Textes traditionnels

Spandakarika : le Chant du Frémissement



Spanda

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L’école shivaïte cachemirienne du Spanda ou de la vibration a pour fondateur Vasugupta qui vivait dans la première moitié du IXème siècle. Le Spandakarika, ou Chant du Frémissement, est l’un des textes essentiels du shivaïsme tantrique du Cachemire, révélé directement en rêve à Vasugupta par Shiva. Ce chant expose l’essence des Tantra en 52 stances. Ksemarâja, un maître important de la tradition souligne que ce chant du frémissement est l’exposé du Mahâmudra, souvent traduit par « le Grand Sceau » et par les Cachemiriens par « le Grand Mouvement Cosmique ». Abhinavagupta, philosophe et maître tantrique du XIème siècle, lui rend hommage dans le Tantraloka.


Ce yoga semble avoir été la forme qui a précédé le hatha yoga. Sa simplicité même en fait sa difficulté. Les maîtres les plus anciens de la tradition étaient arrivés à la conclusion que tout était mouvement dans l’univers. Ils voyaient toute chose, matière comprise, comme conscience et ont inventé un yoga à la mesure de cette réalisation.


« Les Sivasutra appartiennent à l’école du Spanda, fondée par Vasugupta; ils en constituent la pierre angulaire. L’originalité de cette école tient au spanda; Vasugupta fut en effet le premier à nommer spanda la libre puissance qui éclaire, donne vie et mouvement à tout ce qui existe. Le spandatattva, Réalité ultime en tant que vibration est la Conscience universelle : une Conscience à la fois en acte et en repos, un repos que jamais elle ne quitte, un acte qui jamais ne défaille et qui, en outre, s’épanouit. […] » (In Liliane Silburn dans : Sivasutra et Vimarsini de Ksemaraja)




1. Nous offrons nos louanges à ce Seigneur, source du glorieux déploiement de la Roue des énergies, à Lui qui en ouvrant et en fermant les yeux fait disparaître et apparaître l’univers.


2. À ce en quoi demeure tout ce créé, à ce d’où il émerge, à cela aucun obstacle nulle part, puisque, en raison de son essence, rien ne peut le voiler.


3. Bien que ce (spanda) se répande en états distincts de veille, de sommeil et autres, qui sont en réalité non distincts de lui, il ne déserte jamais sa propre nature de sujet qui perçoit.


4. Il est évident que les formes de conscience «je suis heureux, je suis malheureux, je suis attaché» ont leur tourbillonnante existence autre part, là où est ourdie la trame qui relie les états de bonheur et autres.


5. Là où il n’y a ni douleur, ni plaisir, ni chose perceptible, ni agent percevant, ni insensibilité non plus, la réside ce qui existe au sens suprême.


6-7. La Réalité à partir de laquelle il y a déploiement, maintien et résorption de l’ensemble des organes associés à la Roue intériorisée des énergies —ensemble qui, inconscient, se comporte comme s’il était conscient par soi-même— une telle Réalité doit être scrutée avec zèle et respect, elle dont l’autonomie est innée et universellement répandue.


8. Ce n’est certes pas à l’incitation de l’aiguillon de son propre désir que l’homme agit, c’est uniquement grâce à son contact avec la puissance du Soi qu’il s’identifie à Lui.


9. Dès que s’apaise l’agitation de celui qui, rendu impuissant par l’impureté qui lui est propre, aspire à des tâches, alors l’état suprême se révèle.


10. Se révèle à lui, en effet, sa nature sans artifice que caractérisent l’omniscience et l’omnipotence; par là et il connaît et il fait tout ce qu’il désire.


11. D’où le misérable flux proviendrait-il pour qui demeure comme frappé d’émerveillement lorsqu’il contemple sa propre nature de sustentateur actif ?


12. Le non-être n’est pas l’objet d’expérience mystique mais en cet état il n’y a pas non plus insensibilité étant donné qu’on y réfère par la suite avec la certitude que «ceci a existé».


13. C’est pourquoi celui-ci connu comme fictif est toujours comparable à l’état de sommeil profond. Mais il n’en est pas de même de la Réalité qui, elle, ne peut être objet de souvenir.


14. Par les expressions agent et action, on désigne ici deux états de ce spanda. L’action est périssable, mais l’agent est impérissable.


15. Seul l’effort qui se dirige vers l’acte à accomplir est ici anéanti. Cet effort étant anéanti, le non-éveillé s’imagine qu’il est, lui aussi, anéanti.


16. Quant à la modalité intériorisée, habitacle des qualités d’omniscience, etc… elle ne peut jamais être anéantie sous le prétexte qu’il n’y a pas de perception de «l’autre».


17. Le parfaitement éveillé a la perception ininterrompue de cette vibrante Réalité toujours dans les trois états, tandis que l’autre ne l’a qu’au commencement et à la fin de ces états.


18. L’Omnipénétrant, indissolublement uni à sa suprême énergie, resplendit dans les deux états (rêve et veille) sous les aspects de connaissance et de connaissable. Autre part, il est la conscience même.


19. Les émanations des vibrations particulières, à commencer par les qualités, qui recouvrent leur essence grâce à la vibration générique qu’elles prennent pour support, cessent à jamais de détourner du chemin celui qui sait.


