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Être dans ce monde, sans être de ce monde : de la célébration du Désir dans la vision tantrique



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L’Advaïta Vedanta est la plus élitiste des écoles indiennes de la Non-Dualité. Cette tradition invite à demeurer en permanence concentrer sur le Soi qui fait l’expérience de l’instant. C’est un enseignement extrêmement radical qui ne traite que du plan de l’inconditionné. Nulle évocation dans les Upanishads relative aux émotions et aux problématiques de la vie quotidienne… Le maître advaïtin est celui qui brille de sa propre absence. Rien d’autre à réaliser que cette contemplation de la Source d’où toutes les formes surgissent avant d’y disparaître à nouveau. C’est également la perspective que propose l’expression la plus épurée du tantrisme non-dualiste du Cachemire, la voie de Shiva :


« Ici, nul besoin de progrès spirituel ni de contemplation, ni d’habileté de discours, ni d’enquêtes, nul besoin de méditer, ni de se concentrer, ni de s’exercer aux prières marmonnées. Quelle est, dis-moi, la Réalité ultime absolument certaine ? Écoute ceci : ne prends ni ne laisse rien et, tel que tu es, jouis heureusement de tout. »


Abhinavagupta, Huit stances sur l’Incomparable


Les rituels, méditations, prières et techniques sont inutiles pour celui qui sait naturellement s’abandonner à ce qui est, sans quitter son centre, c’est-à-dire sans s’identifier aux objets qui apparaissent et disparaissent dans le champ de conscience.


Si j’ai la capacité de rester focalisé sur le Soi, je n’ai besoin de rien d’autre que cette invitation à la contemplation de ce que Je suis.


Mais quand l’ego rencontre des difficultés, se confronte à la peur et à la souffrance, la plupart d’entre nous tend à quitter cet espace de contemplation et se perd dans l’objet. Pour ceux dont l’expérience est ainsi réactive et tendue vers l’identification, qui rencontrent des difficulté à s’abandonner, à lâcher prise, les structures ritualisées et les méditations peuvent représenter une aide notable. Ces propositions de structures visent toutes à ouvrir le champ de l’expérience, à créer une désidentification avec les formes phénoménales, qu’elles soient de nature sensitive, affective ou mentale. C’est là la vision du Tantra qui nous invite alors à la simplicité, à reconnaître que nous sommes perpétuellement dans la réaction, la prétention, le conditionnement… pas besoin de réaliser quoi que ce soit, pas de chemin d’éveil… Le monde est la célébration même de l’Absolu à travers les formes conditionnées et éphémères de la Maya.


Le Tantra est une voie plus inclusive que l’Advaita, dans la mesure où il intègre le désir et tous les niveaux de l’Être dans le devenir, au lieu de viser exclusivement la reconnaissance de ce que nous sommes ultimement. Il invite à célébrer la forme du désir quel qu’il soit, que celui-ci pointe vers l’Absolu ou vers le monde conditionné. Chaque forme qui émerge dans le flux de la conscience est manifestation de l’élan divin en sa perfection la plus pure. Tout désirer pour ne rien exclure, vivre la dualité sur le fond de la non-dualité : telle est l’invitation tantrique.


La vie est l’expression même de la Vérité d’instant en instant. Rien à ajouter, rien à retirer. Rien à faire, rien à s’empêcher de faire. Juste contempler et célébrer la participation de la partie à la totalité. Le mouvement même du désir vers un objet projeté, que celui-ci soit concret ou abstrait (le bonheur, l’amour, la liberté, la reconnaissance, le savoir, la richesse…) est la célébration même de l’objet.


Si chaque élan dans le monde des formes est une question que l’Absolu se pose à lui-même, la réponse, à jamais inconnaissable, comme le terme d’une asymptote, est paradoxalement toujours à la source de la question.


La vie est la question qui se perpétue de phénomènes en phénomènes.


Toute saisie d’une réponse est figement, ajournement de l’expérience, négation du mouvement incessant de création et de dissipation des images qui me traversent.


Chaque existence est la célébration du point aveugle autour de laquelle elle orbite : ce point focal est le germe de désir de cette existence particulière au sein de laquelle la conscience est venu se concentrer pour en vivre l’intensité, autant dans le plaisir que dans la souffrance.


Je ne cherche jamais autre chose que cet espace d’unité où je me reconnais comme la Source, mais le fil infiniment singulier suivi par chaque expression de l’esprit est l’histoire de la reconnaissance d’une qualité unique de la conscience.


Au premier abord ce qui est cherché est impersonnel, une valeur abstraite, une image comme la liberté, le bonheur, l’amour, etc. Mais au fur et à mesure où cette expression se reconnaît dans sa forme achevée, elle devient manifestation et célébration de son absence.


Je tourne mon regard vers le Soi en accueillant l’horizon tout entier de l’expérience dans mon champ perceptif, et je replonge au cœur de la forme en focalisant ma conscience dans le flux du désir personnel, prolongement dans la lumière densifiée du seul désir originel d’être. Sur le plan le plus absolu, il n’existe rien, il n’y a jamais eu de création ou de dissolution, et même le concept d’Amour ou d’Unité est erroné.


Je suis déjà ce que je désire le plus au monde, dans son expression la plus singulière. Si je cherche la beauté, la vérité, la liberté… dont je crois faire défaut, ma vie entière est célébration de la beauté, de la vérité, de la liberté de l’esprit. Si je quête la reconnaissance, ma vie entière est célébration de la valeur infinie et sans pareille de chaque unité du monde que je suis. Si je cherche la justice : ma vie est célébration de la justice, une autre dimension de la vérité. Si je cherche la violence, la guerre et la destruction, ma vie est célébration de la violence, de la guerre et de la destruction des formes, un autre visage de l’Absolu (Shiva Nataraja).


Le point de focalisation de la conscience d’où semble émaner le monde est dans l’instant l’expression exacte du désir qui jaillit de Dieu.


