to concentrate to meditate, or to practice the marmonnees prayers. What is, tell me, absolutely certain ultimate reality? Listen to this: don't take or leaves, and as you are, fortunately enjoy everything.


2. From the point of view of the absolute reality, it has no transmigration. How then is it question of interference for humans living? Since the free being never had obstacles, undertake to release him is futile. It was there that the illusion of the imaginary shade of a demon, rope to a snake that produces confusion baseless. Don't let nothing take nothing, well established in yourself, as you are, spend time pleasantly.


3. In the inexpressible (1), what speech can there be and which way conforms loved worshipping and adoration? In truth, for which and how a spiritual progress happen, or even who reciprocate by steps in the self? Oh wonder! This illusion, though differentiated, is none other than consciousness-without-second. Ah! everything is very pure gasoline tested by yourself. So, don't get unnecessary worries.


4. This Bliss is not like the intoxication of wine or those of wealth, or even similar to the union with the beloved. The appearance of conscious light is not like a beam of light that spreads a flashlight, the Sun or the moon. When it breaks free from accumulated differentiations, the State of happiness is an elation comparable to putting ashore a burden, the appearance of the light is the acquisition of a forgotten treasure: the field of the universal Nonduality.


5. Attraction and repulsion, pleasure and pain, Sunrise and sunset, infatuation and abatement, etc., all those States participating in the forms of the universe manifested as diverse, but by their nature they are not distinct. Whenever you take the particularity of one of these States, attention immediately to the nature of consciousness as identical to him, why, full of this contemplation, do you forward you not?


6. The effectiveness of what exists currently did not exist before; suddenly, indeed, always popping up the things in this world. In what reality can claim, so disturbed by distorting the intermediate state (2) confusion? What reality is there in the unreal, unstable, the falsified, in a pile of skins in the error of a dream? Remains beyond the imperfection to the anxieties of the doubt and awake.


7. The innate cannot be subject to the flow of objective existence; These manifest themselves as experienced by you. Although private by nature of reality, in one instant, by the fault of an error of perception, they take part in the real. Thus comes from your imagination the vastness of this universe since there is no other cause at his appearing. Therefore, by your own glory, you shine in all the worlds, and although unique, you are the essence of the multiple.


8. When arises as immediate contact with self consciousness then the real and the unreal, the little and the abundant, the Lord and the transitional, which is polluted by the illusion and what is the purity of the self appear radiant in the mirror of consciousness. Having recognized this in the light of the essence, you whose size is based on your intimate experience, enjoy your universal power.




Notes


(1) the Kashmiri tradition uses the word Anuttara: the leading, the Sans-egal. This Word can also mean the Incomparable, literally: "which is not the highest of two" (because there is no other than him). This is the real nature of any apparent diversity. It has only the conscious light. Even say that the conscious light is the 'any' is a restriction: there not 'All', not more that it has parts. The conscious light is unthinkable.


(2) this "intermediate state" refers to the second moment of any perception or activity. In the first moment, there is no thought, just a pure light momentum in which the object perceived shines in its true nature, the certainty of I true. In a second moment, in the original fullness appears a separation by which it delimits the object relative to what it is not. The third time, the object is perceived as a fully differential object, with all its features: it is the ordinary perception of sleep.


This text is taken from the hymns of Abhinavagupta, translated and commented by Lilian Silburn, Collège de France, Institut de Civilisation Indian, Editions de Boccard, Paris, 1968 (reprint 1986).

Huit stances sur l’incomparable, par Abhinavagupta



1. Ici, nul besoin de progrès spirituel ni de contemplation, ni d’habileté de discours, ni d’enquêtes, nul besoin de méditer, ni de se concentrer, ni de s’exercer aux prières marmonnées. Quelle est, dis-moi, la Réalité ultime absolument certaine ? Écoute ceci : ne prends ni ne laisse et, tel que tu es, jouis heureusement de tout.


2. Du point de vue de la Réalité absolue, il n’y a pas de transmigration. Comment alors est-il question d’entrave pour les êtres vivants ? Puisque l’être libre n’a jamais eu d’entraves, entreprendre de le libérer est vain. Il n’y a là que l’illusion de l’ombre imaginaire d’un démon, corde prise pour un serpent qui produit une confusion sans fondement. Ne laisse rien, ne prends rien, bien établi en toi-même, tel que tu es, passe le temps agréablement.


3. Dans l’Inexprimable (1), quel discours peut-il y avoir et quelle voie différencierait adoré, adorant et adoration ? En vérité, pour qui et comment un progrès spirituel se produirait-il, ou encore qui pénétrerait par étapes dans le Soi ? Oh Merveille ! cette illusion, bien que différenciée, n’est autre que la Conscience-sans-second. Ah ! tout est essence très pure éprouvée par soi-même. Ainsi, ne te fais pas de soucis inutiles.


4. Cette félicité n’est pas comme l’ivresse du vin ou celles des richesses, ni même semblable à l’union avec la bien-aimée. L’apparition de la Lumière consciente n’est pas comme un faisceau de lumière que répand une lampe, le soleil ou la lune. Quand on se libère des différentiations accumulées, l’état de bonheur est une allégresse comparable à la mise à terre d’un fardeau, l’apparition de la Lumière est l’acquisition d’un trésor oublié : le domaine de l’universelle non-dualité.


5. Attirance et répulsion, plaisir et douleur, lever et coucher, infatuation et abattement, etc., tous ces états participant aux formes de l’univers se manifestent comme diversifiés, mais en leur nature ils ne sont pas distincts. Chaque fois que tu saisis la particularité d’un de ces états, attentif aussitôt à la nature de la Conscience comme identique à lui, pourquoi, plein de cette contemplation, ne te réjouis-tu pas ?


6. L’efficacité de ce qui existe actuellement n’existait pas auparavant ; de façon soudaine, en effet, surgissent toujours les choses en ce monde. À quelle réalité peuvent-elles prétendre, ainsi troublées par la confusion déformante de l’état intermédiaire (2) ? Quelle réalité y a-t-il dans l’irréel, l’instable, le falsifié, dans un amoncellement d’apparences, dans l’erreur d’un rêve ? Reste par-delà l’imperfection propre aux angoisses du doute et éveille-toi.


7. L’inné ne peut être sujet au flot des existences objectives ; celles-ci ne se manifestent qu’éprouvées par toi. Bien que privées par nature de réalité, en un instant, par la faute d’une erreur de perception, elles prennent part au réel. Ainsi jaillit de ton imagination la grandeur de cet univers puisqu’il n’existe pas d’autre cause à son apparition. C’est pourquoi, par ta propre gloire, tu resplendis dans tous les mondes et, bien qu’unique, tu es l’essence du multiple.