20. Mais ces émanations particulières, toujours empressées à dissimuler leur propre assise, précipitent ceux dont l’intelligence est mal éveillée dans l’effroyable tourbillon de la transmigration auquel il est si difficile d’échapper.


21. En conséquence, celui qui est toujours ardent à discerner la Réalité vibrante accède sans délai à la nature innée, même s’il se trouve à l’état de veille.


22. Au comble de la furie, ou transporté de joie, ou épouvanté et ne sachant plus que faire, ou encore courant à perdre haleine pour sauver sa vie, un yogin atteint le domaine où le spanda est bien établi.


23. Ayant fermement pris pour appui ce spanda, on s’y établit, résolu à faire nécessairement tout ce qu’il dictera.


24. Y prenant repos, le souffle inspiré et le souffle expiré ayant quitté le domaine de l’œuf de Brahma (le monde) s’absorbent dans la voie médiane selon un cheminement ascendant.


25. Alors en ce grand éther où lune et soleil se dissolvent, le yogin à l’esprit confus tombe dans une sorte de sommeil sans rêve tandis que l’éveillé n’ a plus aucun voile.


26. Quand ils se sont emparés de cette puissance, les mantra, pourvus de la puissance de l’Omniscient, remplissent leurs fonctions comme le font les organes sensoriels des êtres doués de corps.


27. Et là même, immaculés, quiescients, ils s’engloutissent, unis à la pensée de l’adorateur; ils sont alors de la nature de Shiva.


28-29. Puisque l’individu est identique à tout car il est la source de toutes les choses et en a conscience du fait qu’il reconnaît cette identité (28), il n’y a donc, quant à parole, sens, pensée, point d’état qui ne soit Shiva; c’est le Sujet qui jouit et lui seul qui toujours et partout se tient sous l’aspect de ce dont il jouit.


30. Ou aussi celui qui détient cette Connaissance (que tout est Shiva) et qui, constamment vigilant, perçoit l’univers entier comme un jeu, est un délivré vivant, aucun doute à cela.


31. Ceci même est l’apparition de ce qui est contemplé dans le cœur de qui contemple; pour le fidèle au désir ardent, la mise à l’unisson est identification à ce qui est contemplé.


32. Ceci même est l’acquisition de l’ambroisie, ceci même est la saisie du Soi suprême, ceci même est l’initiation au nirvâna qui confère la réelle nature de Shiva.


33. De même que pendant l’état de veille, en faisant surgir soleil et lune, Shiva qui soutient l’univers, ardemment sollicité, accorde la satisfaction des désirs enracinés dans leur cœur aux êtres pourvus d’un corps.


34. De même durant le rêve, en se tenant à la jonction, le Seigneur révèle sans aucun doute, toujours plus clairement, les choses auxquelles aspire celui dont jamais ne cesse l’attitude d’amour.


35. Sinon, la libre émanation, selon sa nature, continuera au cours des deux états de veille et de rêve à se jouer perpétuellement du yogin comme de l’homme ordinaire.


36. En vérité tout comme un objet qui n’est pas distinctement perçu en dépit de l’attention que la pensée lui prête, devient de plus en plus distinct quand on l’examine avec l’effort exercé par sa propre puissance,


37. De même du point de vue suprême, quels que soient la forme, le lieu ou l’état, la chose se présente sans délai de cette manière au yogin qui s’empare de cette puissance du spanda.


38. Dès qu’on s’est emparé de cette puissance, on accomplit ses tâches même épuisé et, bien que très affamé, on apaise également sa faim.


39. Si, dans le corps qui prend pour appui cette vibrante Réalité, apparaissent l’omniscience et d’autres pouvoirs, de même, en prenant pour soutien son propre Soi, c’est partout que l’on deviendra tel (omniscient).


40. L’indolence, la ravisseuse, sévit dans le corps; sa propagation est due à l’ignorance. Si celle-ci est «ravie» sous l’effet de l’Éveil, comment cette indolence subsisterait-elle alors, quand sa cause n’est plus?


41. Chez celui qui s’adonne à une seule pensée, ce dont surgit «l’autre», voici ce qui doit être reconnu comme Éveil cosmique. Mais qu’on l’éprouve par soi-même.


42. De là procèdent immédiatement et lumière, et son, et forme, et goût surnaturels, causant de l’agitation chez l’être lié au corps.


43. Celui qui demeure immobile, diffusant la Conscience en toute chose comme au moment où l’on a le désir de voir, alors… mais à quoi bon en dire davantage, il l’éprouvera par lui-même.


44. Qu’il demeure toujours bien éveillé tout en percevant le domaine sensoriel à l’aide de la connaissance, qu’il érige toute chose en un seul lieu, et plus rien ne le tourmentera.


45. En dépit de sa véritable nature, sa gloire lui étant ravie par son activité limitée, et lui-même étant réduit à l’état d’objet dont jouit l’ensemble des énergies issues de la multitude des sons, on le nomme être asservi.


46. L’irruption des réactions, c’est pour lui la perte de la saveur de la suprême ambroisie; en conséquence, il est réduit à l’état de dépendance et cette irruption a pour domaine les éléments subtils.