Il n’est aucune manifestation de la vie qui soit plus proche qu’une autre de la Vérité une et immuable : tout ce qui est est parfaitement à sa place et possède la même valeur que toute autre forme : comme dans un rêve dont je ne reconnaitrais pas la nature d’irréalité, je prêterais paradoxalement plus de valeur à certaines illusions qu’à d’autres. C’est la perspective partiale – identifiée à un acteur particulier de la scène qui se déroule ici et maintenant – qui génère secondairement une hiérarchisation des formes et des valeurs : autant de regards et de jugements différents que de points de vue et de personnes.


Lorsque ceci est enfin reconnu, nous prenons conscience que nous n’avons jamais été le chercheur, nous sommes ce qui était cherché. Ma recherche d’un objet est célébration de cet objet, que la personne obtienne ou non satisfaction.


Il n’y a pas de leçons individuelles, rien à chercher, rien à développer, rien à améliorer. La spiritualité est invention, ou n’est rien du tout. Le nom que porte l’absence.


Ce que nous nommons Vérité, Amour, Joie, Dieu, Absolu c’est ce que nous cherchons fondamentalement tant que nous sommes identifié à une partie de la forme qui émerge. Les mots ne signifient rien, nous prétendons nous comprendre, mais c’est encore une histoire, un jeu de formes sans aucune signification au milieu des autres jeux de formes. La Vérité, l’Absolu, la Réalité ultime, Dieu, c’est ce qui précisément ne peut être réduit à aucun nom, ce qui excède toute définition, l’inconnaissable, l’indicible. Organiser un système est toujours une forme de célébration de la peur


Je ne peux connaître que des objets.
Je suis l’ultime sujet.
A jamais, le « Je » demeure inconnaissable.


La question que se pose le tantrika pourrait se résuler ainsi : “Qu’ai je intimement envie de célébrer ?”


Affirmer la valeur égale de toute chose, de toute expérience, de toute forme, depuis la perspective de l’Absolu, pourrait apparaître comme une forme de relativisme extrême. Mais il ne s’agit ni d’un ultime avatar du nihilisme, ni d’un renoncement mais bien d’une compréhension de la liberté la plus absolue que constitue la dissipation de toute vélléité de jugement et de volontarisme. La liberté selon le Tantra, ce n’est pas de faire ce que je veux, mais c’est aimer ce qui est. L’Amour et la Liberté sont une seule et même expérience.


Chaque histoire relative à la vie, ou à ce que serait le but de la vie est prétention et nouvelle limitation dont je viens faire l’expérience. Il n’y a que le vécu que j’expérimente ici et maintenant, et le reste est histoire. La libération est dans l’expérience totale et inconditionnelle de ce qui apparait, que ce soit la joie ou la tristesse, la peur ou le courage, l’amour ou la peur.


Il n’y a pas de place pour l’humilité, juste reconnaître mes prétentions.
La libération de la personne c’est de reconnaître avec de plus en plus d’acuité ses limitations.


Les limites apparaissent, si je les perçois, si je les inclus dans l’orbe de la conscience, c’est parce que ce que je suis déjà plus vaste qu’elles. Mon ultime liberté, c’est de reconnaître que ma nature excède toutes les limitations conditionnées. Dès lors Je ne suis plus affecté par aucune limite.


Le monde qui apparaît est une projection à l’extérieur de la manière dont j’imagine et expérimente mon corps. Nous ne voyons jamais le monde, nous voyons nos émotions. Au fur et à mesure, l’attention va progressivement basculer de l’illusion du temps à l’intensité dans laquelle chaque instant semble apparaître.


La beauté et l’intensité de la vie est de questionner sans espérer une réponse. Si j’attends une réponse, je me projette, je ne suis plus présent.


Je trouve la liberté dans l’intensité de ce qui est là, dans la prise de conscience qu’aucune expérience ne possède une valeur supérieure à une autre, lorsqu’elle est considérée depuis le fond non-duel de l’Absolu.


L’univers n’est que manifestation d’amour, il n’y a pas de mal, il n’y a que des limites à l’expansion de chaque germe, radiance d’amour, dans la seule mesure de nos identifications locales. Mais l’existence de ces limites est la condition même de la forme, donc de l’existence du monde. Sans limitation à l’amour, il n’est plus de monde conditionné, plus d’aventure de l’esprit dans la dualité, plus d’exploration de Dieu par lui-même.


Dans la vision du Tantra, à la différence de l’Advaita qui vise invariablement le Non-Être, il s’agit d’aimer autant l’Être que le Non-Être, le Devenir que l’Absolu.


Et il n’est pas d’amour si cet amour ne se manifeste pas face à chaque situation, face à chaque être.


Devant chaque miroir, est ce que je peux prendre un temps pour prendre conscience des jugements, positifs ou négatifs, qui s’interposent entre ma perspective et l’image de l’autre ? Prendre conscience d’un jugement, c’est l’objectiver, c’est donc m’en désidentifier. A contrario, lorsque je ne reconnais pas les jugements à travers lesquels je perçois la réalité, je suis dans le déni et projette cette image sur les objets extérieurs, les parant de qualités et de valeurs que je fantasme comme leur étant immanentes. C’est le mouvement même de la reconnaissance, qui libère : la vision suffit, il n’y a rien à changer, ni à juger, ni à ne pas juger, simplement regarder ce qui apparaît et reconnaître ces formes comme des objets, c’est-à -dire les détacher du sujet témoin, qui s’épure au fur et à mesure que la conscience développe une perception de plus en plus subtile des nuages qui obstruent le ciel.


Lorsque je fais l’expérience de la totale identification à l’Absolu, je contemple toutes les âmes comme des sources secondaires de l’amour divin qui irradient et donnent chacune naissance à un cosmos singulier. L’amour est l’unique mouvement qui anime l’univers manifesté et qui irradie chaque forme depuis la Source via l’infinité indénombrable des âmes secondaires qui opèrent comme des vacuités diffractives. Chaque source secondaire -ou Atman – n’est qu’un espace vide au travers duquel afflue le torrent d’amour qui se développe jusqu’aux limites ce à quoi il s’identifie. Le conditionnement naturel de chaque forme manifestée est de s’identifier à un corps physique donné, et d’en prendre soin. Chaque centre secondaire d’émanation, chaque centre de conscience, ne vise qu’à prendre soin de cette forme à laquelle elle s’identifie. Ce qui apparaît sur le plan conditionné comme des conflits, des oppositions de formes séparées, ne représente sur un plan plus proche de la Source que comme la matérialisation de ces marges d’identification, mais fondamentalement la seule intention de l’univers et de ses sources d’émanation est le désir d’aimer et de prendre soin. L’existence de ces limites identitaires est la condition nécessaire à l’apparition d’un monde de formes différenciées. Sans ces frontières, il n’y aurait tout simplement que néant – une totalité indifférenciée.