8. Lorsque surgit la Conscience en tant que contact immédiat avec soi-même alors le réel et l’irréel, le peu et l’abondant, l’éternel et le transitoire, ce qui est pollué par l’illusion et ce qui est la pureté du Soi apparaissent radieux dans le miroir de la Conscience. Ayant reconnu tout cela à la lumière de l’essence, toi dont la grandeur est fondée sur ton expérience intime, jouis de ton pouvoir universel.




Notes


(1) La tradition cachemirienne utilise le mot Anuttara : l’Insurpassé, le Sans-Égal. Ce mot peut aussi signifier l’Incomparable, littéralement : « Ce qui n’est pas le plus haut de deux » (parce qu’il n’y a pas d’autre que Lui). C’est la nature réelle de toute diversité apparente. Il n’y a que la Lumière consciente. Même dire que la Lumière consciente est le « Tout » est une restriction : il n’y a pas de « Tout », pas davantage qu’il n’y a de parties. La Lumière consciente est impensable.


(2) Cet « état intermédiaire » se réfère au deuxième moment de toute perception ou activité. Dans le premier moment, il n’y a aucune pensée, seulement un pur élan lumineux dans lequel l’objet perçu resplendit dans sa nature véritable, la certitude du Je véritable. Dans un deuxième moment, dans la plénitude originelle apparaît une séparation par laquelle on délimite l’objet par rapport à tout ce qu’il n’est pas. Au troisième moment, l’objet est perçu en tant qu’objet pleinement différencié, avec toutes ses caractéristiques : c’est la perception ordinaire de l’état de veille.


Ce texte est tiré des Hymnes de Abhinavagupta, traduits et commentés par Lilian Silburn, Collège de France, Institut de Civilisation Indienne, Éditions de Boccard, Paris, 1968 (réimpression 1986).

Come back always…



tree silhouettes


I remember this momentum towards the sky
It was a climb, a return
At each step, a knowledge made grace
At each breath legions gathered


At the dawn of the last moment
There were a multitude of sparkling Suns
Each breakthrough let light from the Source
To a multitude of worlds bathed with love.


And the last question fusa "but that contemplates this? ''
Then I felt as an ultimate inspiration
And it is y had over what ' a.




Divine body


When our bodies celebrate love
It's like a dance of God with himself
Under the merger of caresses, my skin, your skin?
A single universe that vibrates to meet and marvel


The impulses of desire, a single breath
As a gentle heat bath
Grace expiring like a wave
While another shudders already


In your eyes, I look at my reflection
A mirror of water tinged with a tiny, fragile veil
A shade of color like no other
And in Ecstasy, the revelation of a new agreement.




Transparency


It was a long night of amnesia
Eons during which I perceived the dream
As heavy, solid, substantial
Matter as dark and devoid of soul


The ultimate experience may withdraw
The scent remains
This reality is only a veil
Its members even the creator celebrates the creation


This body is pure transparency
Without substance or own existence
A vacuum impermanent, singular and unparalleled
Through which flue light one


Nothing exists that love
Who plays to separate, to be forgotten
Generates all life forms
To celebrate the joy of the union without end.




Flowering


Love is the single lamp which stirs the outbreak of life
Where the look of consciousness arises, it breaks
My measure rather than the spirit one
I bow and makes me his grace


And if he wishes, then, as by miracle
Border flow, a vacuum opens
A larger space is aglow and joined in the fire
Under the protection of the single soul of this world


The seed of love made flower seed
Within the already perfect form already completed
It develops into a new perfection, a new completion
From grace to grace, one without second is celebrated and unfolds.




Yves-Marie Hour – 13 July 2015

Revenir toujours…



arbres silhouettes


Je me souviens de cet élan vers le Ciel
C’était une ascension, un retour
A chaque palier, un savoir rendait grâce
A chaque respiration, des légions se rassemblaient


A l’aube du dernier instant
Il y eut une multitude de soleils miroitants
Chaque percée laissait passer la lumière de la Source
Vers une multitude de mondes baignés d’Amour.


Et la dernière question fusa « Mais qui contemple cela ? »
Alors je sentis comme une ultime inspiration
Et il n’y eu plus quel’Un.




Corps divins


Lorsque nos corps célèbrent l’Amour
C’est comme une danse de Dieu avec lui-même
Sous la fusion des caresses, ma peau, ta peau ?
Un seul univers qui vibre de se rencontrer et de s’émerveiller


Les élans du désir, un seul souffle
Comme un bain de douce chaleur
Une grâce qui expire comme une vague
Tandis qu’une autre frémit déjà


Dans tes yeux, je contemple mon reflet
Un miroir d’eau teinté d’un voile infime, fragile
Une nuance de couleur à nulle autre pareille
Et dans l’extase, la révélation d’un nouvel accord.




Transparence


Il fut une longue nuit d’amnésie
Des éons durant lesquels je percevais le songe
Comme lourd, solide, substantiel
La matière comme sombre et dénuée d’âme


L’expérience ultime peut se retirer
Le parfum demeure
Cette réalité n’est qu’un voile
En son sein même le créateur célèbre la création


Ce corps est pure transparence
Sans substance ni existence propre
Un vide impermanent, singulier et sans pareil
A travers lequel flue la lumière de l’Un


Rien n’existe que l’Amour
Qui joue à se séparer, à s’oublier
Engendre toute la vie des formes
Pour célébrer sans fin la joie de l’union.




Floraison


L’Amour est le feu unique qui attise l’éclosion de la Vie
Où le regard de la conscience se pose, il déferle
Non à ma mesure, mais à celle de l’Esprit Un
Je m’incline et me rend à sa grâce


Et s’Il le veut, alors, comme par miracle
Les frontières refluent, un vide s’entrouvre
Un espace plus vaste est embrasé et uni dans le feu
Sous la protection de l’Âme unique de ce monde


La semence de l’Amour fait fleurir la graine
Au sein de la forme, déjà parfaite, déjà achevée
Elle se développe en une nouvelle perfection, un nouvel achèvement
De grâce en grâce, l’Un sans second se célèbre et se dévoile.




Yves-Marie L’Hour – 13 juillet 2015

Why Nava-Tantra?



A Non-duality Tantra for the 21st century


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Originally the sanskrit Word tantra is composed of the verbal root 'tan' and the suffix – tra, and folk etymology interprets it in two Sanskrit words: tanoti 'expansion' and trayati: 'liberation'.