47. Et pour lui ces énergies sont toujours empressées à voiler son essence car les réactions ne surgiraient pas si elles n’étaient pas intimement liées aux mots.


48. Cette énergie de Shiva qui a l’activité pour forme engendre la servitude quand elle réside dans l’être asservi, mais, reconnue comme la voie donnant accès au Soi, c’est elle qui confère la perfection libératrice.


49. Entravé par l’octuple forteresse issue des éléments subtils et pourvue de pensée, d’agent d’individuation, d’intelligence discriminatrice, l’être dépendant est soumis à des expériences dues à des réactions qui procèdent de cette forteresse.


50. En conséquence il transmigre. Examinons donc la cause apte à éliminer pour lui ce passage d’existence en existence.


51. Mais quand il s’enracine en un seul lieu (le spanda), alors contrôlant apparition et dissolution de ce corps subtil, il accède à l’état de sujet qui expérimente et il devient le Souverain de la Roue des Énergies.


52. Je rends hommage à cette merveilleuse «parole» du maître au sens extraordinaire, barque qui fait traverser l’insondable océan du doute.




Extrait de : Spandakarika (trad. Lilian Silburn)


Bibliographie :
– Sivasutra (de Vasugupta) et Vimarsini de Ksemaraja. Traductions et notes de Lilian Silburn. Ed. De Boccard, Institut de Civilisation Indienne, (Fasc. 47), 1980-2000
– Spandakarika, Stances sur la vibration de Vasagupta et leurs gloses (Bhatta Kallata, Ksemaraja, Utpalacaria, Somanada). Traductions et notes de Lilian Silburn. Ed. De Boccard, Institut de Civilisation Indienne, (Fasc. 58), 1990-2004.

« Se quitter soi-même », par Maître Eckhart



Le monde dit : « Je voudrais tellement vivre la piété et la ferveur que d’autres semblent vivre, être en paix avec Dieu comme d’autres le sont, être véritablement pauvre. » Ou encore : « Quoi que je fasse et où que je sois, je ne suis jamais satisfait. Je voudrais tant être loin de chez moi, sans affaires, dans un monastère ou un lieu reculé. »


En vérité, tout cela n’est autre que toi, ta volonté propre que tu suis constamment sans même t’en rendre compte. Que tu l’admettes ou non, jamais un mécontentement ne surgit en toi qui ne soit ta création.


Entendons-nous bien : fuir ceci, aller vers cela, éviter ces gens, rechercher manière ou occupation n’est que ton agitation. La cause de tes difficultés n’est pas dans les choses, c’est toi-même dans les choses. C’est pourquoi regarde-toi d’abord et quitte-toi. En vérité, tant que tu ne te libères pas de ton vouloir, tu auras beau fuir, tu retrouveras partout obstacles et inquiétudes.


Chercher quoi que ce soit dans les choses extérieures, la paix, un lieu de retraite, la société des hommes, telle façon d’agir, les nobles œuvres, l’exil, la pauvreté ou l’abandon de tout, quelle qu’en soit la grandeur tout cela n’est rien, ne compte pour rien, ne donne rien — surtout pas la paix. Pareille quête ne mène nulle part : plus on cherche ainsi, moins on trouve. Ayant pris un chemin faux, on ne fait que s’éloigner davantage chaque jour.


Que faut-il donc faire ? D’abord, s’abandonner soi-même et, de la sorte, abandonner toute chose. En vérité, celui qui renonce à un royaume, au monde même, en se gardant soi-même, ne renonce à rien. Mais l’homme qui se renonce lui-même, quoi qu’il garde, richesse, honneur ou quoi que ce soit, a renoncé à tout. (…)


Regarde et, là où tu te trouves, renonce-toi. Voilà le plus haut.


Sache que jamais personne ne s’est assez quitté qu’il ne trouve à se quitter davantage. Commence donc par là, meurs à la tâche : c’est là que tu trouveras la paix véritable, et nulle part ailleurs.




Quelques paroles que le vicaire de Thuringe, prieur d’Erfurt, frère Eckhart, de l’ordre des Prêcheurs, adressa à ses fils spirituels qui lui posaient toutes sortes de questions lorsqu’ils étaient rassemblés pour la collation du soir.

Écrit sur le cœur de la confiance (Sin Sin Ming)

Texte fondamental de la Non-Dualité (V ème siècle AC)
Par Maître Sosan (Bouddhisme Ch’an)



La grande Voie n’est pas difficile,
il suffit d’éviter de choisir.
Si vous êtes libre de la haine et de l’amour,
elle apparaît en toute clarté.


S’en éloigne-t-on de l’épaisseur d’un cheveu,
un gouffre sépare alors le ciel et la terre.
Si vous voulez la trouver,
Ne tentez pas de suivre ni de résister.


La lutte entre le pour et le contre,
voilà la maladie du cœur !
Ne discernant pas le sens profond des choses,
vous vous épuisez en vain à pacifier votre esprit.


Perfection du vaste espace,
il ne manque rien à la Voie, il n’y a rien de superflu.
En recherchant ou en repoussant les choses,
nous ne sommes pas en résonance avec la Voie.