L’Absolu n’est pas affecté par les expériences et dynamiques qui touchent les formes du rêve. Et après Prakriti, la nature, le monde de la manifestation, même la pure conscience, Purusha, apparaît comme un phénomène éphémère voué à se résorber au sein de l’Absolu.


Ce qui reste c’est l’absence totale d’identification.


Et même le « Je suis » finit par se dissoudre dans l’océan du Non-Être.



YMLH

Pourquoi le Nava-Tantra ?



Un Tantra de la non-dualité au 21ème siècle


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Originellement le mot sanskrit tantra est composé de la racine verbale ‘tan’ et du suffixe -tra, et l’étymologie populaire l’interprète en deux mots sanskrits : tanoti ‘expansion’ et trayati : ‘libération’.


Le Tantra est étymologiquement compris comme étant « l’art et la science de l’expansion de la conscience et de la libération de l’énergie », et le Nava-Tantra, renvoie au prolongement de cette révélation (du Sanskrit नव, nava ‘nouveau’, तन्त्र, tantra ‘).


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Le simple fait de parcourir les propositions riches et variées des multiples sites internet, articles et vidéos mis en ligne ces dernières années, autour de l’imaginaire tantrique actuel, nous met rapidement en face d’une très grande confusion des niveaux de discours. Confusion d’où émerge souvent une forte incongruence entre les aspirations spirituelles affichées et la mise en œuvre concrète de ces aspirations dans les contextes de guidance, d’accompagnement de groupe et d’enseignement.


Il est courant de voir le Tantra et ses pratiques afférentes, rattachés au champ général du développement personnel. Le discours (spiritualité intégrative et non dogmatique, célébration du corps et des archétypes féminin/masculin, amour inconditionnel, sexualité sacrée, dépassement de l’ego, quête de l’éveil, etc…) sert bien fréquemment de prétexte à des propositions et aspirations frénétiquement nourries par le seul désir de contentement et de renforcement égocentrique de la petite personne, quand ce n’est pas à celui de simples passions libertines, voire à la prostitution.


Catégoriser le Tantra dans le champ du développement personnel est une aberration. Car la vision tantrique est essentiellement et originellement une vision mystique, et en tant que telle, si elle s’initie, si elle s’origine dans la personne telle qu’elle s’expérimente ici et maintenant, elle vise à la diminution de l’ego, et non à son développement ou à son épanouissement. Il ne s’agit pas de renforcer ou d’enrichir la personnalité de nouveaux outils, de nouvelles armes, mais bien au contraire de l’affaiblir, de l’appauvrir.


Par pauvreté, ainsi que le précisait déjà Maître Eckhart, il ne s’agit pas d’entendre matériellement pauvre – et la personnalité est invariablement très habile pour se réapproprier tout vœu de chasteté, ou de désintéressement matériel comme nouveau lieu d’identification et d’orgueil : il n’est d’ego plus fort que l’ego spirituel, celui de tous les fanatique, de tous temps et religion. Il s’agit plus essentiellement d’entendre spirituellement pauvre: « Heureux sont les pauvre en esprit car le royaume des cieux leur appartient ! », c’est à dire « Soyez pauvre en savoirs, en convictions, en croyance, en certitude, en attachements et rejets ! »).


« Or il y a deux genres de pauvreté. La pauvreté extérieure, bonne et très louable lorsque l’homme la vit volontairement par amour […]. Mais selon la parole de notre Seigneur, il est une autre pauvreté, une pauvreté intérieure; puisqu’il dit : « Heureux sont les pauvres en esprit. » Soyez, je vous prie, de tels pauvres afin de comprendre ce discours car, je vous le dis au nom de la vérité éternelle, si vous ne devenez pas semblable à cette vérité, vous ne pourrez pas me comprendre. »


Maître Eckhart (Beati pauperes spiritu)


De ce lieu de non-savoir, quelque chose qui n’est plus l’ego s’ouvre à l’innocence de l’instant, une expérience qui s’offre, de seconde en seconde, en son irréductible singularité. L’instant est éternité, s’il est vécu sans mémoire.


Nulle nécessité de connaître les doctrines religieuses des diverses traditions philosophiques et spirituelles du monde entier et de toutes les ères historiques ou antédiluviennes pour rencontrer cet espace. Le savoir véritable, la synthèse ultime est exactement et précisément l’expérience de l’Un. Ni plus, ni moins. Tout le reste est décoration et frivolité.


Certaines traditions initiatiques peuvent avoir un temps leur fonction pour déconstruire en miroir mes certitudes, en mettant en évidence des propositions contre-intuitives ou paradoxales (les fameux koans du bouddhisme Chàn…). Je croyais vivre dans cette réalité, dans cette sphère de certitude, et soudain une vision me renverse, me fait vivre une expérience cognitive, affective, sensorielle qui excède cette sphère, qui ne peut plus y être absorbé sans dommage. C’est l’expérience du débordement, du décadrage, de l’éveil. En une seconde de conscience, ma réalité s’ouvre à quelque chose qui ne peut plus être intégré au cadre ancien, et je découvre que l’inverse de ce que je croyais est également vrai et que ce que je pensais est également faux. Ni vrai, ni faux. Et vrai, et faux, tout à la fois.


Les enseignements de la Non-dualité n’ont ainsi de valeur que pour déconstruire un savoir antérieur, si je les conserve et les fétichise, ils deviennent à leur tour des limitations. L’érudition spirituelle, ésotérique ou mystique ne conduit pas à la réalisation de l’expérience. Elle peut–être un point d’appui ou une compensation jusqu’à ce que cette expérience de la suprême intimité soit connue. C’est le fameux doigt qui montre la lune : une fois que j’ai vu la lune, je n’ai plus besoin du doigt. Mais certains restent attachés aux techniques et aux savoirs comme le contemplateur au doigt. Est ce que la Lune continue à briller lorsque personne ne la regarde ?