Tantra is etymologically understood as "the art and the science of expansion of consciousness and the release of energy", and Nava-Tantra, refers to the extension of this revelation (from Sanskrit नव, 'new' nava, तन्त्र tantra ').


the final journey


Simply browse the proposals rich and varied from multiple websites, blogs and videos online in recent years, around the current Tantric imagination, quickly put us in front of a great confusion of speech levels. Confusion which often emerges a strong incongruence between the displayed spiritual aspirations and implementing concrete of these aspirations in guidance, support group and teaching contexts.


It is common to see Tantra and its related practices, linked to the general field of personal development. The speech (spirituality integrative and non-dogmatic, celebrating the body and male/female archetypes, unconditional love, sacred sexuality, overflow of ego, awakening quest, etc.) serves all frequently pretext to proposals and aspirations frantically fed by the sole desire of contentment and egocentric of the small person capacity, when it is not that simple passions libertines or even prostitution.


Categorize the Tantra in the field of personal development is an aberration. Because Tantric vision is primarily and originally a mystical vision as such, if it is initiated, if it is original in the person as she experiences here and now aims at the reduction of ego, and not to its development or its growth. This is not to strengthen or enhance the personality of new tools, new weapons, but rather instead weaken, impoverish it.


By poverty, as well as already underlined in Meister Eckhart, it is not physically hear poor – and personality is invariably very clever to reclaim any vow of chastity, or hardware unselfishness as a new place for identification and pride: it is stronger than the spiritual ego ego, that of all the fanatic of all time and religion. It is more essentially to hear spiritually poor: "happy are the poor in spirit, because the Kingdom of heaven is theirs!", it means 'Be poor in knowledge, belief, belief, certainty, attachments and releases!').


"Now there are two kinds of poverty. Poverty outside, good and very commendable when human lives voluntarily by love[…]. But the word of our Lord, it is another poverty, domestic poverty; as it says: "blessed are the poor in spirit. "Be, I beg you, such poor understanding this speech because, I tell you in the name of eternal truth, if you become not similar to this truth, you will not be able to understand me. »


Meister Eckhart (Beati pauperes spiritu)


This place of not knowing, something that is no longer the ego opens to the innocence of the moment, an experience that offers itself, second by second, in its irreducible singularity. The moment is eternity, if it is lived without memory.


No need to know the religious doctrines of the various philosophical and spiritual traditions from around the world and all the antediluvian or historical eras to meet this space. The true knowledge, the ultimate synthesis is exactly and precisely the experience of one. Neither more, nor less. Everything else is decoration and frivolity.


Some initiatory traditions can have a time function to deconstruct mirrored my certainties, by highlighting the counterintuitive or paradoxical proposals (the famous koans of Chan Buddhism...). I thought I was living in this reality, in this sphere of certainty, and suddenly a vision baffles me, makes me a cognitive, affective, sensory experience that exceeds this sphere, which can no longer be be absorbed without damage. It is the experience of the overflow of the offsetting of awakening. In a second conscience, my reality opens to something that cannot be incorporated into the old framework, and I discovered that the opposite of what I thought is also true and that what I was thinking is also wrong. Neither true nor false. And true and false, all at once.


The teachings of non-duality have thus value to deconstruct a previous knowledge, if I keep and fétichise them, they in turn become of limitations. Spiritual, esoteric or mystical scholarship does not lead to the achievement of the experience. It may be a point of support or compensation until this experience of supreme intimacy is known. This is the famous finger that shows the Moon: once I saw the Moon, I have more need of the finger. But some remain attached to the techniques and knowledge as the Viewer to the finger. Is that the Moon continues to shine when no one is watching?


Who am I if I loose the belief in the truth of my model of the world?


Who am I if I open the possibility that the truth on which I built, developed my whole existence, my script of life, could prove to be false?


Even the vision of non-duality, in the end must be aborted, to touch the Source, one without second. As wrote beautifully "old child":


"Great music has little sounds.
The great image has no form. »



Laozi (Tao – Tö King)


Supreme technique, the latest knowledge, it is precisely to renounce any technique, to know everything. When I am withdrawing a thorn from the foot with another Thorn, I don't plant me second in the flesh instead of the first. I throw finally two spines. Otherwise, I still cluttered a new problem that came to take the place of the first.


Nava-Tantra is a mystical vision before being a theory or practice of development of the person or pursuit of pleasure. The passions, they are so-called 'positive' is to say by the person, or 'negative', rejected by the person not are not excluded, but they are more seen as an end in itself.


We read often the objective of Tantra would develop harmony the feminine and masculine, Yin and Yang, to reach magnificence in sexual ecstasy, or in sacred rituals. And this type of experiences or proposals can indeed happen, or not, during an internship or a Tantric retreat. But what are there that phenomena that occur at a given time, appear and then disappear, as they came. If I keep the memory, if I do not let die the resonance of this type of experiences in my body, if my conscience attaches to it, it has exacerbated and deprives new experiences, just as unusual, intense and subtle. And even worse, one such breakthrough, such contact with the background of reality, can help to strengthen the ego spiritual, always quick to appropriating what crosses.


Nava-Tantra therefore is before all a mystic, in the line of traditional wisdom schools thousands of years ago, but a mystical secular, free of frills folk of the East (Namaste, Shiva, Shakti, Lingam and Yoni…) and above all updated and enriched by all from contemporary contributions of our culture and of our time. Because if the truth can be one and unvarying period in time, culture in culture, the way to get there is function of specific obstacles that I have to cross. If the truth is one, the door that separates us is at each time new, and requires new keys, new more suitable formulations. Hence the relevance of a new approach Tantric, Tantra new (Nava means new in sanskrit), new not in its essence, which is eternal, but fresh and innocent in its formal implementation, its words and its rituals.


The Tantric vision cannot be anything that takes of the order of the contingency. The Tantric perspective, is the eternity in time, is the absolute in the matter, it is the Kingdom of heaven here on Earth. In other words: be in this world without being of the world.


Tantra aims – in the sense of vision – to this unconditional order, what is this from moment to moment, and I can never be separated. It can therefore never aim an object relating to the field of experience – even when this object is an experience of ecstasy, of Unio Mystica! Tantra aims – without ever directly – aim for in the ultimate subject which, beyond the reign of all phenomena, of all the images, desires, creates, and dissolved the dream of this reality in an ocean of eternal love: the spirit that plays with the world through each has forms it animates his breath.


This is the reason why he cannot by nature be a person awake. The condition for the supreme non-identifying experience is the absence of any identification to an aggregate of material, affects and thoughts.