Ne pourchassez pas le monde soumis à la causalité,
ne vous perdez pas non plus dans un vide de phénomènes !
Si l’esprit demeure dans la paix de l’Unique,
cette dualité disparaît d’elle-même.


En cessant d’agir pour trouver la tranquillité,
celle-ci ne sera qu’un surcroît d’agitation.
Recherchant le mouvement ou le repos,
comment pourrions-nous connaître l’Unique ?


Quand on ne comprend pas la non-dualité de la Voie,
le mouvement et le repos sont faux.
Si vous repoussez le phénomène, il vous engloutit ;
si vous poursuivez le vide, vous lui tournez le dos.


À force de paroles et de spéculations,
nous nous éloignons de la Voie.
Coupant court aux discours et aux réflexions,
il n’est point de lieu où nous ne puissions pénétrer.


Revenir à la racine, c’est retrouver le sens ;
courir après les apparences, c’est s’éloigner de la Source.
Dans l’instant, en retournant notre regard,
nous dépasserons le vide des choses du monde.


Si le monde paraît changer,
c’est à cause de nos vues fausses.
Inutile de rechercher la vérité,
abandonnez seulement les vues fausses.


Ne vous attachez pas aux vues duelles,
veillez à ne pas les suivre.
À la moindre trace de bien ou de mal,
l’esprit s’embrouille dans les complexités.


La dualité n’existe que par rapport à l’Unité ;
ne vous attachez pas à l’Unité.
Pour un esprit qui ne fabrique pas,
les dix mille choses sont inoffensives.


Si une chose ne nous trouble pas, elle est comme inexistante ;
si rien ne se produit, il n’y a pas d’esprit.
Le sujet disparaît à la suite de l’objet ;
l’objet s’évanouit avec le sujet.


L’objet est objet par rapport au sujet ;
le sujet est sujet par rapport à l’objet.
Si vous désirez savoir ce que sont ces deux entités,
sachez qu’à l’origine elles sont vides de substance.


Dans ce vide unique, les deux se confondent
et chacune contient les dix mille choses.
N’essayez pas de distinguer le subtil du grossier ;
comment prendre parti pour ceci contre cela ?


L’essence de la grande Voie est vaste ;
il n’y a rien de facile, rien de difficile.
Les vues restreintes sont hésitantes et méfiantes ;
plus on pense aller vite, plus on va lentement.


Si nous nous attachons à la grande Voie, nous perdons la justesse ;
dans l’intention, nous nous engageons sur un chemin sans issue.
Laissez-la aller et toutes choses suivront leur propre nature ;
l’essence ne se meut pas ni ne demeure en place.


Écoutez la nature des choses et vous serez en accord avec la Voie,
libre et délivré de tout tourment.
Lorsque nos pensées sont fixées, nous tournons le dos à la vérité ;
nous nous embrouillons et sombrons dans le malaise.


Ce malaise fatigue l’âme :
à quoi bon fuir ceci et rechercher cela ?
Si vous désirez suivre le chemin du Véhicule unique,
N’ayez aucun préjugé contre les objets des six sens.


Quand vous ne les repousserez plus,
alors vous atteindrez l’illumination.
Le sage ne poursuit aucune tâche ;
le sot s’entrave lui-même.


Les choses sont dépourvues de distinctions ;
c’est notre attachement qui leur en confère.
Vouloir comprendre et utiliser l’Esprit,
n’est-ce pas là le plus grand de tous les égarements ?


L’illusion engendre tantôt le calme, tantôt le trouble ;
l’illumination détruit tout attachement et toute aversion.
Toutes les oppositions
viennent de la pensée.


Rêves, illusions, fleurs de l’air,
pourquoi s’exténuer à vouloir les saisir ?
Gain, perte, vrai et faux
disparaissent en un instant.


Si l’œil ne dort pas,
les rêves s’évanouissent d’eux-mêmes.
Si l’esprit ne se prend pas aux différences,
les dix mille choses ne sont qu’une unique Réalité.


En nous donnant au mystère des choses en leur réalité unique,
nous oublions le monde de la causalité.
Lorsque toutes les choses sont considérées avec équanimité,
elles retournent à leur nature originelle.


Ne cherchez pas le pourquoi des choses :
vous éviterez ainsi de tomber dans le monde des comparaisons.
Lorsque la tranquillité se meut, il n’y a plus de mouvement ;
Lorsque le mouvement s’arrête, il n’y a plus de tranquillité.


Les frontières de l’Ultime
ne sont pas gardées par des lois.
Si l’esprit est illuminé par l’identité,
toute activité cesse en lui.


Une fois les doutes balayés,
la vraie confiance luit, forte et droite.
Rien à retenir,
rien à se remémorer.


Tout est vide, rayonnant et lumineux par soi-même :
n’épuisez pas les forces de votre esprit.
L’Incomparable n’est pas mesurable par la pensée,
la Connaissance est insondable.


Dans la Réalité telle qu’elle est,
il n’y a ni autrui ni soi-même.
Si vous désirez vous y accorder,
une seule parole possible : non-deux !


Dans la non-dualité, toutes choses sont identiques,
il n’est rien qui ne soit en elle.
Les visionnaires en tous lieux
y ont accès ainsi.