Qui suis je si je lâche la croyance en la vérité de mon modèle du monde ?


Qui suis-je si je m’ouvre à la possibilité que la vérité sur laquelle j’ai construit, élaboré toute mon existence, tout mon scénario de vie, pourrait s’avérer fausse ?


Même la vision de la Non-dualité, au final doit être abandonnée, pour toucher à la Source, l’Un sans second. Ainsi que l’écrivait magnifiquement le « vieil enfant » :


« La grande musique n’a guère de sons.
La grande image n’a pas de forme. »



Lao Tseu (Tao-Tö King)


La technique suprême, le savoir dernier, c’est précisément de renoncer à toute technique, à tout savoir. Lorsque je me retire une épine du pied avec une autre épine, je ne me plante pas la seconde dans la chair en lieu et place de la première. Je jette finalement les deux épines. Dans le cas contraire, je reste encombré d’un nouveau problème qui est venu prendre la place du premier.


Le Nava-Tantra se veut une vision mystique avant d’être une théorie ou une pratique de développement de la personne ou de recherche du plaisir. Les passions, qu’elles soient dites « positives » c’est à dire désirées par la personne, ou « négatives », rejetées par la personne n’en sont pas exclues, mais elles ne sont plus perçues comme une fin en soi.


Nous lisons souvent que l’objectif du Tantra serait de développer l’harmonie du Féminin et du Masculin, du Yin et du Yang, d’atteindre une magnificence dans l’extase sexuelle, ou dans la mise en œuvre de rituels sacrés. Et ce type d’expériences ou de propositions peut en effet advenir, ou pas, à l’occasion d’un stage ou d’une retraite tantrique. Mais ce ne sont là que des phénomènes qui adviennent à un moment donné, apparaissent puis disparaissent, comme elles sont venues. Si j’en garde la mémoire, si je ne laisse pas mourir la résonance de ce type d’expériences dans mon corps, si ma conscience s’attache à elle, elle s’y enferre et se prive de nouvelles expériences, tout aussi inédites, intenses et subtiles . Et pire encore, une telle percée, un tel contact avec l’arrière plan de la réalité, peut contribuer à renforcer l’ego spirituel, toujours prompt à s’approprier ce qui le traverse.


Le Nava-Tantra se veut donc avant tout une mystique, dans la ligné des écoles de sagesse traditionnelles des millénaires passés, mais une mystique laïque, débarrassée des oripeaux folklorique de l’Orient (Namasté, Shiva, Shakti, Lingam, Yoni…) et surtout actualisée et enrichie de tous les apports contemporains issus de notre culture et de notre temps. Car si la Vérité peut être une et invariable d’époque en époque, de culture en culture, le chemin pour y arriver est fonction des obstacles spécifiques que j’ai à traverser. Si la vérité est une, la porte qui nous en sépare est quant à elle à chaque fois nouvelle, et nécessite de nouvelles clefs, de nouvelles formulations plus adaptées. D’où la pertinence d’une nouvelle approche tantrique, d’un nouveau Tantra (Nava signifie nouveau en sanskrit), nouveau non pas dans son essence, qui elle demeure éternelle, mais frais et innocent dans sa mise en oeuvre formelle, dans ses mots et ses rituels.


La vision tantrique ne peut pas viser quoi que ce soit qui tienne de l’ordre de la contingence. La perspective tantrique, c’est l’éternité dans le temps, c’est l’Absolu dans le relatif, c’est le Royaume des Cieux ici-bas. Autrement dit : être dans ce monde, sans être de ce monde.


Le Tantra vise – au sens de vision – à cet ordre inconditionnel, ce qui est présent d’instant en instant et dont je ne peux jamais être séparé. Il ne peut donc jamais viser un objet relatif du champ de l’expérience – même lorsque cet objet est une expérience d’extase, d’Unio Mystica ! Le Tantra vise – sans jamais le viser directement – l’ultime sujet qui, au-delà du règne de tous les phénomènes, de toutes les images, désire, crée et dissout le songe de cette réalité dans un océan d’amour éternel : l’Esprit qui joue avec le monde à travers chacune des formes manifestées qu’il anime de son souffle.


C’est là la raison d’ailleurs pour laquelle il ne peut par nature y avoir de personne éveillée. La condition pour faire l’expérience de la non-identification suprême est l’absence de toute identification à un agrégat de matière, d’affects et de pensées.


« Lorsque tu te connais, ton ego illusoire est enlevé et tu n’es pas autre qu’Allah !… Autrement dit :  » Connais-toi toi-même  » ou  » Connais ton être  » signifie  » Sache que tu n’es pas Toi  » alors que tu l’ignorais. »


Ibn Arâbi


Le tantrisme propose une formulation métaphysique non duelle similaire à celle de l’Advaita Vedanta. Il s’en différencie cependant en affirmant que la connaissance intellectuelle pure ne saurait suffire à atteindre la félicité, c’est à dire à faire l’expérience de l’identité intime entre le Soi personnel et la Conscience cosmique, représentée par Shiva. Dans ces pratiques, le corps devient l’instrument et le lieu intime de la réalisation spirituelle.


Le mot tantrisme est issu du sanskrit « Tantra » dont la racine exprime l ‘idée d’extension, mais également celle de trame ou de tissu. Les tantras sont des textes « tissés » par des maîtres au cours des vingt derniers siècles, le plus souvent rédigés en sanskrit, mais également en d’autres langues de l’inde.


Trouver l’intensité et la transcendance dans l’expérience la plus ordinaire, telle pourrait être la devise de la philosophie de la Reconnaissance, inspirée par le Vijnana Bhairava Tantra. La délivrance n’est pas fuite hors du monde, mais liberté active dans un monde à chaque instant recréé par la conscience. Ainsi que l’exprimait Pierre Feuga, « Puisque le tantrisme s’encombre encore moins de morale que de théologie. » Mais ici « transgresser veut dire transcender, consommer signifie consumer. L’initié consume le monde des apparences et réalise l’éveil le plus intense au sein même de la matière. Ce qui est poison pour le commun devient remède pour le tantrika ». Est tantrique tout homme ou toute femme qui assume la vie dans tous ses aspects, purs et impurs, sans fuite d’aucune sorte, tout homme ou toute femme qui perçoit l’univers comme un champ d’expérience sensible et énergétique sans a priori d’aucune sorte quant à ce qui est désirable ou non, tout homme ou toute femme qui expérimente le pressentiment selon lequel jouissance corporelle et éveil spirituel se magnifient l’un l’autre.