"When you know you, your illusory ego is removed and you are not other than Allah!…". In other words: "Know yourself" or "Know your being" means "Know that you're not you" while you did not know. »


Ibn Arabi


Tantra offers a non dual metaphysical formulation similar to Advaita Vedanta. Is differentiates however stating that pure intellectual knowledge is not sufficient to achieve Bliss, it means to experience the intimate identity between the self personal and cosmic consciousness, represented by Shiva. In these practices, the body becomes an instrument and rather intimate spiritual realization.


The word tantra is derived from sanskrit "Tantra" which the root l ' idea of extension, but also one of frame or fabric. The tantras are texts "woven" by masters during the last twenty centuries, often written in sanskrit, but also in other languages of the India.


Find the intensity and transcendence in the most ordinary, such experience could be the motto of the philosophy of the recognition, inspired by Vijnana Bhairava Tantra. The issue isn't leakage out of the world, but freedom active in a world every moment recreated by consciousness. As expressed Pierre Feuga, "since Tantrism clutters even less moral than of theology.» "But here ' transgress means transcending, consume means consumer. '' The Insider consumes the world of appearances and realizes the most intense awakening within the material. What is poison for ordinary becomes cure for the tantrika. Is Tantric any man or any woman who assumes the life in all its aspects, clean and unclean, no leak of any kind, any man or any woman who perceives the universe as a field of experience sensitive and energy without prejudice of any kind as to what is desirable or not, any man or any woman who experiences a premonition that bodily enjoyment and spiritual awakening to magnify each other.


It is easy then to see how contemporary Tantra which ambitionnerait to enroll in the perspective exclusive personal research of pleasure, hedonism ego, development and growth of the person, of the relationship, feminine archetypes and male – still images, so generic as they – and even the awakening for the little self away from the vast mystical perspective proposed by the tradition!


The field of personal development is hopeless if it is confined to its own definition and refuse to sublimate beyond the single object of fascination: the development of the separate person.


To reconnect with this tradition of non-duality, we have no need for new big inclusive theories, new models for description of reality, of new theses of psychologies, etc… The Tantra of non-duality begins precisely when are abandoned all desires input and reduction of reality to concepts, dogmas, types, models, technical…


This is why in the transmission of the Nava-Tantra we don't teach techniques to achieve this or that State. So to speak, don't give practical instructions, we invariably invite attention through my field of consciousness: sensations, emotions, thoughts… to what I say yes, what I say no… whatever that is the situation, I'll be alone to meditate in front of a white wall, dancing or energy experience, physical or with a partner.


Observe… feel…


And offer… go to Source what made that cross me, and has never belonged to me…


It does not look the Sun in front, under penalty of burning eyes. The experience of the truth, or God, is of the same order. I do not aim to "Mindfulness", to the absolute surrender to the non-judgmental. All this is out of reach of the person. What is however my responsibility, is to become aware of what separates me from the light, the relaxation, the non-judgmental. I me extract the cloud – I see what I refused to see, what I said not – and I included this cloud in the broader sky by my presence. I included my 'no' in recognizing and welcoming environment, and in doing so, I integrate my experience rather than reject it. Then, the supreme luminary unfolds or not to my prayer, it does not depend on my person. In the same way that genuine humility is not the research of this humility, but the only contemplation of my small claims on a daily basis.


The ultimate key lies in the words reported by the Evangelist:


"Lord, if you want it, away from me this cup of pain. '' However, that this is not my will that happen, but yours. »


Luke 22.42


The person who wishes to something in particular, taken in his game grip and release, shadows and lights, is not the source itself. It is only a reflection, the short-lived offshoot of this source, the space of emptiness through which divine love manifests itself in the world forms.


The attentional proposals that we make during retreats and courses aims to bring to light the shadows, the obstacles, the clouds that intervene between me and the light. Highlight mechanisms, packaging by which I cut myself love, humility, the abandonment of the intensity of the experience which presents itself here and now. Watch what my experience is determined by a memory, a resonance of an earlier experience that I've not left to die…


Who observes what's playing? A who or what am I identified now? I do not what I identified, since it is the point from which I perceive my subjective reality. If you are on a high and gaze at the surrounding nature, you see all the landscape surroundings, mountains, valleys, rivers, forests, Plains… you are attentive to the sky, clouds, animals… the only point that you may not include in your eyes, it is the point from which you look!


The invitation of the Nava-Tantra is thus to fully experience what presents itself to intensely desire recognizing perfection, completeness and the need of life expressed in this form singular and unique, here and now. This is the reason why we offer any internship or program cycle such as 'Nava-Tantra n training modules on x years ". If there were a ready generic program that suits everyone reaching to joy, this would be from the centuries that the Mystics of all times and all cultures are experimenting and transmit. Each workshop is absolutely unique and emerges naturally from the energies, aspirations and desires of all participants who meet the name of love and consciousness.


"Because where there are two or three people assembled in my name, I am there in the midst of them. »


Matthew 18: 18-20


What presents itself within the group every moment is exactly what is best for each of the participants at this time, and facilitator's role is to listen to the form that appears, to conscientiously tensions, emotions and potential judgments and to accompany the experience, from lessons learned and proposals for structures until this form dissolves in the vast and quiet space presence.


I tell myself successful or not to be present, as a person, has no importance whatsoever, no particular value. What is the essence of the Nava-Tantra, it is joy to experience my conditioning, my passions and my limitations, instant in instant, and to recognize those conditionnings, passions and limitations as a richness of expression of the divine through the contingent corps.


From moment to moment.


Here and now.


Why something in particular, desire when I can all desire?


Recognize and experience the joy of unconditional being alive, through the various passionate experiences of existence, I am crossed by love or fear, joy or sadness, serenity or by anger, pleasure or pain…


By Nava-Tantra, it is this intimate joy to live, create and love that we aspire to celebrate, share and transmit.




Yves-Marie the Hour



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Pourquoi le Nava-Tantra ?



Un Tantra de la non-dualité au 21ème siècle


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Originellement le mot sanskrit tantra est composé de la racine verbale ‘tan’ et du suffixe -tra, et l’étymologie populaire l’interprète en deux mots sanskrits : tanoti ‘expansion’ et trayati : ‘libération’.


Le Tantra est étymologiquement compris comme étant « l’art et la science de l’expansion de la conscience et de la libération de l’énergie », et le Nava-Tantra, renvoie au prolongement de cette révélation (du Sanskrit नव, nava ‘nouveau’, तन्त्र, tantra ‘).