Le principe est sans hâte ni retard ;
un instant est semblable à des milliers d’années.
Ni présent ni absent
et cependant partout devant vos yeux.


L’infiniment petit est comme l’infiniment grand,
dans l’oubli total des objets.
L’infiniment grand est pareil à l’infiniment petit,
lorsque l’œil n’aperçoit plus de limites.


L’existence est la non-existence,
la non-existence est l’existence.
Tant que vous ne l’aurez pas compris,
vous demeurerez agités.


Une chose est à la fois toutes choses,
toutes choses ne sont qu’une chose.
Si vous pouvez seulement saisir cela,
il est inutile de se tourmenter au sujet de la connaissance parfaite.


L’esprit de confiance est non duel ;
ce qui est duel n’est pas l’esprit de confiance.
Ici les voies du langage s’arrêtent,
car il n’est ni passé, ni présent, ni futur.




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Cette traduction française par Jean Bouchart D’Orval du Sin Sin Ming est inspirée de la belle version de L. Wang et J. Masui (revue par le professeur P. Demiéville du Collège de France) telle qu’elle apparaît en pages 205-209 de l’ouvrage Tch’an – Zen : Racines et floraisons, numéro 4 de la nouvelle série de la collection Hermès, éditions Les Deux Océans, Paris, 1985. Certains passages ont été empruntés à la traduction de Daniel Giraud dans Seng Ts’an : Hsin Hsin Ming, traité de spiritualité Ch’an du VIe siècle, éditions Arfuyen, Paris, 1992, ISBN 2-908825-19-8.

Huit stances sur l’incomparable, par Abhinavagupta



1. Ici, nul besoin de progrès spirituel ni de contemplation, ni d’habileté de discours, ni d’enquêtes, nul besoin de méditer, ni de se concentrer, ni de s’exercer aux prières marmonnées. Quelle est, dis-moi, la Réalité ultime absolument certaine ? Écoute ceci : ne prends ni ne laisse et, tel que tu es, jouis heureusement de tout.


2. Du point de vue de la Réalité absolue, il n’y a pas de transmigration. Comment alors est-il question d’entrave pour les êtres vivants ? Puisque l’être libre n’a jamais eu d’entraves, entreprendre de le libérer est vain. Il n’y a là que l’illusion de l’ombre imaginaire d’un démon, corde prise pour un serpent qui produit une confusion sans fondement. Ne laisse rien, ne prends rien, bien établi en toi-même, tel que tu es, passe le temps agréablement.


3. Dans l’Inexprimable (1), quel discours peut-il y avoir et quelle voie différencierait adoré, adorant et adoration ? En vérité, pour qui et comment un progrès spirituel se produirait-il, ou encore qui pénétrerait par étapes dans le Soi ? Oh Merveille ! cette illusion, bien que différenciée, n’est autre que la Conscience-sans-second. Ah ! tout est essence très pure éprouvée par soi-même. Ainsi, ne te fais pas de soucis inutiles.


4. Cette félicité n’est pas comme l’ivresse du vin ou celles des richesses, ni même semblable à l’union avec la bien-aimée. L’apparition de la Lumière consciente n’est pas comme un faisceau de lumière que répand une lampe, le soleil ou la lune. Quand on se libère des différentiations accumulées, l’état de bonheur est une allégresse comparable à la mise à terre d’un fardeau, l’apparition de la Lumière est l’acquisition d’un trésor oublié : le domaine de l’universelle non-dualité.


5. Attirance et répulsion, plaisir et douleur, lever et coucher, infatuation et abattement, etc., tous ces états participant aux formes de l’univers se manifestent comme diversifiés, mais en leur nature ils ne sont pas distincts. Chaque fois que tu saisis la particularité d’un de ces états, attentif aussitôt à la nature de la Conscience comme identique à lui, pourquoi, plein de cette contemplation, ne te réjouis-tu pas ?


6. L’efficacité de ce qui existe actuellement n’existait pas auparavant ; de façon soudaine, en effet, surgissent toujours les choses en ce monde. À quelle réalité peuvent-elles prétendre, ainsi troublées par la confusion déformante de l’état intermédiaire (2) ? Quelle réalité y a-t-il dans l’irréel, l’instable, le falsifié, dans un amoncellement d’apparences, dans l’erreur d’un rêve ? Reste par-delà l’imperfection propre aux angoisses du doute et éveille-toi.


7. L’inné ne peut être sujet au flot des existences objectives ; celles-ci ne se manifestent qu’éprouvées par toi. Bien que privées par nature de réalité, en un instant, par la faute d’une erreur de perception, elles prennent part au réel. Ainsi jaillit de ton imagination la grandeur de cet univers puisqu’il n’existe pas d’autre cause à son apparition. C’est pourquoi, par ta propre gloire, tu resplendis dans tous les mondes et, bien qu’unique, tu es l’essence du multiple.


8. Lorsque surgit la Conscience en tant que contact immédiat avec soi-même alors le réel et l’irréel, le peu et l’abondant, l’éternel et le transitoire, ce qui est pollué par l’illusion et ce qui est la pureté du Soi apparaissent radieux dans le miroir de la Conscience. Ayant reconnu tout cela à la lumière de l’essence, toi dont la grandeur est fondée sur ton expérience intime, jouis de ton pouvoir universel.