Il est aisé alors de constater comment le Tantra contemporain qui ambitionnerait de s’inscrire dans la perspective exclusive de la recherche personnelle du plaisir, de l’hédonisme égotique, du développement et de l’épanouissement de la personne, de la relation, des archétypes Féminin et Masculin – encore des images, si génériques soient-elles – et même de l’Eveil pour le petit moi s’éloigne de la vaste perspective mystique proposée par la tradition !


Le champ du développement personnel est sans espoir s’il se cantonne à sa propre définition et refuse de se sublimer au-delà du seul objet de sa fascination : l’épanouissement de la personne séparée.


Pour renouer avec cette tradition authentique de la Non-Dualité, nous n’avons aucunement besoin de nouvelles grandes théories inclusives, de nouveaux modèles de description de la réalité, de nouvelles thèses de psychologies, etc… Le Tantra de la Non-dualité commence précisément lorsque sont abandonnées toutes les velléités de saisie et de réduction de la réalité à des concepts, dogmes, typologies, modèles, techniques…


C’est pourquoi dans la transmission du Nava-Tantra nous n’enseignons pas de techniques pour atteindre tel ou tel état. Nous ne donnons pour ainsi dire pas de consignes pratiques, mais invitons invariablement à porter l’attention sur ce qui traverse mon champ de conscience : sensations, émotions, pensées… à quoi je dis oui, à quoi je dis non… quelle que que soit la situation, que je sois seul à méditer devant un mur blanc, en train de danser ou de partager une expérience énergétique ou physique avec un partenaire.


Observer… sentir…


Et offrir… rendre à la Source ce qui n’a fait que me traverser, et ne m’a jamais appartenu…


On ne regarde pas le soleil en face, sous peine de se brûler les yeux. L’expérience de la Vérité, ou de Dieu, est du même ordre. Je ne peux viser à la « pleine conscience », à l’abandon absolu, au non-jugement. Tout ceci est hors de portée de la personne. Ce qui est par contre de mon ressort, c’est de prendre conscience de ce qui me sépare de la lumière, de la détente, du non-jugement. Je m’extraie du nuage – je vois ce que je refusais de voir, ce à quoi je disais non – et j’inclus ce nuage dans le ciel plus vaste de ma présence. J’inclus mon « Non » en en prenant conscience et en l’accueillant, et ce faisant, je l’intègre à mon expérience au lieu de le refuser. Ensuite, que l’astre suprême se dévoile ou pas à ma prière, cela ne dépend pas de ma personne. De la même manière que l’humilité authentique ne consiste pas en la recherche de cette humilité, mais en la seule contemplation de mes petites prétentions au quotidien.


La clef ultime réside dans les mots rapportés par l’évangéliste :


« Seigneur, si tu le veux, éloigne de moi cette coupe de douleur. Toutefois, que ce ne soit pas ma volonté qui se fasse, mais la tienne. »


Luc 22.42


La personne qui désire quelques chose en particulier, prise dans son jeu de préhension et de rejet, d’ombres et de lumières, n‘est pas la source d’elle-même. Elle n’est que le reflet, l’émanation éphémère de cette source, l’espace de vacuité à travers lequel l’amour divin se manifeste dans le monde des formes.


Les propositions attentionnelles que nous formulons au cours des retraites et des stages vise ainsi à mettre en lumière les ombres, les obstacles, les nuages qui s’interposent entre moi et la Lumière. Mettre en évidence les mécanismes, les conditionnements par lesquels je me coupe de l’amour, de l’humilité, de l’abandon, de l’intensité de l’expérience qui se présente ici et maintenant. Regarder en quoi mon expérience est déterminée par une mémoire, par une résonance d’une expérience antérieure que je n’ai pas laissée mourir…


Qui observe ce qui se joue ? A qui ou à quoi suis-je en cet instant identifié ? Je ne vois justement pas ce à quoi je suis identifié, puisque c’est le point depuis lequel je perçois ma réalité subjective. Si vous êtes sur un sommet et contemplez la nature environnante, vous voyez tout le paysage alentours, les montagnes, vallées, rivières, forêts, plaines… vous êtes attentifs au ciel , aux nuages, aux animaux… le seul point que vous ne pouvez pas inclure dans votre regard, c’est le point depuis lequel vous observez !


L’invitation du Nava-Tantra consiste ainsi à faire pleinement l’expérience de ce qui se présente jusqu’à le désirer intensément, en y reconnaissant la perfection, la complétude et la nécessité de la vie qui s’exprime sous cette forme singulière et unique, ici et maintenant. C’est la raison pour laquelle nous ne proposons aucun programme de stage ou de cycle tel que « Formation en Nava-Tantra en n modules sur x années ». S’il existait un programme générique tout prêt qui convienne à tout à chacun pour atteindre à la joie, cela se saurait depuis les siècles que les mystiques de tous les temps et de toutes les cultures expérimentent et transmettent. Chaque atelier est absolument unique et émerge naturellement des énergies, aspirations et désirs de tous les participants qui se réunissent au nom de l’Amour et de la Conscience.


« Car où il y a deux ou trois personnes assemblées en mon nom, je suis là au milieu d’elles. »


Matthieu 18 :18-20


Ce qui se présente au sein du groupe à chaque instant est exactement ce qui convient le mieux à chacun des participants à ce moment, et le rôle de l’animateur est de se mettre à l’écoute de la forme qui apparaît, de mettre en conscience les tensions, émotions, jugements éventuels et d’accompagner l’expérience, à partir d’enseignements et de propositions de structures, jusqu’à ce que cette forme se dissolve dans l’espace vaste et tranquille de la présence.