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Le simple fait de parcourir les propositions riches et variées des multiples sites internet, articles et vidéos mis en ligne ces dernières années, autour de l’imaginaire tantrique actuel, nous met rapidement en face d’une très grande confusion des niveaux de discours. Confusion d’où émerge souvent une forte incongruence entre les aspirations spirituelles affichées et la mise en œuvre concrète de ces aspirations dans les contextes de guidance, d’accompagnement de groupe et d’enseignement.


Il est courant de voir le Tantra et ses pratiques afférentes, rattachés au champ général du développement personnel. Le discours (spiritualité intégrative et non dogmatique, célébration du corps et des archétypes féminin/masculin, amour inconditionnel, sexualité sacrée, dépassement de l’ego, quête de l’éveil, etc…) sert bien fréquemment de prétexte à des propositions et aspirations frénétiquement nourries par le seul désir de contentement et de renforcement égocentrique de la petite personne, quand ce n’est pas à celui de simples passions libertines, voire à la prostitution.


Catégoriser le Tantra dans le champ du développement personnel est une aberration. Car la vision tantrique est essentiellement et originellement une vision mystique, et en tant que telle, si elle s’initie, si elle s’origine dans la personne telle qu’elle s’expérimente ici et maintenant, elle vise à la diminution de l’ego, et non à son développement ou à son épanouissement. Il ne s’agit pas de renforcer ou d’enrichir la personnalité de nouveaux outils, de nouvelles armes, mais bien au contraire de l’affaiblir, de l’appauvrir.


Par pauvreté, ainsi que le précisait déjà Maître Eckhart, il ne s’agit pas d’entendre matériellement pauvre – et la personnalité est invariablement très habile pour se réapproprier tout vœu de chasteté, ou de désintéressement matériel comme nouveau lieu d’identification et d’orgueil : il n’est d’ego plus fort que l’ego spirituel, celui de tous les fanatique, de tous temps et religion. Il s’agit plus essentiellement d’entendre spirituellement pauvre: « Heureux sont les pauvre en esprit car le royaume des cieux leur appartient ! », c’est à dire « Soyez pauvre en savoirs, en convictions, en croyance, en certitude, en attachements et rejets ! »).


« Or il y a deux genres de pauvreté. La pauvreté extérieure, bonne et très louable lorsque l’homme la vit volontairement par amour […]. Mais selon la parole de notre Seigneur, il est une autre pauvreté, une pauvreté intérieure; puisqu’il dit : « Heureux sont les pauvres en esprit. » Soyez, je vous prie, de tels pauvres afin de comprendre ce discours car, je vous le dis au nom de la vérité éternelle, si vous ne devenez pas semblable à cette vérité, vous ne pourrez pas me comprendre. »


Maître Eckhart (Beati pauperes spiritu)


De ce lieu de non-savoir, quelque chose qui n’est plus l’ego s’ouvre à l’innocence de l’instant, une expérience qui s’offre, de seconde en seconde, en son irréductible singularité. L’instant est éternité, s’il est vécu sans mémoire.


Nulle nécessité de connaître les doctrines religieuses des diverses traditions philosophiques et spirituelles du monde entier et de toutes les ères historiques ou antédiluviennes pour rencontrer cet espace. Le savoir véritable, la synthèse ultime est exactement et précisément l’expérience de l’Un. Ni plus, ni moins. Tout le reste est décoration et frivolité.


Certaines traditions initiatiques peuvent avoir un temps leur fonction pour déconstruire en miroir mes certitudes, en mettant en évidence des propositions contre-intuitives ou paradoxales (les fameux koans du bouddhisme Chàn…). Je croyais vivre dans cette réalité, dans cette sphère de certitude, et soudain une vision me renverse, me fait vivre une expérience cognitive, affective, sensorielle qui excède cette sphère, qui ne peut plus y être absorbé sans dommage. C’est l’expérience du débordement, du décadrage, de l’éveil. En une seconde de conscience, ma réalité s’ouvre à quelque chose qui ne peut plus être intégré au cadre ancien, et je découvre que l’inverse de ce que je croyais est également vrai et que ce que je pensais est également faux. Ni vrai, ni faux. Et vrai, et faux, tout à la fois.


Les enseignements de la Non-dualité n’ont ainsi de valeur que pour déconstruire un savoir antérieur, si je les conserve et les fétichise, ils deviennent à leur tour des limitations. L’érudition spirituelle, ésotérique ou mystique ne conduit pas à la réalisation de l’expérience. Elle peut–être un point d’appui ou une compensation jusqu’à ce que cette expérience de la suprême intimité soit connue. C’est le fameux doigt qui montre la lune : une fois que j’ai vu la lune, je n’ai plus besoin du doigt. Mais certains restent attachés aux techniques et aux savoirs comme le contemplateur au doigt. Est ce que la Lune continue à briller lorsque personne ne la regarde ?


Qui suis je si je lâche la croyance en la vérité de mon modèle du monde ?


Qui suis-je si je m’ouvre à la possibilité que la vérité sur laquelle j’ai construit, élaboré toute mon existence, tout mon scénario de vie, pourrait s’avérer fausse ?


Même la vision de la Non-dualité, au final doit être abandonnée, pour toucher à la Source, l’Un sans second. Ainsi que l’écrivait magnifiquement le « vieil enfant » :


« La grande musique n’a guère de sons.
La grande image n’a pas de forme. »



Lao Tseu (Tao-Tö King)


La technique suprême, le savoir dernier, c’est précisément de renoncer à toute technique, à tout savoir. Lorsque je me retire une épine du pied avec une autre épine, je ne me plante pas la seconde dans la chair en lieu et place de la première. Je jette finalement les deux épines. Dans le cas contraire, je reste encombré d’un nouveau problème qui est venu prendre la place du premier.


Le Nava-Tantra se veut une vision mystique avant d’être une théorie ou une pratique de développement de la personne ou de recherche du plaisir. Les passions, qu’elles soient dites « positives » c’est à dire désirées par la personne, ou « négatives », rejetées par la personne n’en sont pas exclues, mais elles ne sont plus perçues comme une fin en soi.


Nous lisons souvent que l’objectif du Tantra serait de développer l’harmonie du Féminin et du Masculin, du Yin et du Yang, d’atteindre une magnificence dans l’extase sexuelle, ou dans la mise en œuvre de rituels sacrés. Et ce type d’expériences ou de propositions peut en effet advenir, ou pas, à l’occasion d’un stage ou d’une retraite tantrique. Mais ce ne sont là que des phénomènes qui adviennent à un moment donné, apparaissent puis disparaissent, comme elles sont venues. Si j’en garde la mémoire, si je ne laisse pas mourir la résonance de ce type d’expériences dans mon corps, si ma conscience s’attache à elle, elle s’y enferre et se prive de nouvelles expériences, tout aussi inédites, intenses et subtiles . Et pire encore, une telle percée, un tel contact avec l’arrière plan de la réalité, peut contribuer à renforcer l’ego spirituel, toujours prompt à s’approprier ce qui le traverse.