Notes


(1) La tradition cachemirienne utilise le mot Anuttara : l’Insurpassé, le Sans-Égal. Ce mot peut aussi signifier l’Incomparable, littéralement : « Ce qui n’est pas le plus haut de deux » (parce qu’il n’y a pas d’autre que Lui). C’est la nature réelle de toute diversité apparente. Il n’y a que la Lumière consciente. Même dire que la Lumière consciente est le « Tout » est une restriction : il n’y a pas de « Tout », pas davantage qu’il n’y a de parties. La Lumière consciente est impensable.


(2) Cet « état intermédiaire » se réfère au deuxième moment de toute perception ou activité. Dans le premier moment, il n’y a aucune pensée, seulement un pur élan lumineux dans lequel l’objet perçu resplendit dans sa nature véritable, la certitude du Je véritable. Dans un deuxième moment, dans la plénitude originelle apparaît une séparation par laquelle on délimite l’objet par rapport à tout ce qu’il n’est pas. Au troisième moment, l’objet est perçu en tant qu’objet pleinement différencié, avec toutes ses caractéristiques : c’est la perception ordinaire de l’état de veille.


Ce texte est tiré des Hymnes de Abhinavagupta, traduits et commentés par Lilian Silburn, Collège de France, Institut de Civilisation Indienne, Éditions de Boccard, Paris, 1968 (réimpression 1986).

« Heureux les pauvres en esprit ! » par Maître Eckhart

Beati pauperes spiritu




Par la bouche de la sagesse, la félicité énonça : « Heureux les pauvres en esprit car le royaume des cieux leur appartient. » Les anges, les saints, tout ce qui ne naquit jamais doit être silence quand parle l’éternelle sagesse du Père car toute la sagesse des anges et de toutes les créatures n’est que pur néant devant l’insondable sagesse de Dieu.


Cette sagesse a dit : « Heureux sont les pauvres. »


Or il y a deux genres de pauvreté. La pauvreté extérieure, bonne et très louable lorsque l’homme la vit volontairement par amour pour notre seigneur Jésus-Christ, comme lui-même l’a assumée sur terre. Mais selon la parole de notre Seigneur, il est une autre pauvreté, une pauvreté intérieure; puisqu’il dit : « Heureux sont les pauvres en esprit. » Soyez, je vous prie, de tels pauvres afin de comprendre ce discours car, je vous le dis au nom de la vérité éternelle, si vous ne devenez pas semblable à cette vérité, vous ne pourrez pas me comprendre. D’aucuns m’ont interrogé sur la vraie pauvreté et sur ce qu’il faut entendre par un homme pauvre. Je vais maintenant leur répondre.


L’évêque Albert dit : « Est un homme pauvre celui qui ne peut se contenter de toutes les choses que Dieu a jamais créées », et cela est bien dit. Mais nous allons encore plus loin et situons la pauvreté à un niveau bien plus élevé. Est un homme pauvre celui qui ne veut rien, ne sait rien et ne possède rien. Je vais vous parler de ces trois points et vous prie, par amour de Dieu, d’essayer de comprendre cette vérité, si cela vous est possible. Mais si vous ne la comprenez pas, n’en soyez pas troublé car je parlerai d’un aspect de la vérité que très peu de gens, même profonds, sont en mesure de comprendre.


Nous dirons d’abord qu’un homme pauvre est celui qui ne veut rien. Bien des gens ne comprennent pas véritablement ce sens. Ce sont ceux qui s’adonnent à des pénitences et à des pratiques extérieures, performances qu’ils tiennent néanmoins pour considérables, alors qu’ils ne font que s’autoglorifier . Que Dieu en ait pitié de si peu connaître la vérité divine! Ils sont tenus pour saints, d’après leurs apparences extérieures, mais au dedans ce sont des ânes qui ne saisissent pas le véritable sens de la divine vérité. Ces gens disent bien que pauvre est celui qui ne veut rien, mais selon l’interprétation qu’ils donnent à ces mots, l’homme devrait vivre en s’efforçant de ne plus avoir de volonté propre et tendre à accomplir la volonté de Dieu. Ce sont là des gens bien intentionnés et nous sommes prêts à les louer. Dieu, dans sa miséricorde, leur accordera sans doute le royaume des cieux, mais, je dis moi, par la vérité divine, que ces gens ne sont pas, même de loin, de vrais pauvres. Ils passent pour éminents aux yeux de ceux qui ne connaissent rien de mieux, cependant ce sont des ânes qui n’entendent rien de la vérité divine. Leurs bonnes intentions leur vaudront sans doute le royaume des cieux, mais de cette pauvreté dont nous voulons maintenant parler, ils ne connaissent rien.


Si on me demandait ce qu’il faut entendre par un homme pauvre qui ne veut rien, je répondrais : aussi longtemps qu’un homme veut encore quelque chose, même si cela est d’accomplir la volonté toute chère de Dieu, il ne possède pas la pauvreté dont nous voulons parler.


Cet homme a encore une volonté : accomplir celle de Dieu, ce qui n’est pas la vraie pauvreté.