Que je me raconte avoir réussi ou pas à être présent, en tant que personne, n’a aucune espèce d’importance, aucune valeur particulière. Ce qui est l’essence du Nava-Tantra, c’est la joie de faire l’expérience de mon conditionnement, de mes passions et de mes limitations, d’instant en instant, et de reconnaître ces conditionnements, passions et limitations comme richesse d’expression du divin à travers ce corps contingent.


D’instant en instant.


Ici et maintenant.


Pourquoi désirer quelque chose en particulier, lorsque je peut tout désirer ?


Reconnaître et expérimenter la joie inconditionnelle d’être en vie, à travers les diverses expériences passionnelles de l’existence, que je sois traversé par l’amour ou par la peur, par la joie ou par la tristesse, par la sérénité ou par la colère, par le plaisir ou par la douleur…


Par le Nava-Tantra, c’est cette joie intime de vivre, de créer et d’aimer que nous aspirons à célébrer, à partager et à transmettre.




Yves-Marie L’Hour



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Entretien avec Yves-Marie L’Hour, par Eric Lafontaine



Publié par untantraaparis le 11 mars 2015


Yves-Marie et Eric se sont donnés rendez-vous dans une brasserie parisienne à Montmartre dans le 18ème arrondissement.


1) Qui es-tu ?


Je m’appelle Yves-Marie L’Hour, j’ai 39 ans et j’exerce les activités de psychothérapeute, d’animateur et d’enseignant. J’accompagne en individuel et en collectif les personnes sur le chemin de la conscience et du lien en région parisienne, dans le sud de la France (Castelnau-le-Lez, les Cévennes) ainsi qu’en Belgique et en Suisse de manière ponctuelle. J’organise des formations, séminaires, conventions, stages et conférences seul ou en co-animation.


2) Qu’est-ce qui t’a amené au Tantrisme ?


Le terme Tantrisme est une appellation faisant référence à une vision, à une inscription traditionnelle culturelle et philosophique spécifique, celle de la tradition indienne du Tantrisme cachemirien. Mais ce vers quoi pointe ce terme est de l’ordre du pressentiment d’une unité fondamentale de l’expérience, l’expérience de la dualité sur fond de non dualité, qui n’appartient et ne se limite pas au tantrisme. L’appel s’est ainsi fait sentir pour moi bien plus tôt que la rencontre avec le Tantrisme en tant que voie spécifique. J’ai étudié et commencé à pratiquer assez jeune, aux alentours de 7 ans, le développement personnel, la transe, le voyage chamanique, le voyage astral, le rêve lucide… Le rapport corps-conscience me passionnait déjà à cette époque-là. Puis s’en est suivie une forte période de matérialisme de 17 à 22 ans. Je me suis ensuite replongé dans des démarches spirituelles de par la rencontre avec un ami artiste qui s’intéressait depuis 20 ans à la métaphysique et avec qui j’ai replongé dans le milieu et les expériences. J’ai ré-intégré pendant quelques années un petit groupe d’enseignement et de pratique autour de la recherche spirituelle avec quelques autres chercheurs et explorateurs de la conscience. Mais l’approche teintée de dualisme m’a rapidement mis mal à l’aise : il fallait chercher un progrès spirituel, le thème d’une évolution, aller dans une direction pour trouver une forme d’éveil, d’illumination… comme si ce qui était là n’était pas déjà complet et parfait. Alors j’ai pris mes distances. Je cherchais à rencontrer la réalité telle qu’elle est, ici et maintenant, derrière les voiles de mes conditionnements, de mes appétences et appréhensions, un espace d’unité. Je suis alors revenu à la non dualité : cultiver la voie étroite, sans rejet ni complaisance.


2bis) Comment as-tu rencontré le Tantrisme ?


J’ai eu une intuition, un élan. J’avais peut-être entendu parler du Tantra, il était aux frontières de mon champ comme un lieu qui m’appelait à explorer une spiritualité incarnée dans le corps, dans la sensualité, et dans le rapport aux archétypes féminin-masculin. C’était vraiment l’exploration de la conscience dans l’incarnation qui m’intéressait. J’ai alors dû chercher sur internet « Tantra » et je suis tombé sur un site en qui m’a particulièrement appelé, par la sobriété, la simplicité et la clarté de son propos, de sa présentation, et l’invitation à la voie directe : rien à changer, juste sentir ce qui est, prendre conscience de mes « oui » et de mes « non » et faire l’expérience de la véritable nature du Soi. J’ai décroché mon téléphone et appelé l’enseignant. En quelques échanges très succincts, j’ai senti le courant passer, et je me suis inscrit au stage de 2 jours qui avait lieu 3 jours plus tard en région parisienne. Ce week-end a changé ma vie. J’ai touché des espaces de sensorialité, d’ouverture, de vastitude, de joie, de liberté insoupçonnés avec une simplicité qui m’a retourné. Je suis resté dans l’extase tantrique pendant quelques semaines. Le lien à l’autre était d’une fluidité inouïe. J’y étais. S’en sont suivis des dizaines de stages, de formation, de rencontre, d’expérimentation dans d’autres formes et la lecture de textes shivaïtes traditionnels. Tout n’est jamais ensuite qu’expérimentation de cette sensibilité à l’Être. Rien à conquérir, rien à faire.


3) De quelle manière pratiques-tu le Tantrisme personnellement aujourd’hui ?


Toutes les techniques dites « spirituelles » visent à mettre de la conscience sur les conditionnements qui s’interposent entre moi et la réalité de l’expérience intégrale du vivant. Il ne s’agit pas de pratiquer quoi que ce soit, mais de reconnaître et de laisser se dissoudre les automatismes défensifs de la personnalité. Toutes les expériences du quotidien peuvent être l’occasion d’un tremplin vers la joie originelle d’être, sous-jacente à toutes les sensations, émotions, pensées qui me traversent. L’essence de la démarche tantrique pourrait selon moi se résumer en 2 mouvements : Sentir et Offrir. Dans l’instant. Sentir les émotions naître, se développer, mourir. Puis dans le même élan, offrir, c’est à dire célébrer l’instant, sans rejet ni appropriation ce qui est. C’est ma manière de pratiquer et de transmettre ce que j’ai appris, en individuel ou en groupe : toucher à l’extraordinaire dans l’ordinaire. Pas de pratique, pas de discipline, pas de technique en particulier, simplement Sentir et Offrir. Il m’arrive bien entendu de pratiquer de temps à autres, des méditations, du Yoga ou un art martial en fonction des appels du moment, mais sans visée ni projet a priori. Aucune activité n’est plus spirituelle qu’une autre.