Le Nava-Tantra se veut donc avant tout une mystique, dans la ligné des écoles de sagesse traditionnelles des millénaires passés, mais une mystique laïque, débarrassée des oripeaux folklorique de l’Orient (Namasté, Shiva, Shakti, Lingam, Yoni…) et surtout actualisée et enrichie de tous les apports contemporains issus de notre culture et de notre temps. Car si la Vérité peut être une et invariable d’époque en époque, de culture en culture, le chemin pour y arriver est fonction des obstacles spécifiques que j’ai à traverser. Si la vérité est une, la porte qui nous en sépare est quant à elle à chaque fois nouvelle, et nécessite de nouvelles clefs, de nouvelles formulations plus adaptées. D’où la pertinence d’une nouvelle approche tantrique, d’un nouveau Tantra (Nava signifie nouveau en sanskrit), nouveau non pas dans son essence, qui elle demeure éternelle, mais frais et innocent dans sa mise en oeuvre formelle, dans ses mots et ses rituels.


La vision tantrique ne peut pas viser quoi que ce soit qui tienne de l’ordre de la contingence. La perspective tantrique, c’est l’éternité dans le temps, c’est l’Absolu dans le relatif, c’est le Royaume des Cieux ici-bas. Autrement dit : être dans ce monde, sans être de ce monde.


Le Tantra vise – au sens de vision – à cet ordre inconditionnel, ce qui est présent d’instant en instant et dont je ne peux jamais être séparé. Il ne peut donc jamais viser un objet relatif du champ de l’expérience – même lorsque cet objet est une expérience d’extase, d’Unio Mystica ! Le Tantra vise – sans jamais le viser directement – l’ultime sujet qui, au-delà du règne de tous les phénomènes, de toutes les images, désire, crée et dissout le songe de cette réalité dans un océan d’amour éternel : l’Esprit qui joue avec le monde à travers chacune des formes manifestées qu’il anime de son souffle.


C’est là la raison d’ailleurs pour laquelle il ne peut par nature y avoir de personne éveillée. La condition pour faire l’expérience de la non-identification suprême est l’absence de toute identification à un agrégat de matière, d’affects et de pensées.


« Lorsque tu te connais, ton ego illusoire est enlevé et tu n’es pas autre qu’Allah !… Autrement dit : ” Connais-toi toi-même ” ou ” Connais ton être ” signifie ” Sache que tu n’es pas Toi ” alors que tu l’ignorais. »


Ibn Arâbi


Le tantrisme propose une formulation métaphysique non duelle similaire à celle de l’Advaita Vedanta. Il s’en différencie cependant en affirmant que la connaissance intellectuelle pure ne saurait suffire à atteindre la félicité, c’est à dire à faire l’expérience de l’identité intime entre le Soi personnel et la Conscience cosmique, représentée par Shiva. Dans ces pratiques, le corps devient l’instrument et le lieu intime de la réalisation spirituelle.


Le mot tantrisme est issu du sanskrit « Tantra » dont la racine exprime l ‘idée d’extension, mais également celle de trame ou de tissu. Les tantras sont des textes « tissés » par des maîtres au cours des vingt derniers siècles, le plus souvent rédigés en sanskrit, mais également en d’autres langues de l’inde.


Trouver l’intensité et la transcendance dans l’expérience la plus ordinaire, telle pourrait être la devise de la philosophie de la Reconnaissance, inspirée par le Vijnana Bhairava Tantra. La délivrance n’est pas fuite hors du monde, mais liberté active dans un monde à chaque instant recréé par la conscience. Ainsi que l’exprimait Pierre Feuga, « Puisque le tantrisme s’encombre encore moins de morale que de théologie. » Mais ici « transgresser veut dire transcender, consommer signifie consumer. L’initié consume le monde des apparences et réalise l’éveil le plus intense au sein même de la matière. Ce qui est poison pour le commun devient remède pour le tantrika ». Est tantrique tout homme ou toute femme qui assume la vie dans tous ses aspects, purs et impurs, sans fuite d’aucune sorte, tout homme ou toute femme qui perçoit l’univers comme un champ d’expérience sensible et énergétique sans a priori d’aucune sorte quant à ce qui est désirable ou non, tout homme ou toute femme qui expérimente le pressentiment selon lequel jouissance corporelle et éveil spirituel se magnifient l’un l’autre.


Il est aisé alors de constater comment le Tantra contemporain qui ambitionnerait de s’inscrire dans la perspective exclusive de la recherche personnelle du plaisir, de l’hédonisme égotique, du développement et de l’épanouissement de la personne, de la relation, des archétypes Féminin et Masculin – encore des images, si génériques soient-elles – et même de l’Eveil pour le petit moi s’éloigne de la vaste perspective mystique proposée par la tradition !


Le champ du développement personnel est sans espoir s’il se cantonne à sa propre définition et refuse de se sublimer au-delà du seul objet de sa fascination : l’épanouissement de la personne séparée.


Pour renouer avec cette tradition authentique de la Non-Dualité, nous n’avons aucunement besoin de nouvelles grandes théories inclusives, de nouveaux modèles de description de la réalité, de nouvelles thèses de psychologies, etc… Le Tantra de la Non-dualité commence précisément lorsque sont abandonnées toutes les velléités de saisie et de réduction de la réalité à des concepts, dogmes, typologies, modèles, techniques…


C’est pourquoi dans la transmission du Nava-Tantra nous n’enseignons pas de techniques pour atteindre tel ou tel état. Nous ne donnons pour ainsi dire pas de consignes pratiques, mais invitons invariablement à porter l’attention sur ce qui traverse mon champ de conscience : sensations, émotions, pensées… à quoi je dis oui, à quoi je dis non… quelle que que soit la situation, que je sois seul à méditer devant un mur blanc, en train de danser ou de partager une expérience énergétique ou physique avec un partenaire.