En effet, la véritable pauvreté est libre de toute volonté personnelle et pour la vivre, l’homme doit se saisir tel qu’il était lorsqu’il n’était pas. Je vous le dis, par l’éternelle vérité : aussi longtemps que vous avez encore la soif d’accomplir la volonté de Dieu, et le désir de l’éternité de Dieu, vous n’êtes pas véritablement pauvre, car seul est véritablement pauvre celui qui ne veut rien et ne désire rien.


Quand j’étais dans ma propre cause, je n’avais pas de Dieu et j’étais cause de moi-même, alors je ne voulais rien, je ne désirais rien car j’étais un être libre et me connaissais moi-même selon la vérité dont je jouissais. Là, je me voulais moi-même et ne voulais rien d’autre, car ce que je voulais je l’étais, et ce que j’étais je le voulais. J’étais libre de Dieu et de toute chose.


Mais lorsque par ma libre volonté j’assumais ma nature créée, alors Dieu est apparu, car avant que ne fussent les créatures, Dieu n’était pas Dieu, il était ce qu’il était. Mais lorsque furent les créatures, Dieu n’a plus été Dieu en lui-même, mais Dieu dans les créatures. Or nous disons que Dieu, en tant que ce Dieu-là, n’est pas l’accomplissement suprême de la créature car pour autant qu’elle est en Dieu, la moindre créature a la même richesse que lui.


S’il se trouvait qu’une mouche ait l’intelligence et pouvait appréhender l’éternel d’où elle émane, nous dirions que Dieu, avec tout ce qu’il est, en tant que Dieu, ne pourrait satisfaire cette mouche. C’est pourquoi nous prions d’être libre de Dieu et d’être saisi de cette vérité et d’en jouir éternellement là où les anges les plus élevés, la mouche et l’âme sont un; là où je me tenais, où je voulais ce que j’étais, et étais ce que je voulais.


Nous disons donc que l’homme doit être aussi pauvre en volonté que lorsqu’il n’était pas. C’est ainsi qu’étant libre de tout vouloir, cet homme est vraiment pauvre.


Pauvre en second lieu est celui qui ne sait rien. Nous avons souvent dit que l’homme devrait vivre comme s’il ne vivait ni pour lui-même, ni pour la vérité, ni pour Dieu. Nous allons maintenant encore plus loin en disant que l’homme doit vivre de telle façon qu’il ne sache d’aucune manière qu’il ne vit ni pour lui-même, ni pour la vérité, ni pour Dieu. Bien plus, il doit être à tel point libre de tout savoir qu’il ne sache ni ne ressente que Dieu vit en lui. Mieux encore, il doit être totalement dégagé de toute connaissance qui pourrait encore surgir en lui. Lorsque l’homme se tenait encore dans l’être éternel de Dieu, rien d’autre ne vivait en lui que lui-même.


Nous disons donc que l’homme doit être aussi libre de tout son propre savoir, qu’il l’était lorsqu’il n’était pas et qu’il laisse Dieu opérer selon son vouloir en en demeurant libre.


Tout ce qui découle de Dieu a pour fin une pure activité. Mais l’activité propre à l’homme est d’aimer et de connaître. Or la question se pose de savoir en quoi consiste essentiellement la béatitude.


Certains maîtres disent qu’elle réside dans la connaissance, d’autres dans l’amour. D’autres encore qu’elle réside dans la connaissance et l’amour. Ces derniers parlent déjà mieux. Quant à nous, nous disons qu’elle ne réside ni dans la connaissance ni dans l’amour. Il y a dans l’âme quelque chose d’où découlent la connaissance et l’amour. Ce tréfonds ne connaît ni n’aime comme les autres puissances de l’âme. Celui qui connaît cela connaît la béatitude. Cela n’a ni avant ni après, sans attente, et est inaccessible au gain comme à la perte. Cette essence est libre de tout savoir que Dieu agit en elle, mais se jouit elle-même par elle-même comme le fait Dieu.


Nous disons donc que l’homme doit se tenir quitte et libre de Dieu, sans aucune connaissance, ni expérience que Dieu agit en lui et c’est ainsi seulement que la véritable pauvreté peut éclore en l’homme.


Certains maîtres disent : Dieu est un être, être raisonnable qui connaît toute chose. Or nous disons : Dieu n’est ni être ni être raisonnable, et il ne connaît ni ceci, ni cela. Dieu est libre de toute chose et c’est pourquoi il est l’essence de toute chose.


Le véritable pauvre en esprit doit être pauvre de tout son propre savoir, de sorte qu’il ne sache absolument rien d’aucune chose, ni de Dieu ni de la créature, ni de lui même.


Libre de tout désir de connaître les œuvres de Dieu ; de cette façon seulement, l’homme peut être pauvre de son propre savoir.


En troisième lieu, est pauvre l’homme qui ne possède rien. Nombreux sont ceux qui ont dit que la perfection résidait dans le fait de ne rien posséder de matériel, et cela est vrai en un sens, mais je l’entends tout autrement.