4) Quels sont les bienfaits que tu ressens et perçois également chez les personnes que tu accompagnes ?


Ce qui me vient en premier lieu c’est la joie, la joie de me sentir en lien avec la totalité de l’expérience présente. On peut dénommer ce sentiment Joie, Liberté, Amour, Unité, Béatitude, Paix, Tranquillité de l’âme… peu importe… J’ai pu constater depuis 15 ans comme cette expérience rayonne et apaise, dans le cercle de mes relations intimes, amicales, professionnelles, de ma famille, dans les groupes que j’anime ou co-anime, je retrouve cette joie… L’expérience de l’authenticité, de la sincérité du rapport à soi, contacter ma liberté intérieure, révéler la singularité qui me traverse, dans le lien avec les formes mentales, les émotions et le corps.


5) Ton livre de chevet tantrique ?


« Je suis » de Nisargadatta Maharaj.


6) Pour plus d’informations


Se rendre sur http://nava-tantra.com et https://facebook.com/psychoenergie.fr


Retrouvez l’intégralité de l’interview ici.

De la non-directivité à l’Approche Centrée sur la Personne (ACP), par Carl Rogers



Texte de Carl Rogers
Traduction Olga Kauffmann
Sous-titres Yves Le Petit-Laborde


Qu’est-ce que je veux dire par une approche centrée sur le client ou une approche centrée sur la personne ?


Pour moi, celà exprime le thème fondamental de toute ma vie professionnelle, car ce thème s’est clarifié à travers l’expérience, l’interaction avec les autres et la recherche.
Ce thème a été exploité, et trouvé efficace, dans de nombreux domaines différents jusqu’à ce que la vaste étiquette d’Approche Centrée sur la Personne eût paru la plus descriptive.
L’hypothèse centrale de cette approche peut se résumer ainsi :


« Chaque individu a en lui des capacités considérables de se comprendre, de changer l’idée qu’il a de lui-même, ses attitudes et sa manière de se conduire ; il peut puiser dans ces ressources, pourvu que lui soit assuré un climat d’attitudes psychologiques « facilitatrices » que l’on peut déterminer. »


Trois conditions constituent ce climat favorisant le développement, qu’il s’agisse d’une relation entre le thérapeute et son client, le parent et l’enfant, le leader et le groupe, le professeur et l’élève ou le directeur et son équipe..
Les conditions s’appliquent, en fait, à toute situation dans laquelle l’objectif est le développement de la personne. (…)


1 – La congruence


Le premier élément porte sur l’authenticité ou congruence.
Plus le thérapeute est lui-même, ou elle-même, dans la relation, n’affichant pas de façade professionnelle ou d’image personnelle, plus grande est la probabilité que le client changera et se développera d’une manière constructive.
Celà veut dire que le thérapeute est ouvertement les sentiments et les attitudes qui coulent en lui, sur le moment.
Il y a un état d’unification, ou congruence, entre l’expérience émotionnelle en cours au niveau des tripes, la conscience de cette expérience et ce qui est exprimé au client.


2 – La considération positive inconditionnelle


La seconde attitude importante pour créer un climat favorisant le changement est l’acceptation ou l’attention, ou la considération : le regard positif inconditionnel.
Celà veut dire que lorsque le thérapeute fait l’expérience d’une attitude positive, exempte de jugement, acceptante envers ce que le client est sur le moment, quoi que ce soit, alors le mouvement thérapeutique, ou changement, est plus probable.


Celà demande la volonté du thérapeute de laisser le client être le sentiment qu’il est en train de vivre, quel qu’il soit : confusion, ressentiment, peur, colère, courage, amour ou orgueil.
C’est une attention non possessive.
Lorsque le thérapeute accepte le client d’une manière totale plutôt que conditionnelle, un mouvement en avant est probable.


3 – L’empathie


Le troisième aspect facilitateur de la relation est la compréhension empathique.
Celà veut dire que le thérapeute sent exactement les sentiments et significations personnelles que le client est en train d’expérimenter et qu’il communique cette compréhension acceptante au client.
Quand le fonctionnement est à son meilleur niveau, le thérapeute se trouve tellement immergé dans le monde privé de l’autre, qu’il ou qu’elle peut non seulement clarifier les significations dont le client est conscient mais même ceux se trouvant juste au dessous du niveau de conscience.
Ce type d’écoute, très spéciale, active, est l’une des forces les plus puissantes que je connaisse pour favoriser le changement.


L’évidence


Il y a une accumulation de preuves, progressivement produites par la recherche, qui, en général, soutiennent l’idée que lorsque ces conditions facilitatrices sont présentes, des changements dans la personnalité et le comportement interviennent vraiment.
Cette recherche a été poursuivie dans ce pays, et dans d’autres, de 1949 à ce jour.
Des études ont été faites sur les changements d’attitude et de comportement dans le domaine de la psychothérapie, dans l’éducation, sur l’aptitude à l’apprentissage, et sur le comportement des schizophrènes.
En général, ces études sont une confirmation.


La confiance


La pratique, la théorie et la recherche précisent clairement que l’Approche Centrée sur la Personne repose sur une confiance de base en la personne.
C’est peut-être son point de différence le plus aigu avec la plupart des institutions dans notre culture.
Dans l’éducation, le gouvernement; les affaires, une bonne partie de la vie de famille, de la psychothérapie, tout est pratiquement basé sur une méfiance en la personne.


L’individu est vécu comme incapable de choisir des buts qui lui conviennent, aussi doit-on les lui fixer.
Et on doit le guider vers ces buts, car autrement il pourrait s’écarter du chemin choisi.
Les enseignants, les parents, les superviseurs développent des procédures pour s’assurer que l’individu progresse vers le but choisi ; examens, contrôles, interrogations sont quelques unes des méthodes utilisées.
La personne est vécue comme un être foncièrement pêcheur, destructeur, paresseux ou les trois à la fois. Et cette personne doit constamment être surveillée.