Observer… sentir…


Et offrir… rendre à la Source ce qui n’a fait que me traverser, et ne m’a jamais appartenu…


On ne regarde pas le soleil en face, sous peine de se brûler les yeux. L’expérience de la Vérité, ou de Dieu, est du même ordre. Je ne peux viser à la « pleine conscience », à l’abandon absolu, au non-jugement. Tout ceci est hors de portée de la personne. Ce qui est par contre de mon ressort, c’est de prendre conscience de ce qui me sépare de la lumière, de la détente, du non-jugement. Je m’extraie du nuage – je vois ce que je refusais de voir, ce à quoi je disais non – et j’inclus ce nuage dans le ciel plus vaste de ma présence. J’inclus mon “Non” en en prenant conscience et en l’accueillant, et ce faisant, je l’intègre à mon expérience au lieu de le refuser. Ensuite, que l’astre suprême se dévoile ou pas à ma prière, cela ne dépend pas de ma personne. De la même manière que l’humilité authentique ne consiste pas en la recherche de cette humilité, mais en la seule contemplation de mes petites prétentions au quotidien.


La clef ultime réside dans les mots rapportés par l’évangéliste :


« Seigneur, si tu le veux, éloigne de moi cette coupe de douleur. Toutefois, que ce ne soit pas ma volonté qui se fasse, mais la tienne. »


Luc 22.42


La personne qui désire quelques chose en particulier, prise dans son jeu de préhension et de rejet, d’ombres et de lumières, n‘est pas la source d’elle-même. Elle n’est que le reflet, l’émanation éphémère de cette source, l’espace de vacuité à travers lequel l’amour divin se manifeste dans le monde des formes.


Les propositions attentionnelles que nous formulons au cours des retraites et des stages vise ainsi à mettre en lumière les ombres, les obstacles, les nuages qui s’interposent entre moi et la Lumière. Mettre en évidence les mécanismes, les conditionnements par lesquels je me coupe de l’amour, de l’humilité, de l’abandon, de l’intensité de l’expérience qui se présente ici et maintenant. Regarder en quoi mon expérience est déterminée par une mémoire, par une résonance d’une expérience antérieure que je n’ai pas laissée mourir…


Qui observe ce qui se joue ? A qui ou à quoi suis-je en cet instant identifié ? Je ne vois justement pas ce à quoi je suis identifié, puisque c’est le point depuis lequel je perçois ma réalité subjective. Si vous êtes sur un sommet et contemplez la nature environnante, vous voyez tout le paysage alentours, les montagnes, vallées, rivières, forêts, plaines… vous êtes attentifs au ciel , aux nuages, aux animaux… le seul point que vous ne pouvez pas inclure dans votre regard, c’est le point depuis lequel vous observez !


L’invitation du Nava-Tantra consiste ainsi à faire pleinement l’expérience de ce qui se présente jusqu’à le désirer intensément, en y reconnaissant la perfection, la complétude et la nécessité de la vie qui s’exprime sous cette forme singulière et unique, ici et maintenant. C’est la raison pour laquelle nous ne proposons aucun programme de stage ou de cycle tel que « Formation en Nava-Tantra en n modules sur x années ». S’il existait un programme générique tout prêt qui convienne à tout à chacun pour atteindre à la joie, cela se saurait depuis les siècles que les mystiques de tous les temps et de toutes les cultures expérimentent et transmettent. Chaque atelier est absolument unique et émerge naturellement des énergies, aspirations et désirs de tous les participants qui se réunissent au nom de l’Amour et de la Conscience.


« Car où il y a deux ou trois personnes assemblées en mon nom, je suis là au milieu d’elles. »


Matthieu 18 :18-20


Ce qui se présente au sein du groupe à chaque instant est exactement ce qui convient le mieux à chacun des participants à ce moment, et le rôle de l’animateur est de se mettre à l’écoute de la forme qui apparaît, de mettre en conscience les tensions, émotions, jugements éventuels et d’accompagner l’expérience, à partir d’enseignements et de propositions de structures, jusqu’à ce que cette forme se dissolve dans l’espace vaste et tranquille de la présence.


Que je me raconte avoir réussi ou pas à être présent, en tant que personne, n’a aucune espèce d’importance, aucune valeur particulière. Ce qui est l’essence du Nava-Tantra, c’est la joie de faire l’expérience de mon conditionnement, de mes passions et de mes limitations, d’instant en instant, et de reconnaître ces conditionnements, passions et limitations comme richesse d’expression du divin à travers ce corps contingent.


D’instant en instant.


Ici et maintenant.


Pourquoi désirer quelque chose en particulier, lorsque je peut tout désirer ?


Reconnaître et expérimenter la joie inconditionnelle d’être en vie, à travers les diverses expériences passionnelles de l’existence, que je sois traversé par l’amour ou par la peur, par la joie ou par la tristesse, par la sérénité ou par la colère, par le plaisir ou par la douleur…


Par le Nava-Tantra, c’est cette joie intime de vivre, de créer et d’aimer que nous aspirons à célébrer, à partager et à transmettre.




Yves-Marie L’Hour



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"Blessed are the poor in spirit!" by Meister Eckhart

Beati pauperes spiritu




By the mouth of wisdom Bliss stated: "blessed are the poor in spirit because the Kingdom of heaven belongs to them.". "The angels, the saints, who was never born must be silent when talking about the eternal wisdom of the father because the wisdom of the angels and of all creatures is that pure nothingness before the unfathomable wisdom of God.


This wisdom said: "blessed are the poor. »


Now there's two kinds of poverty. Outdoor poverty, good and very commendable when human lives voluntarily out of love for our Lord Jesus Christ, as itself has assumed it on Earth. But the word of our Lord, it is another poverty, domestic poverty; as it says: "blessed are the poor in spirit. "Be, I beg you, such poor understanding this speech because, I tell you in the name of eternal truth, if you become not similar to this truth, you will not be able to understand me. And some people have interviewed me about the real poverty and what is meant by a poor man. Now, I will answer them.


Bishop Albert said: "is a man poor who cannot settle for all the things that God has ever created", and this is well said. But we go further and place poverty at a much higher level. Is a poor one who wants nothing, knows nothing and does nothing. I'll tell you about these three points and please, for the love of God, trying to understand this truth, if this is possible. But if you do not understand not to be not troubled because I talk about an aspect of the truth that very few people, even deep, are able to understand.


First, we will say that a poor man is one who wants nothing. Many people do not actually include this sense. They are those who engage in the penances and external, performance practices that they nevertheless considerable, for while they do that autoglorifier. May God have mercy of so little know divine truth! They are required for saints, according to their appearances outside, but inside it are donkeys who do not understand the true meaning of divine truth. These people say that poor is one who wants nothing, but according to the interpretation they give to these words, the man should live endeavouring to no longer have own will and strive to fulfill the will of God. These are well-intentioned people and we are ready to rent them. God, in his mercy, will probably grant them the Kingdom of heaven, but, I say, by divine truth, that these people are not, even from afar, real poor. They spend for prominent in the eyes of those who don't know any better, however they are donkeys who do intend nothing of divine truth. Their good intentions undoubtedly earned them the Kingdom of heaven, but of poverty which we now speak, they know nothing.