Nous avons dit précédemment qu’un homme pauvre ne cherche même pas à accomplir la volonté de Dieu, mais qu’il vit libre de sa propre volonté et de celle de Dieu, tel qu’il était lorsqu’il n’était pas. De cette pauvreté nous déclarons qu’elle est la plus haute.


Nous avons dit en second lieu que l’homme pauvre ne sait rien de l’activité de Dieu en lui. Libre du savoir et de la connaissance, autant que Dieu est libre de toute chose, telle est la pauvreté la plus pure.


Mais la troisième pauvreté dont nous voulons parler maintenant est la plus intime et la plus profonde : celle de l’homme qui n’a rien. Soyez toute écoute! Nous avons dit souvent, et de grands maîtres l’ont dit aussi, que l’homme doit être dégagé de toute chose, de toute œuvre, tant extérieure qu’intérieure, de telle sorte qu’il soit le lieu même où Dieu se trouve et puisse opérer. Mais à présent, nous allons au delà. Si l’homme est libre de toute chose, de lui-même, et même de Dieu, mais qu’il lui reste encore un lieu où Dieu puisse agir, aussi longtemps qu’il en est ainsi, l’homme n’est pas encore pauvre de la pauvreté la plus essentielle. Dieu ne tend pas vers un lieu en l’homme où il puisse opérer.


La véritable pauvreté en esprit c’est que l’homme doit être tellement libéré de Dieu et de toutes ses œuvres que, Dieu voulant agir en l’âme, devrait être lui-même le lieu de son opération. Et cela il le fait volontiers car, lorsque Dieu trouve un homme aussi pauvre, Dieu accomplit sa propre œuvre et l’homme vit ainsi Dieu en lui, Dieu étant le lieu propre de ses opérations. Dans cette pauvreté, l’homme retrouve l’être éternel qu’il a été, qu’il est maintenant et qu’il sera de toute éternité.


Saint Paul dit : « Tout ce que je suis, je le suis par la grâce de Dieu. » Or, notre discours semble transcender la grâce, l’être, la connaissance, la volonté, et tout désir. Comment donc comprendre la parole de saint Paul ? On répondra que la parole de saint Paul est vraie. Il fallait qu’il soit habité par la grâce; c’est elle qui opéra pour que ce qui était potentiel devint actuel. Lorsque la grâce prit fin, Paul demeura ce qu’il était.


Nous disons donc que l’homme doit être si pauvre qu’il ne soit, ni ne possède en lui aucun lieu où Dieu puisse opérer. Tant qu’il conserve une localisation quelle qu’elle soit, il garde une distinction. C’est pourquoi je prie Dieu d’être libre de Dieu car mon être essentiel est au-delà de Dieu en tant que Dieu des créatures.


Dans cette divinité où l’Être est au-delà de Dieu, et au-delà de la différenciation, là, j’étais moi-même, je me voulais moi-même, je me connaissais moi-même, pour créer l’homme que je suis. Ainsi je suis cause de moi-même selon mon essence, qui est éternelle, et non selon mon devenir qui est temporel. C’est pourquoi je suis non-né et par là je suis au-delà de la mort. Selon mon être non-né, j’ai été éternellement, je suis maintenant et demeurerai éternellement. Ce que je suis selon ma naissance mourra et s’anéantira de par son aspect temporel. Mais dans ma naissance éternelle, toutes les choses naissent et je suis cause de moi-même et de toute chose. Si je l’avais voulu, ni moi-même ni aucune chose ne serait, et si je n’étais pas, Dieu ne serait pas non plus. Que Dieu soit Dieu, je suis la cause; si je n’étais pas, Dieu ne serait pas. Mais il n’est pas nécessaire de comprendre cela.


Un grand maître a dit que sa percée est plus noble que son émanation, et cela est vrai. Lorsque j’émanais de Dieu, toutes les choses dirent : Dieu est. Mais cela ne peut me combler car par là je me reconnaîtrais créature. Au contraire, dans la percée, je suis libéré de ma volonté propre, de celle de Dieu, et de toutes ses expressions, de Dieu même. Je suis au-delà de toutes les créatures et ne suis ni créature, ni Dieu. Je suis bien plus. Je suis ce que j’étais, ce que je demeurerai maintenant et à jamais. Là je suis pris d’une envolée qui me porte au-delà de tous les anges. Dans cette envolée, je reçois une telle richesse que Dieu ne peut me suffire selon tout ce qu’il est en tant que Dieu et avec toutes ses œuvres divines. En effet, l’évidence que je reçois dans cette percée, c’est que Dieu et moi sommes un. Là je suis ce que j’étais. Je ne crois ni ne décrois, étant la cause immuable qui fait se mouvoir toute chose. Alors Dieu ne trouve plus de place en l’homme. L ‘homme dans cette pauvreté retrouve ce qu’il a été éternellement et ce qu’il demeurera à jamais.


Ici Dieu et l’esprit sont un et c’est là la pauvreté la plus essentielle que l’on puisse contempler. Que celui qui ne comprend pas ce discours reste libre en son cœur, car aussi longtemps que l’homme n’est pas semblable à cette vérité, on ne peut pas la comprendre, car c’est une vérité immédiate et sans voile, jaillie directement du cœur de Dieu. Que Dieu nous vienne en aide pour la vivre éternellement.


Amen.


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