Mais l’Approche Centrée sur la Personne repose sur la tendance à l’actualisation, présente dans chaque organisme vivant : la tendance à l’éclosion, au développement, à la réalisation de tout son potentiel.
Cette façon d’être fait confiance en la tendance directionnelle constructive de l’être humain vers un développement plus complexe et plus complet.
Notre but est de libèrer cette tendance directionnelle.


Code de déontologie de l’EAP (Association Européenne de Psychothérapie)



Nous rappelons ci-après le Code de déontologie élaboré par l’EAP (Association Européenne de Psychothérapie) qui a été adopté par l’Assemblée générale de l’EAP le 20 mai 1995 à Vienne en Suisse.
Il a été traduit en français par le Bureau de la Fédération Française de Psychothérapie (FF2P), à Paris, le 21 mars 1996.


PREAMBULE
Tous les membres des sociétés nationales associées à l’EAP, ainsi que les membres individuels de ces dernières, sont tenus d’exercer leur profession avec un sens particulièrement aigu de leurs responsabilités vis-à-vis de leur propre personne, de leur travail thérapeutique et des personnes avec lesquelles une relation particulière est créée par le biais du traitement psychothérapeutique. Les sociétés nationales de l’EAP sont dans l’obligation de prêter une attention toute particulière aux questions de déontologie. Cela s’applique aux formateurs, aux membres et aux candidats des sociétés nationales en question. Les règles de déontologie des sociétés nationales : visent à protéger le patient/client contre les applications abusives de la psychothérapie par les praticiens ou les formateurs, servent de règles de conduite à leurs membres, servent de référence en cas de plainte.


1. LA PROFESSION DE PSYCHOPRATICIEN

La profession de psychopraticien est une discipline spécifique du domaine des sciences humaines. Elle implique un diagnostic et une stratégie globale et explicite de traitement des troubles psychologiques, sociaux et psychosomatiques. Les méthodes utilisées reposent sur des théories scientifiques de psychothérapie. Par le biais d’une interaction entre un ou plusieurs patients/clients et un ou plusieurs psychopraticiens, ce traitement a pour objectif de déclencher un processus thérapeutique permettant des changements et une évolution à long terme. La profession de psychopraticien se caractérise par l’implication du thérapeute dans la réalisation des objectifs précités. Le psychopraticien est tenu d’utiliser sa compétence dans le respect des valeurs et de la dignité de son patient/client au mieux des intérêts de ce dernier.
Le psychopraticien doit indiquer sa qualification dans la spécialité où il a été formé.


2. COMPETENCE PROFESSIONNELLE ET PERFECTIONNEMENT

Le psychopraticien doit exercer sa profession de manière compétente et dans le respect de l’éthique.Il doit se tenir au courant des recherches et du développement scientifique de la psychothérapie – ce qui implique une formation continue permanente.
Le psychopraticien est tenu de ne pratiquer que les méthodes de traitement et dans les domaines de la psychothérapie pour lesquels il peut justifier de connaissances et d’une expérience suffisante.


3. LE SECRET PROFESSIONNEL
Le psychopraticien et son équipe éventuelle sont soumis au secret professionnel absolu concernant tout ce qui leur est confié dans l’exercice de leur profession. Cette même obligation s’applique dans le cadre de la supervision.


4. CADRE DE LA THERAPIE
Dès le début de la thérapie, le psychopraticien doit attirer l’attention de son client sur ses droits et souligner les points suivants :
• Type de méthode employé (s’il le juge approprié à la situation du client). Il précise les conditions de travail (y compris les conditions d’annulation ou d’arrêt),
• Durée présumée du traitement,
• Conditions financières (honoraires, prises en charge, règlement des séances manquées),
• Secret professionnel,
• Possibilité de recours en cas de litige. Le patient/client doit pouvoir décider lui-même si et avec qui il veut entreprendre un traitement (libre choix du thérapeute).
Le psychopraticien est dans l’obligation d’assumer ses responsabilités compte tenu des conditions particulières de confiance et de dépendance qui caractérisent la relation thérapeutique. Il y a abus de cette relation à partir du moment où le psychopraticien manque à son devoir et à sa responsabilité envers son patient/client pour satisfaire son intérêt personnel (par exemple : sur le plan sexuel, émotionnel, social ou économique). Toute forme d’abus représente une infraction aux directives déontologiques spécifiques concernant la profession de psychopraticien. L’entière responsabilité des abus incombe au psychopraticien. Tout agissement irresponsable dans le cadre de la relation de confiance et de dépendance créée par la psychothérapie constitue une faute grave.


5. OBLIGATION DE FOURNIR DES INFORMATIONS EXACTES ET OBJECTIVES
Les informations fournies au patient/client concernant les conditions dans lesquelles se déroule le traitement doivent être exactes, objectives et reposer sur des faits. Toute publicité mensongère est interdite. Exemples : Promesses irréalistes de guérison, Référence à de nombreuses approches thérapeutiques différentes, ce qui laisserait supposer une formation plus étendue qu’elle ne l’est en réalité (formations entamées et non terminées).


6. RELATIONS PROFESSIONNELLES AVEC LES COLLEGUES
Si nécessaire, le psychopraticien doit travailler de manière interdisciplinaire avec des représentants d’autres sciences, dans l’intérêt du patient/client.


7. PRINCIPES DEONTOLOGIQUES CONCERNANT LA FORMATION
Ces principes déontologiques s’appliquent également, par analogie, aux rapports entre formateurs et élèves.


8. CONTRIBUTION A LA SANTE PUBLIQUE
La responsabilité des psychopraticiens au niveau de la société exige qu’ils travaillent à contribuer au maintien et à l’établissement de conditions de vie susceptibles de promouvoir, sauvegarder et rétablir la santé psychique, la maturation et l’épanouissement de l’être humain.


9. RECHERCHE EN PSYCHOTHERAPIE
Afin de promouvoir l’évolution scientifique de la psychothérapie et l’étude de ses effets, le psychopraticien doit, dans la mesure du possible, collaborer à des travaux de recherche entrepris dans ce sens. Les principes déontologiques définis plus haut doivent également être respectés à l’occasion de ces travaux de recherche et lors de leur publication. Les intérêts du patient/client restent prioritaires.



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