If I was asked what he meant by a poor man who wants nothing, I would answer: as long as a man still wants something, even if it is to accomplish the whole expensive will of God, it does not have poverty which we speak.


This man still has a commitment: fulfill the will of God, which is not the real poverty.


Indeed, the real poverty is free of any personal desire and to live, man must take as it was when it was not. I say to you, by the eternal truth: as long as you still have the thirst to do the will of God, and the desire of the eternity of God, you are not truly poor, because alone is truly poor who wants nothing and wants nothing.


When I was in my own case, I had no God and I cause myself, so I wanted to nothing, I wanted nothing because I was a free being and me knew myself according to the truth which I enjoyed. There, I wanted me to myself and didn't want anything else, because what I wanted I was and what I wanted. I was free and God of all things.


But when by my free will I was my nature created, then God appeared, because before that were the creatures, God was not God, it was what it was. But where were the creatures, God was no longer God itself, but God in creatures. Now we say that God, as God, is not the supreme achievement of the creature because insofar as it is in God, the lesser creature has the same wealth that he.


If it was that a fly has the intelligence and could understand the Lord whence it emanates, we would say that God, with all that it is, as God, could satisfy this fly. This is why we pray to be free from God and to be seized of this truth and enjoy forever there where the highest angels, the fly and the soul are one; there where I was, where I wanted what I was, and was what I wanted.


So, we say that man must be as poor will only when it was not. Therefore, being free of all to, this man is really poor.


Poor second is one who knows nothing. We have often said that the man should live as if he lived neither for himself nor for truth, or God. We now still further in saying that man must live in such a way that he knows any way he saw for himself, or truth, or God. Moreover, it must be so free to know everything he knows or feels that God lives in him. Better yet, it must be totally cleared of any knowledge that might yet arise in him. When the man stood still in God's eternal being, nothing else lived in him than himself.


So we say that man must be as free of its own know-how, as it was when it was not, and let God operate according to its predilections to remain free.


Everything flows from God has to end a pure activity. But the human-specific activity is to love and to know. However the question arises what essentially is bliss.


Some teachers say that it resides in the knowledge, others in love. Others that it resides in the knowledge and love. They already speak better. As for us, we say that it resides in the knowledge or love. There is in the soul something knowledge and love. This netherworld don't know or don't like as the other powers of the soul. Anyone who knows this is bliss. It has neither before nor after, without waiting, and is inaccessible to the gain and loss. This essence is free of everything that God is in it, but enjoys itself by itself as does God.


We say therefore that man be held leaves and free from God, without any knowledge, or experience that God is in him and thus is only that the real poverty can hatch in the human.


Some masters say: God is a being, reasonable being who knows every thing. Now we say: God is neither be nor be reasonable, and he knows neither this nor that. God is free of all things and that is why it is the essence of all things.


The truly poor in spirit must be poor of his own knowledge, so that it knows absolutely nothing no thing, nor God nor the creature, nor him same.


Free from any desire to know the works of God; only in this way, humans can be poor of his own knowledge.


Thirdly, poor is the man who does nothing. There are many who said that perfection was the fact of nothing have material, and this is true in a sense, but I hear everything else.


We have previously said that a poor man is even not seeking to do the will of God, but that he lives free of his own will and God's, as it was when it was not. This poverty we declare that it is the highest.


Second, we have said that poor man knows nothing of the activity of God in him. Free knowledge and knowledge, as much as God is free of any thing, this is the purest poverty.


But the third poverty that we are talking about now is the most intimate and deepest: that of the man who has nothing. Be any listening! We have often said, and great masters have said too, that man must be clear both exterior that inside, so that it is the place where God is anything, any work and can operate. But now, we are going to the beyond. If the man is free of all things himself, and even God, but he still has a place where God can act, also a long time that this is so, the man is not yet poor most essential poverty. God does not tend to a place in man where it can operate.


The real poverty in spirit is that the man must be so released of God and of all his works, God willing to act in the soul, should be itself instead of its operation. And it does so willingly, because when God finds a man as poor, God is doing his own work and man lives so God in him, God being the own its operations. In this poverty, the man finds the eternal being that it has been, it is now and it will be for all eternity.


Saint Paul says: "everything I am, I am by the grace of God. '' "However, our discourse seems to transcend the grace, the being, the knowledge, the will, and all desire. How so understand the word of saint Paul? It will answer that the word of saint Paul is true. Should it be inhabited by grace; It is she who Opera so what was potential became current. When grace came to an end, Paul remained what it was.


So, we say that the man must be so poor that it is nor does him no place where God can operate. As long as it retains a location whatever it is, it keeps a distinction. This is why I pray to God to be free from God because my essential being is beyond God as God's creatures.


In this deity where being is beyond God, and beyond the differentiation, there, I myself, I wanted me to myself, I knew I myself, to create the man I am. So I'm involved myself according to my essence, which is eternal, and not my fate that is temporal. That is why I am unborn and hence I am beyond death. According to my unborn being, I was forever, I am now and will dwell forever. What I am according to my birth will die and destroy due to its temporal aspect. But in my birth eternal, all things are born and I cause myself and everything. If I had wanted to, neither myself nor any thing would be, and if I wasn't, God would not be more. That God is God, I am the cause; If I wasn't, God would not. But it is not necessary to understand this.


A great master has said that his breakthrough is more noble than his emanation, and this is true. When I émanais of God, all things said: God is. But this can fill me because there I recognize me creature. On the contrary, in the breakthrough, I am released my own will to that of God, and all its expressions of God himself. I am beyond all creatures and am not creature or God. I am much more. I am what I was, what I will dwell now and forever. There I caught a flight that leads me beyond all the angels. In this flight, I get such wealth that God cannot suffice me according to what it is as God and all his divine works. Indeed, the evidence that I receive in this breakthrough is that God and I are one. There I am what I was. I don't think or don't décrois, unchanging cause making to move anything. So God find more room in the man. L ' man in poverty found that it was forever and it will remain forever.


Here God and spirit are one and that is poverty essential to contemplate. That does not include this speech remains free in his heart, as long as man is not similar to this truth, we cannot understand it because it is immediate, without veil, flowing directly from the heart of God. That God us help to live eternally.


Amen.


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